Felix Balshaw : de Leeds à Biarritz, un parcours tennistique inspirant
Il suffit de quelques secondes au téléphone pour comprendre. Chez Felix Balshaw, né à Leeds, c’est l’accent qui parle en premier. Un français chantant, marqué par l’Atlantique et le Pays basque, bien loin des sonorités de West Yorkshire. Et tout s’éclaire : le fils d’Iain Balshaw, champion du monde de rugby avec l’Angleterre en 2003, grimpe aujourd’hui les échelons du tennis… sous le drapeau tricolore.
À 20 ans, le droitier vient de fêter la première victoire ATP de sa carrière, à Lyon. Classement : 178e mondial. Un bond vertigineux quand on se souvient qu’il a démarré la saison 2026 à la 718e place. Mais l’histoire commence bien avant un court de l’ATP 250.
De Leeds à Biarritz, une enfance basculée
Felix voit le jour à Leeds, alors qu’Iain Balshaw évolue encore pour les Leeds Tykes en Premiership. Puis la famille bascule vers le sud, vers la lumière et l’océan. Direction Biarritz, lorsque l’arrière-ailier anglais rejoint le Top 14.
La ville ne les lâchera plus. Biarritz et ses façades Belle Époque, ses casinos en front de mer, ses vagues de surf, deviennent le décor permanent de l’enfance de Felix.
« Nous sommes descendus à Biarritz en 2009 et nous avons juste adoré l’endroit », raconte le jeune joueur, qui a intégré pour la première fois le top 200 le mois dernier. Il y grandit, s’y construit, et chaque jour le rapproche un peu plus de la France.
Il le résume simplement : « J’ai grandi en France et, au fil des jours, je me sentais de plus en plus français. Depuis tout petit, dès que j’ai commencé à jouer en juniors Tennis Europe, j’ai toujours eu le drapeau français à côté de mon nom. »
Anglais de naissance, Français de cœur
Son attachement à la France est d’autant plus logique que les liens avec son pays de naissance restent ténus. Les retours de l’autre côté de la Manche sont « très rares », limités pour l’essentiel à quelques Noëls en famille. Sa grand-mère maternelle vit à Bath. La ville natale de son père, Blackburn, il ne l’a jamais vue.
Pourtant, Felix sait très bien ce que représente Iain Balshaw dans l’histoire du sport anglais. L’ancien joueur de Bath a marqué trois essais lors de la campagne victorieuse de la Coupe du monde 2003, conclue par ce succès 20-17 face à l’Australie en finale. Entré en seconde période, il participe à l’un des chapitres les plus sacrés du rugby anglais.
La veille du plus grand match de sa jeune carrière – un deuxième tour à l’Open de Lyon contre le Français Corentin Moutet – Felix s’est replongé dans ces images. Les exploits de 2003, en boucle, pour s’en imprégner.
« J’avais juste un énorme sourire en regardant, parce que je peux dire : “c’est mon père” », confie-t-il. Il revoit aussi ces après-midis à Aguiléra, quand Iain portait le maillot de Biarritz. « J’étais toujours dans un petit coin des tribunes avec la bande de rugby. C’était très, très inspirant de le voir. »
À la maison, le champion du monde n’est pas seulement une légende. C’est un père exigeant, mais précieux. « En tant que père, il est dur, mais c’est important : il a beaucoup d’expérience en rugby, donc il a énormément de choses à m’apprendre. Il a toujours été une grande, grande partie de ma vie. Il a toujours été derrière moi. »
Le choix : ballon ovale ou balle jaune
La raquette arrive très tôt dans la vie de Felix : quatre ans. Le ballon ovale, lui, n’est jamais loin. Comment pourrait-il en être autrement avec un tel patronyme ? Le gamin a du talent dans les deux disciplines. À 13 ans, il doit trancher. Le sport ne sera plus un simple jeu : une carrière professionnelle se profile.
Le dilemme est évident. « Quand on est petit, et que votre père est un champion de rugby, bien sûr qu’on veut suivre ses traces et faire le même chemin que lui », admet-il.
Mais quelque chose résiste. « Je sentais juste que le rugby n’allait pas être mon sport. Le tennis, je pense, est plus difficile pour moi que le rugby parce que c’est un sport individuel, mais il y avait un peu plus de feu en moi quand je jouais au tennis. Ça voulait dire que c’était le bon choix. »
Le feu intérieur tranche. Ce sera la balle jaune.
Un revers à une main et une célébration de marteau
À Lyon, cette semaine, beaucoup ont découvert son nom. Et son style. Revers à une main, fluide, ciselé, qui rappelle immédiatement Roger Federer. Célébration façon marteau de Thor après les points clés. Une manière de marquer le territoire dès sa première victoire sur le circuit principal, face au Portugais Jaime Faria, 56e mondial.
Ce succès, obtenu dans un ATP 250, n’est pas anodin. Il valide des mois de progression accélérée et lui ouvre les portes du top 180 dès la semaine prochaine. Pour un joueur qui végétait encore au-delà de la 700e place au début de l’année, la trajectoire est spectaculaire.
Dans le paysage tennistique, Felix Balshaw apparaît comme le miroir inversé d’Arthur Fery, le Français de naissance devenu numéro un britannique et demi-finaliste surprise à Wimbledon en juillet. Les deux hommes se sont d’ailleurs croisés pour la première fois à Lyon. Deux destins croisés, deux drapeaux, un même circuit.
Le regard discret de la LTA
Une telle ascension ne passe pas inaperçue. Du côté de la Lawn Tennis Association, on cherche depuis des années à élargir le vivier de joueurs britanniques au plus haut niveau. Un jeune talent né à Leeds, fils d’un héros national du rugby, désormais dans le top 200… le profil interpelle forcément.
Felix a-t-il été approché pour représenter le pays de sa naissance ? A-t-il eu, un jour, une discussion avec ses parents sur le choix de la nationalité sportive ?
Sa réponse est limpide. « Peut-être que mes parents cachent des choses et que je ne suis pas au courant, mais je n’ai jamais été personnellement contacté par la LTA », assure-t-il. Et pour ses parents, la ligne est claire : « Pour eux, le plus important, c’est que si je suis heureux, ils seront heureux aussi. »
Le message est posé. Né en Angleterre, façonné à Biarritz, porté par un accent français et une ambition qui ne cesse de grandir, Felix Balshaw a choisi son camp. Le prochain chapitre se jouera raquette en main, sur le circuit mondial, avec le drapeau tricolore à côté de son nom et, en tribune ou derrière un écran, un champion du monde de rugby pour le pousser encore un peu plus haut.




