Racing Bulls : l'avenir incertain de Liam Lawson et Arvid Lindblad
À São Paulo, les moteurs grondent déjà, mais chez Racing Bulls, c’est le silence des décisions qui fait le plus de bruit. Alan Permane, directeur d’équipe solidement installé jusqu’en 2031, refuse toujours de trancher sur l’avenir de ses deux pilotes. Les deux baquets restent officiellement vacants pour la saison prochaine. Et le temps commence à peser lourd sur les épaules de Liam Lawson et d’Arvid Lindblad.
Permane l’assume : Racing Bulls ne veut plus agir dans la précipitation. Sans citer directement des erreurs passées, il laisse clairement entendre que la filière jeunes de Red Bull a parfois brûlé les étapes avec certains talents. Des promotions express, des rétrogradations tout aussi rapides, et des carrières secouées avant même d’avoir eu le temps de se stabiliser.
« On essaie d’appliquer un peu de science », explique-t-il. Comprendre : tout passer au crible, analyser chaque tour, chaque donnée, chaque scénario. Et surtout ne pas se laisser dicter le tempo par l’impatience ambiante. « On n’est pas pressés », insiste-t-il. Officiellement, le temps joue pour l’équipe. Pour les pilotes, c’est une autre histoire.
Une annonce promise “dans les prochaines semaines”… encore
Permane l’a répété au Brésil : la décision tombera « dans les prochaines semaines ». La même promesse avait été faite avant le Grand Prix de Singapour. Un mois plus tard, rien n’a changé sur le papier. Les deux sièges restent ouverts, toutes les combinaisons sont encore sur la table, y compris avec des candidats venus d’ailleurs comme le prétendant de Formula 2 Nikola Tsolov.
Le patron des Racing Bulls rappelle les priorités : la vitesse avant tout. Le rythme brut reste la première ligne de tout dossier. Mais l’équipe n’est pas qu’un simple concurrent sur la grille : elle doit aussi servir de tremplin à la jeune garde Red Bull. Une mission double, presque contradictoire.
Car faire monter les jeunes ne signifie pas en aligner un nouveau à chaque saison. Permane le reconnaît : il faut aussi de l’expérience pour mesurer, encadrer, calibrer ce talent brut. Résultat, le choix devient un casse-tête. Et la frustration grimpe, autant dans le paddock que dans le garage.
Lawson, neuvième du championnat et sans plan B
Au cœur de ce flou, un nom revient en boucle : Liam Lawson. Le Néo-Zélandais réalise une campagne solide, neuvième du championnat pilotes avec 83 points, meilleur représentant hors top 4 des équipes. Sur les quatre dernières courses, il a inscrit 26 points. Sur la piste, le dossier est costaud.
Lui-même ne cache plus son incompréhension. À la veille du week-end brésilien, il lâche devant les caméras de F1 TV qu’il ne sait pas « quoi faire de plus » pour convaincre. Et surtout, il admet une réalité brutale : il n’a pas de plan B. Quand une décision se fait attendre jusqu’aux derniers tours d’une saison, le marché se ferme, les portes se verrouillent une à une.
« Quand quelque chose est repoussé jusqu’à la fin, il ne reste plus vraiment d’options », constate-t-il. Une phrase simple, mais qui résume parfaitement la brutalité du marché des baquets.
Soutiens médiatiques, doutes structurels
Cette situation n’a pas laissé insensibles les observateurs. Sur Sky Sports F1, Bernie Collins souligne le poids de Lawson dans la cinquième place actuelle de Racing Bulls au championnat constructeurs. De l’extérieur, estime-t-elle, le pilote a fait ce qu’il fallait.
Naomi Schiff, elle, pointe la spécificité de la structure. Si Racing Bulls se gérait comme une équipe totalement indépendante, avec sa propre mission sportive, le sort de Lawson serait peut-être déjà réglé en sa faveur. Mais la réalité est différente : la formation reste un maillon de la chaîne Red Bull, pensée pour alimenter l’équipe mère. Le mérite sportif pur ne suffit pas toujours.
C’est là que la politique s’invite, discrète mais bien réelle. Qui peut un jour monter chez Red Bull Racing ? Qui s’inscrit dans la vision à long terme du groupe ? Les réponses à ces questions pèsent autant que les chronos du vendredi.
L’ombre de Mexico et le poids de la politique
La discussion s’est même aventurée sur un terrain plus délicat : l’incident de Mexico entre Lawson et Max Verstappen lors des essais. Les deux hommes se touchent, tous deux sont pénalisés, Lawson s’excuse. Verstappen, lui, pointe publiquement le jugement de son ancien coéquipier et glisse une référence à son avenir incertain.
De là à imaginer que cet accrochage puisse peser dans la balance, il n’y a qu’un pas que Martin Brundle refuse de franchir. Le commentateur de Sky Sports F1 s’emporte à l’idée que le simple fait d’avoir été « sur la piste au mauvais moment » face au triple champion du monde puisse coûter un baquet à Lawson. Pour lui, ce serait « pathétique », « enfantin ».
Brundle sait de quoi il parle. Il rappelle comment, après avoir commencé à battre Michael Schumacher chez Benetton, il s’est tout de même retrouvé dehors en fin de saison. Les performances ne font pas tout. Les raisons commerciales, les stratégies politiques, les plans à très long terme dessinent souvent un tableau que le public ne voit qu’à moitié.
Excellentes performances, patience en sursis
Pendant ce temps, Lawson continue de faire le travail. Dixième en EL1 à São Paulo, treizième en EL2, il aligne les tours et les données que Permane et son équipe décortiquent ligne par ligne. Le directeur d’équipe le répète : Lawson comme Lindblad « performent de manière excellente ». Ironie cruelle : plus ils brillent, plus la frustration grandit.
Permane sait qu’il marche sur une corde raide. Il entend l’impatience de ses pilotes, celle du paddock, celle des fans. Il promet que, quand l’annonce tombera, « tout le monde sera content ». Une promesse ambitieuse dans un sport où chaque décision fait forcément un déçu.
Reste une question, brutale mais inévitable : dans un système où le talent ne garantit plus un siège, combien de temps encore Liam Lawson pourra-t-il se contenter d’attendre que d’autres décident de son destin ?



