Le Bangladesh se sépare de Mohammad Ashraful avant la série contre les West Indies
Le timing est brutal, le message laconique. À quatre jours du premier Test contre les West Indies au Sher-e-Bangla National Cricket Stadium, le Bangladesh Cricket Board a décidé d’écarter Mohammad Ashraful de son rôle d’entraîneur des batteurs de l’équipe nationale.
Samedi, l’ancien capitaine a quitté le groupe WhatsApp des joueurs avec un simple « Thank You ». Un au revoir sec, presque discret, pour marquer la fin d’un mandat qui avait pourtant redonné de la consistance au secteur offensif du Bangladesh.
Peu après, Ashraful a confirmé l’information : il n’est plus en poste avec l’équipe nationale. La veille encore, il dirigeait une séance d’entraînement avec les internationaux au Sher-e-Bangla, en pleine préparation de la série. La coupure est nette. « Oui, je ne travaille pas avec l’équipe nationale », a-t-il indiqué, ajoutant qu’il attend désormais sa « prochaine mission ».
Salahuddin appelé en pompier
Le BCB n’a pas tardé à activer un plan de secours. Le responsable de la High Performance Unit, Mohammad Salahuddin, prendra le relais d’Ashraful à titre intérimaire pour la série à domicile contre les West Indies. Une solution interne, rapide, pour combler un vide créé à la veille d’un rendez-vous majeur.
En coulisses, la fédération regarde déjà au-delà. Un dirigeant du BCB a reconnu que des discussions sont en cours avec plusieurs entraîneurs de batteurs étrangers. Le signal est clair : la direction veut un virage fort dans l’encadrement technique du secteur offensif.
Un bilan chiffré solide, une patience épuisée
La décision surprend par son timing, moins par le contexte. Sur le plan brut des résultats, le mandat d’Ashraful, débuté en novembre 2025, reste loin d’être catastrophique. Sous sa responsabilité, le Bangladesh a disputé huit Tests : cinq victoires, un nul, deux défaites. Un ratio que beaucoup de sélections de milieu de tableau envieraient.
Les chiffres racontent aussi une progression individuelle : 11 centuries inscrits en 34 rencontres internationales entre novembre 2025 et octobre 2026. Pour un pays souvent critiqué pour sa fragilité mentale et technique au bâton, cela ressemble à un pas en avant significatif.
Mais les dernières semaines ont tout changé. Les prestations offensives lors des Asian Games au Japon, puis lors de la Tri-nation series à Abu Dhabi, ont profondément agacé les décideurs. Des alignements friables, des collapses répétés, une incapacité à tenir le tempo dans les moments clés. La pression a fini par casser la confiance.
Des sommets historiques… et des chutes brutales
Le mandat d’Ashraful n’a pourtant pas été une simple parenthèse. Il a accompagné certains des plus beaux chapitres récents du cricket bangladais.
Le Bangladesh a balayé l’Irlande 2-0 en Test, avant de s’offrir un retentissant 2-0 contre le Pakistan en mai. Lors de cette série, Mushfiqur Rahim a été élu joueur de la série avec 253 runs, ponctués par un 14e century en Test, un record national. Une performance qui symbolisait à la fois la maturité du groupe et le travail effectué sur la constance au bâton.
La dynamique s’est prolongée en format limité. En mars, le Bangladesh a dominé le Pakistan 2-1 en ODI, puis a signé en juin une première historique : une victoire 2-1 en série ODI contre l’Australie. Un jalon majeur pour une équipe longtemps cantonnée au rôle d’outsider.
Tout n’a pas été parfait. La série de Tests contre l’Australie en août en est le meilleur exemple : un nul 1-1, avec un succès à Darwin, puis un effondrement retentissant à Mackay, où le Bangladesh a été expédié pour 64 runs et battu en moins de deux jours. L’Australie a aussi infligé un 3-0 sec en T20I en juin. Des rappels brutaux des limites encore présentes.
Cette alternance entre sommets et chutes libres a fini par dessiner un tableau déroutant : capable de coups d’éclat, mais encore trop instable pour rassurer une direction qui vise un palier supérieur.
Un choix politique autant que sportif
Le renvoi d’un entraîneur de batteurs après une série de mauvais matchs dans des compétitions secondaires peut sembler excessif. Mais la décision s’inscrit dans une logique de tolérance zéro face aux récidives. Les dirigeants du BCB ont vu dans les débâcles récentes non pas un accident, mais un retour en arrière inquiétant.
La série de Tests face aux West Indies arrive dans ce climat. Changement d’homme, même noyau de joueurs, pression maximale. Salahuddin, habitué à travailler avec les espoirs et les cadres en High Performance, devra rapidement imposer ses repères techniques et mentaux dans un vestiaire secoué.
Ashraful, lui, quitte son poste avec un bilan paradoxal : des résultats marquants, des progrès visibles, mais une impression finale d’inachevé. Il se dit prêt pour une nouvelle mission. Reste à savoir si ce sera au Bangladesh, ou sous d’autres couleurs.
La question, désormais, dépasse son cas personnel : ce changement de cap suffira-t-il à stabiliser un batting bangladais capable du meilleur comme du pire, souvent dans la même saison ?



