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Manchester City après Guardiola : Enzo Maresca face au défi de la succession

Dix ans de trophées, une empreinte tactique unique, une culture de la victoire presque banale à force d’être répétée. Pep Guardiola a quitté l’Etihad Stadium en laissant derrière lui un vide immense et une barre démesurément haute. À sa place, Enzo Maresca, ancien adjoint devenu patron, doit désormais transformer l’héritage en nouveau cycle gagnant.

Le Catalan est parti comme il a vécu à Manchester : en soulevant des coupes. Un doublé national pour conclure, avec une League Cup arrachée face à Arsenal, puis une FA Cup remportée contre Chelsea, le club qu’entraînait Maresca la saison passée. Ces deux trophées ont porté son total à 20 avec City : six titres de Premier League, trois FA Cups, cinq League Cups, une Ligue des champions, plus le reste d’un palmarès qui a redéfini les standards du club.

Maresca n’arrive donc pas simplement sur un banc prestigieux. Il débarque dans une institution habituée à dominer, où tout ce qui n’est pas la première place en championnat ressemble à un échec.

Un vestiaire transformé et un statut à défendre

Le changement n’est pas seulement sur le banc. Sur le terrain aussi, l’ère Guardiola s’est refermée brutalement. John Stones et Bernardo Silva, deux piliers des années dorées, ont tourné la page. Le premier a rejoint l’Inter, le second le Real Madrid, tous deux libres. Rodri, métronome du milieu et homme des grands rendez-vous, est parti à Barcelone.

Perdre en une intersaison son régulateur, son défenseur clé et son capitaine technique, c’est plus qu’un ajustement. C’est un séisme silencieux.

Pour compenser, City a sorti le chéquier et attiré Elliot Anderson en provenance de Nottingham Forest, après une saison pleine puis un Mondial réussi. Le club reste aussi lié à des pistes de très haut niveau comme Enzo Fernández et Ayyoub Bouaddi. Un autre nom est arrivé, plus discret mais intrigant : Jeremy Monga, 17 ans, débauché de Leicester, clairement pensé comme un investissement pour demain.

Tout cela se produit alors que City reste sur deux saisons sans titre de Premier League. Deux années à voir Liverpool puis Arsenal soulever le trophée. Deux années qui, à l’échelle des standards posés par Guardiola, ressemblent à une éternité. Le premier signal sous Maresca n’a pas été idéal : une défaite 3-0 en Community Shield contre l’équipe de Mikel Arteta. Un rappel brutal de la marche à gravir.

Haaland, l’arme fatale qui ne change pas

Une chose, pourtant, ne bouge pas : la menace Erling Haaland. Sauf blessure ou chute de niveau totalement improbable, le Norvégien devrait encore terminer meilleur buteur du club, et sans doute de la ligue.

Il sort d’un excellent Mondial et a inscrit au moins 22 buts lors de chacune de ses quatre saisons de Premier League, dont 27 la saison passée. Sous Guardiola, tout l’édifice offensif tournait autour de lui. Les circuits de passes, les zones d’attaque, les courses des ailiers : tout convergait vers le numéro 9.

Maresca, lui, a montré à Chelsea qu’il savait mettre en valeur un profil créatif comme Cole Palmer, mais aussi générer beaucoup d’occasions pour un attaquant comme Nicolas Jackson. La différence, c’est qu’à City, le buteur s’appelle Haaland. Le même volume d’occasions, avec un finisseur de ce calibre, et la machine peut redevenir terrifiante très vite.

Le faux « nouveau » : Khusanov, candidat à l’installation

Parler de « révélation » à propos de ce Manchester City ressemble presque à un abus de langage. L’effectif est dense, mûr, habitué aux joutes du très haut niveau. Elliot Anderson, au vu de ce qu’il a montré à Nottingham Forest puis au Mondial, a déjà franchi un cap. Jeremy Monga, lui, semble davantage inscrit dans un plan à moyen terme.

