RDC Sport

Djokovic et la route compliquée vers Turin

Le retour surprise de Novak Djokovic à Bâle devait être un tremplin. Il s’est transformé en frein brutal. En deuxième match seulement, le Serbe a buté sur Jan-Lennard Struff au terme d’un bras de fer où chaque set a atteint 5-5, avant de céder dans un tie-break final émaillé d’erreurs qui ne lui ressemblent pas. Neuvième duel entre les deux hommes, première victoire pour l’Allemand. Un symbole fort, au pire moment pour Djokovic.

À ce stade de sa carrière, le numéro 1 historique n’a plus besoin d’un ATP 500 pour prouver quoi que ce soit. Mais il joue encore pour gagner, partout, tout le temps. Et cette défaite ne touche pas seulement son orgueil : elle complique sérieusement son objectif déclaré en revenant à Bâle, verrouiller sa place au Masters de Turin, dans un peu plus de deux semaines.

Une course à Turin qu’il ne maîtrise plus totalement

Djokovic était arrivé en Suisse à la 12e place de la Race, dans une saison où seuls les huit premiers verront Turin. Un monde par rapport aux années précédentes, lorsqu’il avait déjà son billet en poche à cette période, quitte ensuite à renoncer à y aller, comme lors des deux dernières éditions.

Cette fois, il lui fallait une grosse semaine à Bâle pour s’installer solidement dans le wagon des qualifiés et ne pas dépendre uniquement du Rolex Paris Masters. Raté. Après cette sortie prématurée, tout se jouera donc à Paris. Selon les classements en direct, il pointe désormais au 11e rang de la Race. Devant lui, Alexander Zverev, Carlos Alcaraz et Ben Shelton ont déjà sécurisé leur place.

Jannik Sinner aussi, mais le forfait de l’Italien, touché au genou et contraint de mettre un terme à sa saison, ouvre une brèche inattendue. Cinq places de tableau principal restent à pourvoir, pour une dizaine de candidats encore mathématiquement en course. Djokovic est au cœur de ce peloton.

Medvedev, Fils… puis la mêlée générale

Dans ce sprint final, deux hommes semblent déjà avoir un pied à Turin : Daniil Medvedev et Arthur Fils. Leur avance au classement et leur présence cette semaine dans les ATP 500 les placent en position idéale pour verrouiller deux des cinq tickets encore disponibles.

S’ils confirment, il ne restera plus que trois sièges pour un groupe dense. À l’autre extrémité de l’échiquier, Jakub Mensik devra probablement triompher à Paris pour espérer se glisser dans le top 8. Possible, mais hautement improbable.

Le dossier le plus intrigant reste celui de Flavio Cobolli. Sur le papier, l’Italien devait être l’un des visages de ce Masters disputé à domicile. Sur le court, sa blessure contre Matteo Berrettini, les larmes, l’émotion, ont tout remis en question. Sa fin de saison est en suspens. Sa place potentielle aussi.

En comptant Cobolli, les trois places restantes se joueraient entre lui, Frances Tiafoe, Rafael Jodar, Alex de Minaur, Novak Djokovic, Taylor Fritz et Tommy Paul. Seuls trois d’entre eux sont encore engagés cette semaine en ATP 500 : Fritz à Bâle, de Minaur et Paul à Vienne. Un détail ? Pas vraiment. Fritz affronte justement Arthur Fils dans un duel qui peut peser très lourd dans la balance de Turin.

Djokovic au milieu du gué

Si l’on met de côté Tiafoe et l’incertitude Cobolli, cinq joueurs se tiennent en moins de 500 points. Djokovic est planté au milieu de ce groupe : derrière Jodar et de Minaur, devant Fritz et Paul.

Les résultats de cette semaine comptent, bien sûr. Mais un élément joue encore en faveur du Serbe : son destin reste largement entre ses mains. Paris ne lui laisse simplement plus le droit à l’erreur.

Une nouvelle sortie précoce à Bercy, même avec Sinner absent et Cobolli possiblement sur la touche, et le verdict serait implacable : pas de qualification pour le Masters pour la première fois depuis 2017. Pour un septuple champion de l’épreuve, l’hypothèse a des allures de séisme.

Paris ou rien

Les calculs sont clairs. Djokovic devra au minimum viser une demi-finale à Paris, en espérant que certains rivaux directs trébuchent tôt. Même ce scénario ne lui garantirait pas automatiquement une place à Turin, tant les écarts sont serrés.

S’il atteint la finale, la probabilité de le voir au Pala Alpitour grimperait fortement. Là, il chasserait un huitième titre record, histoire de repousser encore un peu plus les limites de son palmarès. S’il gagne le tournoi, le débat serait clos : qualification assurée, 103e titre en carrière, et un message retentissant envoyé au circuit.

Début octobre, à Pékin, Djokovic a rappelé qu’il pouvait encore dominer une semaine entière, être l’homme au-dessus du lot quand tout s’aligne. Pour retrouver Turin, il devra sans doute ressortir ce niveau-là, sur dur indoor, sous la pression, en sachant que chaque match pèsera double.

À 37 ans, le défi change de forme, pas d’intensité. La question n’est plus de savoir s’il a encore le tennis pour y arriver. Elle est simple, brutale : pourra-t-il le produire exactement quand sa saison en dépend ?