Ian Botham et ses marches contre la leucémie : entre plaisir et douleur
Il a passé sa vie à casser des défenses au cricket. Mais ce sont des kilomètres avalés sur le bitume qui ont, de son propre aveu, changé le plus de vies. Lord Ian Botham regarde aujourd’hui ses marches caritatives pour la recherche contre la leucémie avec un mélange de fierté, de gravité et d’humour rugueux. « Je suis fier », dit-il. « C’était beaucoup de plaisir et de douleur. »
Tout est parti d’une scène qu’il n’a jamais oubliée. Un hôpital, Musgrove Park, à Taunton. Lui est là pour soigner un pied cassé. Dans le service, quatre garçons atteints de leucémie. Le médecin ne lui cache rien : « Vous en avez pour huit à dix semaines de traitement, et je ne pense pas que ces garçons seront encore là. » À la fin de sa convalescence, ils ne l’étaient plus.
Le choc est brutal. Botham rentre chez lui, parle avec sa femme Kath. Et la phrase tombe, simple, définitive : « Il faut qu’on fasse quelque chose de positif. » De cette promesse intime naîtra l’une des plus impressionnantes campagnes de levée de fonds du sport britannique.
Les marches contre la leucémie deviendront sa signature. Des défis éreintants, répétés, pensés d’abord pour alerter autant que pour récolter de l’argent. « Tout tournait autour de la sensibilisation. Les marches pour la leucémie, c’était ça : faire prendre conscience », explique-t-il. À l’époque, les chances de survie frôlent à peine les 20 %. Aujourd’hui, il cite un chiffre qui dit tout le chemin parcouru : « 94 à 95 % de chances de survie. C’est fantastique. »
Invité de BBC Breakfast pour parler de son nouveau livre, Seasons: Riding the Torpedo, l’ancien all-rounder d’England déroule les chiffres comme on aligne des kilomètres : « On a fait 18 marches, dix mille cinq cents miles. L’équivalent de Londres à Sydney. » Une distance folle, née presque dans l’improvisation. « Au départ, on ne savait pas ce qu’on allait accomplir, on ne savait pas si ça allait marcher, mais la réponse du public a été immense. »
Derrière les images de foules, les dons, les applaudissements sur le bord de la route, il y a surtout une logistique implacable. Botham insiste : la vraie épreuve n’était pas toujours là où on l’imagine. « Le boulot le plus dur, c’est l’organisation. Ces marches prenaient environ 18 mois à préparer, avec ma femme et les enfants. » Trouver les parcours, coordonner les équipes, gérer les autorisations, les hébergements, les relais médiatiques : un deuxième métier, en parallèle d’une carrière internationale déjà dévorante.
Car pendant qu’il accumule les runs et les wickets pour England entre 1976 et 1992, sa famille encaisse, elle aussi. Il ne l’ignore pas. « Je prends beaucoup de remarques de la part des petits-enfants. Ils me disent que j’ai été le pire père, parce que je n’étais jamais là. J’étais partout dans le monde à jouer au cricket. » L’aveu est franc, sans fard. Les sacrifices ne se comptent pas qu’en ampoules aux pieds.
Le temps, pourtant, a fait son œuvre. Un matin, ses petits-enfants lui tendent un grand mug, décoré d’un message simple : « best ever granddad ». Le contraste le fait sourire. « Ça a rééquilibré les choses », glisse-t-il. Oui, il a manqué des soirées, des anniversaires, des moments de vie. Mais ces absences, ces marches, ces campagnes ont soudé le clan Botham autrement. « C’est là que la famille se serre les coudes », résume-t-il.
Il reste les chiffres, implacables : 18 marches, l’équivalent d’un Londres–Sydney à pied, une cause qui, en quelques décennies, est passée d’un mince espoir de survie à une issue majoritairement favorable. Il reste aussi cette image d’un ancien champion qui, une fois les crampons rangés, a choisi de continuer le combat, simplement sur un autre terrain.