Reste un nom qui s’impose presque par défaut, mais qui colle à la réalité du terrain : Abdukodir Khusanov. Le défenseur central a déjà commencé à émerger dans la seconde partie de la saison dernière. Il n’est plus tout à fait une surprise, mais il n’est pas encore un titulaire indiscutable.

Cette saison pourrait être celle où il s’installe vraiment. S’il parvient à s’imposer quand tout le monde est disponible, à tenir la concurrence dans un secteur historiquement exigeant à City, il deviendra plus qu’une rotation utile : une pièce maîtresse de la nouvelle ère défensive.

Phil Foden, l’heure de vérité

Phil Foden reste l’un des talents les plus brillants de sa génération. Personne ne remet en cause sa technique, sa vision, sa capacité à faire basculer un match sur un geste. Mais la saison dernière, il n’a jamais vraiment pris feu.

Cantonné à un rôle de second couteau sur de longues périodes, il n’a inscrit que sept buts en 33 apparitions de Premier League. Trop peu pour un joueur de ce statut. Résultat : pas de Coupe du monde pour lui, un coup dur pour un talent censé incarner l’avenir de son club comme de sa sélection.

Le contexte a changé. Nouveau contrat à Manchester City, une vraie préparation estivale, un entraîneur qui devra s’appuyer sur des individualités fortes pour traverser la transition. Tout est en place pour que Foden relance sa trajectoire. S’il retrouve sa meilleure forme, il peut redevenir ce joueur insaisissable qui étire les défenses, casse les lignes et décide des titres. S’il se rate, la question de son rôle à long terme se posera avec plus d’insistance.

Ce que City doit réussir… et ce qui fait peur

À Manchester City, le mot « succès » a une définition brutale : gagner la Premier League. Tout le reste vient après. Même sans Guardiola, même sans Bernardo Silva, l’exigence ne bougera pas.

Maresca sait très bien ce qui l’attend. Il arrive dans un club où finir deuxième ne console personne. Arsenal a enfin brisé sa disette de 22 ans sans titre de champion et n’a plus ce blocage mental. Liverpool reste un rival structurel. La lutte sera féroce.

Mais l’effectif de City reste construit pour tout gagner. Sur le papier, il peut viser chaque trophée. Dans les tribunes, la saison ne sera considérée comme réussie que si le club se retrouve à nouveau sur le balcon, trophée de Premier League en mains, au mois de mai.

La vraie inquiétude, elle, est ailleurs. Pendant des années, City a vécu avec la certitude d’avoir l’un des meilleurs entraîneurs de l’histoire sur son banc. Une sécurité tactique, une capacité à ajuster en direct, à réinventer l’équipe d’une saison sur l’autre.

Maresca, lui, arrive avec une réputation prometteuse mais encore incomplète. Il a brillé avec Chelsea en Club World Cup et en Conference League, mais ses performances en championnat ont souvent semblé plus fragiles. Il n’a pas encore la précision chirurgicale de son prédécesseur. Il découvre aussi un vestiaire bien plus riche et profond que tout ce qu’il a connu jusqu’ici.

La question est simple, mais lourde : peut-il, lui ou quiconque, maintenir le niveau délirant imposé par Guardiola ?

Pronostic : City à l’affût

Dans ce contexte, imaginer Manchester City écraser immédiatement la concurrence avec un nouvel entraîneur relève du pari audacieux. Si Maresca trouve vite la bonne formule, si Haaland reste en feu, si Foden se réveille et si la défense se stabilise autour d’un joueur comme Khusanov, City peut renverser Arsenal.

Mais pour une première saison à l’Etihad, le scénario le plus réaliste place le club sur la deuxième marche du podium. Juste derrière, toujours menaçant, jamais vraiment décroché.

La vraie question, alors, ne sera pas seulement de savoir où City terminera ce championnat. Elle sera de voir si, au-delà du classement, Maresca parvient à installer assez de certitudes pour que l’ère post-Guardiola ne soit pas un simple épilogue, mais le début d’un nouveau chapitre.