RDC Sport

Manchester United : Un naufrage tactique à Como

À Como, Manchester United ne s’est pas seulement effondré au tableau d’affichage. Le club s’est fissuré en plein jour, sur la ligne de faille la plus sensible : celle qui relie le capitaine Bruno Fernandes à son entraîneur Michael Carrick.

Une défaite 4-1 en Ligue des champions, un vestiaire secoué, et une question simple, brutale : qui a vu juste dans ce naufrage tactique ?

Trop d’espace pour Como, pas assez de vérité à United

Bruno Fernandes n’a pas attendu longtemps pour pointer du doigt le plan de jeu. Selon lui, United a laissé beaucoup trop de temps et d’espace au ballon, coupable d’avoir renoncé au pressing individuel pour un bloc plus passif.

Les chiffres lui donnent partiellement raison. Como a réussi 600 passes, plus que n’importe quel adversaire de United cette saison. Et ce n’est pas un accident isolé : les trois matches où les adversaires ont le plus fait circuler le ballon contre United sont les trois derniers, face à Como, Atletico Madrid et Leeds. Exactement au moment où Carrick a tenté de resserrer son équipe, de la rendre plus compacte, plus « solide ».

Sur le papier, l’idée se tient. Sur le terrain, elle s’est désintégrée.

Car en Italie, il n’y a eu ni solidité ni compacité. Pourtant, les occasions de Como ne sont pas nées de longues séquences de conservation. Le plus long enchaînement de passes menant à un tir pour les Italiens culmine à 13 passes, sur leur quatrième but. Pour situer, United avait déjà encaissé cette saison une action de 45 passes conclue par un tir de Fulham en septembre.

La vérité, crue : Como n’a pas eu besoin d’user United. Le club italien a simplement choisi ses moments et transpercé les lignes avec une facilité désarmante.

Et l’argument de Fernandes selon lequel Como aurait donné la leçon sur le pressing ne résiste pas non plus aux données. Les Italiens ont récupéré le ballon cinq fois dans le dernier tiers, United quatre. L’écart n’est ni une humiliation, ni une démonstration tactique adverse. C’est autre chose qui cloche.

Fatigue ou excuses ? Le récit de Fernandes s’effrite

Le capitaine a aussi avancé une autre explication : en restant bas, en courant après le ballon, United se serait épuisé, multipliant les erreurs à mesure que les minutes passaient.

Là encore, le déroulé du match le contredit.

Les deux premiers buts de Como, ceux qui fixent le ton et cassent le moral, tombent dans les cinq premières minutes de chaque mi-temps. Difficile d’invoquer la fatigue à ce stade.

Sur l’ouverture du score, à l’intérieur de deux minutes, la ligne défensive de United est déjà plantée dans sa surface. Les milieux trottinent pour revenir. Numériquement, United est pourtant en supériorité : sept joueurs contre cinq dans le dernier tiers.

Ça devrait suffire. Ça ne suffit pas.

Matheus Cunha laisse Nico Paz se glisser dans une vaste poche d’espace à l’entrée de la surface. Harry Maguire recule, recule encore, offre l’angle, et l’Argentin enroule dans le petit filet. Quand Paz frappe, il est encerclé par quatre joueurs de United. Aucun ne intervient.

Le discours de Fernandes s’effondre encore un peu plus sur le troisième but de Como. L’erreur initiale vient de Carlos Baleba, entré en jeu depuis moins d’un quart d’heure. Difficile de plaider l’épuisement pour un joueur à peine lancé dans la rencontre.

Le faux pressing qui ouvre grand la porte

Michael Carrick, lui, a riposté après le match. Il a parlé d’un « demi-pressing individuel » en seconde période, mal exécuté, qui a coûté cher. Sur le deuxième but de Como, il marque un point.

United se trouve alors dans un bloc médian. Le pressing se déclenche quand Como entre dans le tiers central. Baleba sort sur Lucas Da Cunha, Noussair Mazraoui resserre à l’intérieur sur Martin Baturina lorsque le ballon glisse vers lui. Sur le plan, c’est cohérent. Sur le terrain, les deux ne sont jamais au contact.

