Heimir Hallgrimsson prépare l'avenir sans joueurs de League of Ireland
Heimir Hallgrimsson trace déjà l’avenir. Mais sans les joueurs du championnat domestique.
Le sélectionneur de la République d’Irlande a dévoilé un groupe de 21 joueurs pour un stage en Espagne, à Murcia, suivi d’un match officiel contre la Grenade le samedi 16 mai et d’une opposition d’entraînement face au Real Murcia. Pas un seul élément actuellement sous contrat en League of Ireland n’y figure.
Un stage sans LOI… mais pas sans arrière‑pensée
Pendant une dizaine de jours, Hallgrimsson va travailler avec un groupe mêlant habitués du Championship, joueurs des deuxième et troisième divisions anglaises et quelques nouveaux visages. On y retrouve notamment le jeune ailier de Benfica, Jaden Umeh, 18 ans, ancien de Cork City, ainsi que Jack Moylan (Lincoln City), Josh Keeley ou encore Aidomo Emakhu.
Tous ont un point commun : ils évoluent hors du championnat domestique. Malgré la pression autour de certains talents locaux, comme le meneur de jeu de Bohemians Dawson Devoy ou le polyvalent milieu de 17 ans de Shamrock Rovers, Victor Ozhianvuna – publiquement poussé par son entraîneur Stephen Bradley – aucun joueur actuellement en League of Ireland n’a été retenu.
Hallgrimsson n’a pourtant pas pris l’opinion à rebrousse-poil. Il avait déjà prévenu : avec un championnat d’été, les clubs ne sont pas obligés de libérer leurs joueurs hors des fenêtres internationales FIFA. Et il ne compte pas forcer le passage.
« Ce serait bien, mais nous interromprions le championnat », a-t-il expliqué au siège de la FAI en commentant l’absence de joueurs locaux. Il insiste sur l’équité vis‑à‑vis des entraîneurs de League of Ireland, à qui il refuse de demander de se passer « probablement de leur meilleur joueur » en plein calendrier.
Janvier, le vrai rendez-vous des joueurs locaux
Derrière cette liste sans joueurs de LOI, un projet plus large se dessine. Hallgrimsson veut installer un camp de janvier taillé sur mesure pour le vivier domestique.
Son idée est claire : un rassemblement presque exclusivement composé de joueurs de League of Ireland, une sorte de sas d’entrée vers la sélection A.
« C’est le moment où le groupe sera probablement constitué majoritairement de joueurs de LOI », explique-t-il. Objectif : les intégrer en douceur, leur offrir une plateforme, un environnement international sans la pression immédiate d’une convocation en match officiel.
Les discussions avec la FAI sont avancées, selon lui. Reste à caler la période exacte avec les clubs, et à trouver des adversaires. Le sélectionneur voit dans ce format une vraie opportunité, fidèle à ce qu’il a connu ailleurs.
Quand il dirigeait l’Islande puis la Jamaïque, ces camps spécifiques ont permis à « un ou deux joueurs » de s’imposer dans le groupe A. Des profils qui, une fois mis en lumière dans ce contexte, ne l’ont plus quitté.
Pour l’instant, ce camp de janvier vise… 2027. Une ambition plus qu’une promesse. Le budget de la fédération est serré, Hallgrimsson ne le cache pas. Mais il veut s’en servir comme d’un levier, pas d’un frein.
À ses yeux, le format « summer league » n’est pas seulement un handicap. C’est aussi une fenêtre différente, un avantage structurel : un créneau pour organiser un rassemblement supplémentaire, avec « de nouveaux visages », là où d’autres pays ne peuvent pas.
Un championnat critiqué, mais toujours scruté
La League of Ireland reste au cœur du débat. La semaine dernière, l’analyste d’RTÉ, Alan Cawley, a pointé la qualité globale des rencontres en SSE Airtricity Men’s Premier Division cette saison. Une ligue classée seulement 31e en Europe par le coefficient UEFA.
Hallgrimsson, lui, sillonne les stades depuis près de deux ans. Interrogé sur le niveau, et sur la comparaison avec la League One anglaise, il refuse les jugements définitifs : il a vu du bon, du moins bon, parfois dans le même week‑end. Un niveau « irrégulier », mais jamais totalement disqualifiant.
Il sait surtout qu’un camp de janvier avec 23 joueurs de League of Ireland ne transformera pas tout ce groupe en internationaux réguliers. Ce n’est pas l’idée. Dans ce type de rassemblement, il suffit d’un ou deux joueurs qui « brillent » pour marquer durablement les esprits du staff.
Milieu de terrain : l’alerte en creux
L’absence de Devoy et d’Ozhianvuna met aussi en lumière une autre réalité : le manque de nouvelles options au milieu de terrain. Dans l’effectif qui part à Murcia, aucune tête nouvelle dans l’entrejeu. Tous les milieux convoqués ont déjà été capés.
Hallgrimsson ne s’en cache pas. Il cite Andy Moran, Jayson Molumby, Jason Knight, Conor Coventry : des joueurs déjà intégrés, mais qui manqueront pour le prochain rassemblement, ce qui risque de laisser la sélection à court d’expérience dans ce secteur.
Il envisage donc de doubler certains postes, de s’appuyer sur les cadres déjà vus régulièrement : Finn Azaz, Will Smallbone, Alan Browne, encore engagés avec leurs clubs et pressentis pour le second camp, celui qui se déroulera dans une fenêtre FIFA officielle, face au Qatar et au Canada.
Le plan est simple : utiliser Murcia pour observer, tester, évaluer, puis réunir « tout le monde » pour le deuxième rassemblement. Mais cette stratégie se heurte déjà à un contretemps important.
Le coup d’arrêt Bosun Lawal
Dans cette logique de renouvellement, Bosun Lawal devait incarner l’une des figures centrales. Le joueur polyvalent de Stoke City, lancé en mars dernier en amical contre la Macédoine du Nord au poste de milieu défensif, ne sera finalement pas du voyage en Espagne.
Une blessure aux ischio-jambiers est venue tout gâcher.
Hallgrimsson l’admet : Lawal faisait partie des rares joueurs ciblés pour enchaîner les deux camps, Murcia puis le rassemblement suivant. Une volonté de le « faire avancer plus vite », au même titre que James Abankwah, autre jeune qu’il espère voir participer aux deux rendez-vous.
La blessure de Lawal retarde ce plan, sans le remettre en cause. Le sélectionneur veut continuer à multiplier les opportunités d’observation, à élargir le spectre des candidats, à accélérer la progression de ceux qui montrent qu’ils peuvent suivre le rythme.
Pour les joueurs de League of Ireland, la porte reste donc entrouverte. Mais elle s’ouvrira vraiment, si Hallgrimsson obtient gain de cause, un matin de janvier. Et ce jour‑là, ceux qui domineront les pelouses domestiques n’auront plus d’excuse.



