Rangers et St Johnstone : un duel crucial à Ibrox
Le sentiment est connu, presque routinier. Une nouvelle semaine européenne, une nouvelle désillusion pour le football écossais. Les projecteurs se rallument pourtant sur la scène domestique ce week-end, avec un championnat qui refuse de se figer malgré l’ombre des défaites continentales.
Rangers à la relance, Saint Johnstone en embuscade
Rangers rentrent à Ibrox avec un goût amer en bouche. Leur escapade du samedi soir à Dens Park s’était presque déroulée comme prévu : 2-1 devant Dundee, l’impression de maîtriser… puis le relâchement. Un nul 2-2, une série de sept victoires stoppée net, et surtout, un cadeau offert à Celtic.
Pendant que les hommes de Derek McInnes laissaient filer deux points, Celtic écrasait Hearts 7-1 et prenait quatre longueurs d’avance en tête. Le genre de week-end qui change la température d’un vestiaire.
Vingt et un mois après leur dernière visite, St Johnstone se présente à nouveau à Ibrox, promu mais sans complexe, et bien installé à une flatteuse cinquième place. La dernière fois, les hommes de Perth étaient déjà menés 3-0 à la pause avant de sauver l’honneur en seconde période, dans un stade où ils restent sur sept défaites consécutives.
Cette fois, le décor est différent. Rangers sont touchés par un virus dans l’effectif, l’écart avec Celtic s’est creusé, et Simo Valakari cherche toujours son premier point face aux Glasgow Rangers comme entraîneur de St Johnstone après trois confrontations infructueuses. Prendre ne serait-ce qu’un nul samedi ne serait pas seulement un bonus comptable pour les Saints : ce serait un nouveau caillou dans la chaussure de Rangers et un frémissement supplémentaire dans une course au titre encore très jeune, mais déjà tendue.
Quand une victoire réécrit l’histoire
La semaine passée a rappelé à quel point un succès peut renverser un récit en Écosse.
Stephen Robinson, à Aberdeen, était sous le feu des critiques. Style de jeu jugé terne, une seule victoire en sept rencontres sur 90 minutes, l’autre succès n’étant qu’un passage aux tirs au but face à Kilmarnock en League Cup. Samedi, son équipe bat St Mirren 3-1. Résultat immédiat : Aberdeen passe devant son adversaire et grimpe à la septième place. Soudain, les chiffres racontent autre chose : trois victoires et une seule défaite sur les six derniers matches. Les doutes n’ont pas disparu à Pittodrie, mais le discours autour du Nord-Irlandais a déjà changé de tonalité.
Même bascule à l’autre bout du tableau. Falkirk végétaient à l’avant-dernière place, avec une seule victoire en huit rencontres. Puis est venu ce succès 2-1 sur la pelouse de Hibernian. John McGlynn peut désormais souligner que son équipe n’a perdu qu’une fois lors de ses cinq derniers matches et qu’elle est remontée à la neuvième place. En quelques jours, la crise devient « série en construction ».
La loi du buteur en forme
Dans un championnat où, derrière le trio de tête actuel, beaucoup d’affiches se jouent sur des détails, un attaquant en feu change tout.
La remontée de Falkirk coïncide avec l’explosion de Jacob Murrell. Arrivé cet été de DC United, le joueur de 22 ans a marqué quatre fois lors de ses cinq dernières sorties, dont trois buts sur les deux plus récentes. Une cadence qui transforme un match serré en victoire.
À Aberdeen, Kevin Nisbet a lui aussi trouvé le bon rythme. Trop tard pour retrouver le maillot de la sélection écossaise, mais suffisant pour peser : il a marqué lors de quatre des cinq dernières rencontres de son équipe.
Dundee profite également de son homme en forme. Bradley Fink, 23 ans, prêté par Wycombe Wanderers, a inscrit trois buts en quatre matches. Résultat : trois rencontres sans défaite, une seule défaite sur les cinq dernières, et une quatrième place méritée.
De l’autre côté de la ville, Dundee United comptera sur Lyall Cameron. Deux buts en trois matches, l’envie d’enchaîner, et un défi de taille à domicile face à Aberdeen. Cameron connaît bien l’environnement des Rangers pour y avoir été prêté la saison dernière, mais c’est bien avec United qu’il entend prolonger une série de quatre matches sans défaite.
Le premier but, nerf de la guerre
On le répète souvent dans les vestiaires : le premier but change tout. Cette saison, en Premiership, les chiffres le confirment.
Celtic, leaders du championnat, ont passé 64,8 % de leur temps de jeu en tête. Une domination quasi permanente. Troisièmes, Hearts suivent à distance avec 45,4 % de leurs minutes passées à mener au score.
Rangers, eux, ont laissé passer une occasion en or de doubler Celtic le week-end dernier. Leur nul à Dundee a mis en lumière leur talon d’Achille : l’incapacité à tuer les matches. L’équipe de Derek McInnes a passé 50,8 % de son temps de jeu à égalité au tableau d’affichage, la proportion la plus élevée du championnat. Dominer sans conclure finit toujours par se payer.
L’Europe rappelle la réalité écossaise
Les défaites de Celtic et Hearts jeudi ont ravivé une impression tenace : l’Écosse recule sur la scène européenne.
Celtic viennent d’enchaîner trois revers en Europa League, une série qui tranche brutalement avec leur parcours domestique, où ils n’ont laissé filer que trois points depuis le début de la défense de leur titre. Leur correction infligée à Hearts, finalistes de la saison passée, a encore souligné l’écart qui se creuse au sommet. Qui peut vraiment les empêcher de conserver la couronne cette saison ?
Hibernian, en pleine tourmente, doivent maintenant accueillir l’armada de Martin O’Neill dimanche à Easter Road. Le nouveau manager, Marink Reedijk, a perdu ses deux premiers matches de Premiership et doit stopper une série de six rencontres sans victoire, avec un seul nul sur la période. Hibs ont passé 49,7 % de leur temps de jeu en train de perdre, la pire proportion du championnat. Celtic sortiront peut-être meurtris de leur défaite 2-1 face à Celta Vigo jeudi, mais la montagne est clairement de l’autre côté.
Hearts, Motherwell et la question du rebond
La pression monte aussi à Motherwell. Cinq défaites consécutives ont replacé Alfred Johansson sous les projecteurs, et plus vraiment pour saluer son début de saison prometteur. Hearts se présentent avec leurs propres doutes : quatre déplacements sans victoire et seulement deux succès en dix matches à l’extérieur, toutes compétitions confondues.
L’historique récent joue pourtant en faveur des hommes de Tynecastle. Ils restent sur sept matches sans défaite contre Motherwell. La nuance, c’est que trois de leurs quatre confrontations la saison dernière se sont terminées sur un nul, tout comme leurs trois dernières visites. Une supériorité relative, qui ne garantit rien.
Reste la grande interrogation qui plane sur l’équipe de Wouter Vrancken : comment réagit-on après un 7-1 encaissé à Celtic Park, suivi d’une défaite 2-0 en Conference League sur le terrain de Trabzonspor ? Le championnat écossais ne laisse jamais beaucoup de temps pour panser les plaies. La réponse arrive dès ce week-end.



