Gqeberha : Le retour incroyable de l'Afrique du Sud avec Bavuma
À Gqeberha, Pat Cummins a vécu l’un de ces jours que les capitaines préfèrent oublier. Sous le soleil de St George's Park, le leader de l’attaque australienne a enchaîné les overs sans jamais trouver la moindre brèche, encaissant 0/96. C’est la deuxième feuille de stats la plus coûteuse de sa carrière sans le moindre wicket, derrière son 0/101 concédé face à l’Inde à Sydney en 2019.
En face, l’Afrique du Sud a transformé une situation désespérée en déclaration de force. De 110/6 à 425/9 déclarés au troisième jour, les Proteas ont retourné le scénario et renversé la pression sur l’Australie, pourtant maîtresse du premier Test à Durban et déjà devant 1-0 dans cette série de trois matches.
Bavuma, capitaine en état de grâce
Tout a basculé à partir du moment où Temba Bavuma a décidé que son équipe ne plierait pas. Le capitaine sud-africain a signé l’un des grands innings de sa carrière, un 179 magistral, son meilleur score en Test, qui a servi de colonne vertébrale à cette remontée spectaculaire.
Le matin, la situation semblait pourtant limpide pour l’Australie. Wiaan Mulder tombe pour 13, pris par Mitchell Starc, qui en profite pour franchir la barre symbolique des 450 wickets en Test. Le tableau d’affichage affiche alors 110/6. À ce stade, on parle habituellement de dégâts limités, de “nettoyage” du bas de tableau.
Pas cette fois.
Bavuma trouve d’abord en Marco Jansen un allié de poids. Les deux hommes recousent patiemment l’innings, grattent, laissent passer, punissent les rares erreurs. Leur partenariat pour le septième wicket grimpe à 132 runs. Jansen, plus qu’un simple tailender, compile un précieux 85 avant de céder à Scott Boland, le meilleur Australien du jour avec 5/81.
On pourrait croire alors que la brèche est enfin ouverte. Elle se referme aussitôt.
Harmer enfonce le clou
Simon Harmer rejoint Bavuma, et l’Afrique du Sud repart de plus belle. Le huitième wicket devient un supplice pour Cummins et ses hommes. Les overs défilent, les runs aussi. L’Australie cherche, varie, insiste. Rien n’y fait.
Bavuma dicte le tempo, Harmer libère ses coups. Dix fours, un six, et un premier cinquante en Test pour l’off-spinner, qui joue bien au-delà de son rôle de spécialiste du ballon. Ensemble, ils ajoutent 183 runs pour le huitième wicket, un partenariat qui change la physionomie non seulement de l’innings, mais sans doute du Test.
Harmer finit par être battu par Marnus Labuschagne, mais le mal est fait. L’Afrique du Sud a repris le contrôle du temps, du score et du ton de ce match.
Bavuma, lui, continue d’empiler les runs. Son cinquième century en Test tombe après 226 balles, construit avec une patience d’orfèvre et une autorité tranquille. Il dépasse son précédent record personnel de 172, inscrit contre les West Indies à Johannesburg en 2023. Quand Starc finit par le faire tomber, à 179, la déclaration suit peu après. 425/9. Une montagne, compte tenu du point de départ.
Une remontée historique
Les chiffres racontent à quel point cette journée appartient à l’histoire sud-africaine. Après la chute du sixième wicket, l’Afrique du Sud marque 315 runs. C’est la deuxième meilleure addition pour un septième wicket et au-delà dans toute l’histoire de ses Tests.
Seule une autre performance sud-africaine fait mieux : les 318 runs ajoutés… déjà contre l’Australie, au Melbourne Cricket Ground, en 2008. Un écho qui ne passera pas inaperçu dans le vestiaire australien.
Pour l’Australie, ce type de retournement après le sixième wicket reste extrêmement rare. Les hommes de Cummins n’ont concédé qu’une seule fois un total plus élevé dans ces circonstances : 363 runs au profit des West Indies à Bridgetown en 1955. L’effort de 318 des Sud-Africains à Melbourne en 2008 figure aussi devant ce qu’ils viennent de subir à Gqeberha. La journée du capitaine australien s’inscrit donc dans une lignée de mauvais souvenirs statistiques.
Cummins en échec, l’Australie sous pression
Cummins, d’ordinaire si clinique, a cherché sans jamais trouver. 0 wicket, 96 runs concédés, et la sensation d’un match qui lui échappe. Les autres membres de l’attaque ont connu des fortunes diverses, mais aucun n’a réussi à empêcher Bavuma de prendre le contrôle du récit.
Boland s’en sort avec les honneurs et un 5/81 qui reflète sa constance. Starc, lui, a coché la case des 450 wickets, mais cette étape de carrière s’accompagne d’un contexte bien moins glorieux. L’Australie, qui semblait en route pour dominer ce Test comme à Durban, se retrouve soudain à devoir survivre.
La fin de journée le confirme. Kagiso Rabada, qui n’a jamais besoin de beaucoup de mots pour imposer son autorité, frappe d’entrée. Nic Maddinson ne reste que quatre balles au crease avant de repartir pour un duck. L’Australie termine à 3/1, fragile, son top-order déjà fissuré.
La série reste à l’avantage des visiteurs, qui mènent 1-0 après leur victoire de 214 runs à Durban. Mais à Gqeberha, le décor a changé. L’Afrique du Sud a retrouvé de la voix, un capitaine en feu, et un vestiaire convaincu qu’il peut faire vaciller l’ogre australien.
La question, désormais, n’est plus de savoir comment les Proteas ont survécu à 110/6. Elle est de savoir si l’Australie, bousculée comme rarement, saura répondre avec la même résilience.




