L’Uruguay s’effondre au Mondial, l’Espagne gagne sans convaincre
Deux étoiles sur le maillot, un statut de grande nation… et une sortie par la petite porte. L’Uruguay, double vainqueur du Mondial, quitte la compétition dès la phase de groupes. Plus haut pays au classement à prendre la porte aussi tôt, la Celeste boucle un tournoi cauchemardesque sous les ordres de Marcelo Bielsa.
Tout s’est délité en quelques jours. Après deux nuls poussifs contre le Cap-Vert et l’Arabie saoudite, des rumeurs de fronde ont éclaté dans le vestiaire. Des cadres, dont Federico Valverde, auraient frontalement contesté les choix tactiques de Bielsa. L’image d’une équipe soudée a volé en éclats, et le terrain n’a fait que confirmer le malaise.
Un choc de champions sans étincelles
Dans les tribunes, le décor était royal : le roi Felipe VI d’Espagne avait pris place pour assister à l’unique duel de la phase de groupes entre anciens champions du monde. Sur la pelouse, en revanche, le spectacle n’a jamais décollé.
L’Espagne restait sur un 4-0 éclatant face à l’Arabie saoudite, porté par le retour de Lamine Yamal dans le onze de départ, après une entrée en matière terne contre le Cap-Vert (0-0). On attendait une confirmation, une démonstration. On a surtout vu une équipe lente, prévisible, longtemps inoffensive.
Face à elle, un Uruguay déjà fébrile, marqué par les erreurs de Fernando Muslera, coupable sur les deux buts concédés contre le Cap-Vert (2-2). À Guadalajara, la tension était palpable, mais les occasions, elles, se faisaient rares.
Muslera craque, l’Uruguay s’enfonce
L’Espagne n’avait presque rien montré quand le match a basculé, à trois minutes de la pause. Sur un centre de Marcos Llorente, Alex Baena déclenche une frappe sans grande puissance. Muslera, 40 ans, se couche, mais laisse le ballon lui filer entre les mains et franchir la ligne. Un but évitable, presque incompréhensible à ce niveau.
Pour l’Uruguay, la scène a eu des allures de symbole cruel. Dans l’action, Manuel Ugarte se blesse au genou et doit quitter le terrain sur civière. Un milieu clé touché, un gardien légendaire en faute, un but concédé sur une erreur grossière : tout ce qui pouvait mal tourner a mal tourné.
À la mi-temps, Bielsa tranche : Muslera est remplacé par Sergio Rochet. Le sélectionneur ira plus loin encore en sortant Valverde à l’heure de jeu, choix fort dans un contexte déjà explosif.
L’Espagne gagne, mais n’emballe pas
Sur le banc espagnol, Luis de la Fuente s’agace. Son équipe mène, mais ne maîtrise pas vraiment. L’entrée de Dani Olmo et Fabian Ruiz finit par réveiller La Roja. Le ballon circule plus vite, les lignes se cassent, les espaces s’ouvrent.
Olmo se procure la meilleure occasion de ce temps fort. Sur un éclair de génie de Lamine Yamal, qui fixe, élimine et sert parfaitement son coéquipier du Barça, le milieu offensif se retrouve en position idéale. Sa frappe s’envole au-dessus. Occasion gâchée, soupir général.
Yamal, lui, ne va pas au bout. De retour d’une blessure aux ischio-jambiers qui a écourté sa saison en club, son temps de jeu reste minuté. Il cède sa place à un quart d’heure de la fin. Son remplaçant, Ferran Torres, a la balle du 2-0 à cinq minutes du terme, seul face au gardien. Il choisit la puissance, trouve la barre. L’Uruguay est toujours en vie, au moins au tableau d’affichage.
Rouge, frustration et sortie par la trappe
La fin de match vire au désordre côté uruguayen. Les nerfs lâchent dans le temps additionnel. Agustin Canobbio se jette les deux pieds en avant sur Pau Cubarsi. Tacle incontrôlé, geste dangereux, carton rouge direct. L’image colle parfaitement au tournoi de la Celeste : brutal, brouillon, sans maîtrise.
L’Uruguay quitte le Mondial avec des tensions internes, des erreurs individuelles coûteuses et une identité de jeu jamais vraiment trouvée. Pour Bielsa, la facture sportive et politique s’annonce salée.
Une Espagne invaincue, mais sous surveillance
Sur le papier, tout va bien pour l’Espagne. Trente-quatre matchs officiels sans défaite, aucun but encaissé depuis le début de ce Mondial, un statut de prétendant au titre assumé avant le tournoi. Les chiffres plaident pour elle.
La pelouse raconte autre chose. Là où la France, l’Argentine ou les Pays-Bas ont déjà livré des séquences offensives spectaculaires, La Roja avance sans vraiment séduire. Solide, oui. Dominatrice, parfois. Tranchante, beaucoup moins.
Les matches à élimination directe commencent dimanche. Les comptes d’apothicaire s’arrêtent là, les séries aussi. L’Espagne a construit une forteresse défensive, mais son attaque reste en chantier. Dans un Mondial où les géants offensifs ont déjà pris la lumière, cette équipe-là peut-elle vraiment aller chercher une deuxième étoile en jouant aussi petit bras ?



