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Johan Manzambi : de la buanderie à la course au Ballon d'Or

Johan Manzambi discute déjà, à la même table, avec Lamine Yamal, Yan Diomande et Ayyoub Bouaddi. Pas sur un terrain d'entraînement, mais dans le débat mondial pour le titre de meilleur jeune joueur de la planète. En quelques mois, le Suisse s’est invité dans un cercle où l’on ne pardonne ni le doute, ni le retard.

Trois buts en quatre matches de Coupe du monde avec la Suisse, une blessure au genou qui brise net son élan, et malgré tout une candidature qui s’impose dans les conversations autour du Ballon d’Or des jeunes. Il y a un an à peine, il découvrait la sélection A. La trajectoire est verticale.

Ce qui frappe, c’est le contraste entre la star naissante et le gamin resté accroché à ses habitudes. À Freiburg, où il s’est forgé, Johan Manzambi revenait encore au centre de formation… pour faire sa lessive.

Bernhard Weis, l’homme qui lui a offert ses débuts avec les moins de 19 ans de Freiburg, n’a rien oublié. Il le voit encore débarquer au centre, sac de vêtements sales sous le bras, alors qu’il s’entraîne déjà avec les pros. Pas de machine à laver chez lui, alors il pousse la porte de l’académie, lance une machine, discute avec les éducateurs, prend le temps.

Et surtout, il rend. Quand il croise des jeunes des moins de 13 ans ou des moins de 14 ans, il les embarque en voiture jusqu’à la gare pour qu’ils rentrent plus facilement chez eux. Un geste simple, répété. Un trait de caractère. Pour Weis, c’est ça, Johan Manzambi : le joueur qui commence à fréquenter l’élite, mais qui continue de jouer les grands frères au centre.

Sur le terrain, pourtant, personne à Freiburg n’avait imaginé une nomination dans les discussions autour du Ballon d’Or aussi tôt. Weis l’admet sans détour : il voyait un joueur pour la première équipe, oui, mais pas une comète à ce point. Les débuts n’ont d’ailleurs pas été simples. Les six premiers mois au club allemand ont mis en lumière ses limites physiques : pas assez puissant, pas assez stable dans les duels.

Manzambi a réagi à l’ancienne. Il a pris cinq kilos de muscle. Pas pour gonfler les statistiques en salle, pour survivre au très haut niveau. Une fois ce cap passé, l’idée s’est imposée dans son esprit : c’est le moment, je vais aller plus vite, je vais être plus fort. Le changement s’est vu. Et très vite.

À Genève, à Servette, on sourit en regardant cette explosion soudaine. Massimo Lombardo, directeur de l’académie, le connaît depuis ses 15 ans. Il a accompagné ses premiers pas structurés avant son départ pour Freiburg à 17 ans, en 2023. Pour beaucoup, cette montée en puissance express tient du phénomène. Pour lui, elle s’explique.

Lombardo pointe ce qui fait la différence chez Manzambi : une mentalité vorace, une personnalité expansive, un enthousiasme qui contamine un vestiaire, et surtout du courage. Les qualités techniques, il les avait. Le sens tactique aussi. Le corps, lui, a fini par suivre. Aujourd’hui, assure-t-il, le jeune Suisse possède le profil physique pour performer en Angleterre.

Entre la buanderie du centre de Freiburg et les projecteurs braqués sur les grandes cérémonies, le chemin n’a pas duré longtemps. La question, désormais, n’est plus de savoir comment Johan Manzambi est arrivé là. Elle est de savoir jusqu’où il compte aller.