Derrière eux, un gouffre. L’espace entre les milieux et les défenseurs s’ouvre comme une plaie. Deux passes simples de Como suffisent à l’exploiter. Le reste de l’équipe recule en trottinant, spectatrice d’une progression qui aboutit à un 3 contre 3. Anastasios Douvikas conclut, sans opposition réelle.

Ce but illustre un autre problème, structurel : Carrick s’entête à vouloir presser homme à homme avec un duo de défenseurs centraux composé de Harry Maguire et Lisandro Martinez, rarement à l’aise dans de grands espaces. Face à Como, Matthijs de Ligt, de retour de longue blessure, commence en charnière et trébuche littéralement sur l’action du deuxième but.

Dans ce modèle de pressing, un principe est non négociable : au moins un défenseur doit posséder la vitesse et l’agilité pour couvrir les espaces, corriger les erreurs, gagner la course. Leny Yoro coche davantage ces cases, mais il se retrouve cantonné au poste de latéral droit ou sur le banc.

Si Carrick veut vraiment amener cette équipe vers un pressing homme à homme crédible, il devra assumer ses choix jusqu’au bout, y compris dans la composition. Pour l’instant, il demande à des joueurs de jouer un football qui ne leur ressemble pas. Et il se tire une balle dans le pied.

Quand le problème n’est plus le système, mais la course

Sur un point, l’entraîneur touche juste : peu importe le schéma, rien ne fonctionne si les joueurs refusent de courir vers leur propre but.

À Como, l’absence d’effort a sauté aux yeux, comme trop souvent cette saison. Les deuxième et quatrième buts, surtout, sont un réquisitoire contre l’attitude.

Sur le deuxième, Bruno Fernandes, Youri Tielemans et Bryan Mbeumo, le trio offensif, reviennent en marchant. Ils assistent à l’action depuis le milieu de terrain, sans jamais vraiment tenter de combler les espaces. Derrière Baleba et Mazraoui, déjà en retard, personne ne met de véritable intensité.

Le quatrième but est encore plus accablant. Maguire se retrouve hors de position et tente de combler le trou, laissant un boulevard à Jacobo Ramon. L’un des deux joueurs plus rapides, Baleba ou Diogo Dalot, doit alors sprinter pour fermer l’angle. Aucun ne le fait.

Dalot n’apparaît même pas dans le cadre au moment où Ramon place sa tête. Baleba, recruté précisément pour apporter des jambes et de l’énergie au milieu, se fait dépasser par… Maguire, 33 ans. Ce dernier se retourne immédiatement vers lui, furieux, pour le sermonner après le but.

En quelques secondes, tout est résumé : un vestiaire où les mauvaises habitudes se transmettent plus vite que les principes de jeu. Un nouveau venu, censé incarner le renouveau, déjà aspiré par la léthargie collective.

Une fracture qui dépasse un simple désaccord tactique

Alors, qui a raison entre Bruno Fernandes et Michael Carrick ? Le capitaine pointe un plan de jeu trop passif, un pressing mal pensé. L’entraîneur dénonce un engagement insuffisant, un pressing mal exécuté.

La vérité se niche entre les deux. United défend mal, physiquement et mentalement. L’équipe ne sait ni presser haut avec cohérence, ni protéger sa surface avec rigueur. Elle ne court pas assez quand il le faut, et elle court souvent mal quand elle essaie.

Ce qui inquiète le plus, ce n’est pas la défaite 4-1 à Como. C’est ce qu’elle révèle : un groupe qui ne croit plus pleinement à ce qu’on lui demande, un capitaine qui expose ses doutes en public, un entraîneur qui répond en conférence de presse.

Le pressing, les blocs, les séquences de passes, tout cela se travaille. La confiance, elle, se perd beaucoup plus vite.

La question n’est plus seulement de savoir comment Manchester United doit défendre. Elle est désormais de savoir combien de temps encore ce club peut continuer à avancer avec une équipe qui ne tire plus dans le même sens.