Alexandra Eala s’arrête en quarts à Tokyo mais vise la victoire à Hong Kong
La nuit tokyoïte a été longue pour Alexandra Eala. Intense, cruelle, presque fondatrice. La joueuse philippine a quitté le court battue, mais pas brisée, après une bataille de près de trois heures face à la Russe Diana Shnaider, tête de série numéro 3, vainqueure 2-6, 7-6 (7/5), 6-4 lors de leur quart de finale au Pan Pacific Open.
Une entrée tonitruante, puis la guerre des nerfs
Pour sa première apparition dans ce tournoi, Eala a démarré comme une joueuse qui n’a plus peur de personne. Menée 2-1, elle a aligné cinq jeux de rang pour enlever le premier set 6-2, étouffant Shnaider par son agressivité en retour et la qualité de sa couverture de terrain.
Le rythme, la conviction, l’intensité : tout semblait tourner en sa faveur.
Le deuxième set, lui, a pris une toute autre tournure. Les deux joueuses ont verrouillé leur mise en jeu, aucun break, aucune ouverture franche. Le bras de fer s’est déplacé sur chaque point, chaque seconde balle, chaque choix de trajectoire. Dans ce duel de nerfs, c’est la numéro 13 mondiale qui a serré le jeu au bon moment, s’adjugeant le jeu décisif 7/5 et relançant totalement le match.
La pression a alors changé de camp. Shnaider a pris le break d’entrée de troisième manche, imposant enfin sa loi en fond de court. Eala, elle, a dû demander un temps mort médical pour un souci au pied droit, sans jamais lâcher la partie pour autant. La Russe a conclu avec un ace, façon point final sec et imparable.
“Une énorme bataille” et une saison déjà historique
À la sortie, Eala ne s’est pas réfugiée derrière les regrets. Elle a parlé de “grosse bataille”, consciente d’avoir tenu tête à une joueuse installée dans le top 20.
Elle l’a reconnu : elle a eu ses occasions. Des moments à basculer. Des points charnières qui, cette fois, ont filé dans l’autre camp. Mais au cœur de la déception, une fierté assumée d’avoir hissé le niveau du match très haut, des deux côtés du filet.
Cette défaite ne gomme rien de sa saison. Loin de là. À 21 ans, la joueuse philippine a déjà marqué l’histoire de son pays en devenant, en août à Washington, la première joueuse des Philippines à remporter un titre sur le circuit WTA. Elle arrive à Tokyo en tant que 19e mondiale, statut encore inimaginable il y a peu pour le tennis philippin.
Hong Kong en ligne de mire, pas encore l’heure du bilan
Il lui reste un tournoi pour boucler cette année charnière : Hong Kong, la semaine prochaine. Et Eala ne veut surtout pas se mettre en mode rétrospective trop tôt.
Elle l’a dit sans détour : elle est “super excitée” et arrive avec une “forte motivation” pour ce dernier rendez-vous. Les réflexions, les bilans, les grandes analyses de saison attendront. Une semaine de plus. Un tournoi de plus. Une chance de plus de frapper un grand coup.
À Hong Kong, elle sera parmi les favorites au titre. Non pas sur le papier seulement, mais par ce qu’elle montre désormais match après match : une capacité à rivaliser avec les meilleures, à s’accrocher dans les moments lourds, à imposer sa personnalité sur le court.
Un public conquis et un lien fort avec le Japon
À Tokyo, elle n’était pas seule. Loin de là. Une large colonie de supporters philippins a encore donné de la voix, transformant par séquences l’ambiance en quasi match à domicile.
Ce voyage au Japon, le deuxième en deux mois après sa demi-finale aux Jeux asiatiques à Nagoya, a renforcé un lien déjà fort avec le pays. Eala a parlé d’une atmosphère “super spéciale”, d’un plaisir sincère à évoluer devant ce public. Elle aime le Japon, qu’elle y soit pour le tennis ou non, et cela se voit dans sa façon de rester longtemps sur le court, de saluer, de profiter de l’instant malgré la défaite.
Un tableau ouvert, une saison encore en mouvement
Pendant qu’Eala quitte Tokyo, le tournoi continue sans elle. Diana Shnaider disputera les demi-finales face à la jeune Slovaque de 18 ans, Mia Pohankova, tombeuse de l’Américaine Alycia Parks 7-6 (7/3), 6-3.
Dans l’autre partie du tableau, Kamilla Rakhimova représentera l’Ouzbékistan face à Leylah Fernandez. La Canadienne a profité du forfait de la numéro 1 mondiale Elena Rybakina, contrainte de se retirer en raison d’une blessure au cou après avoir déjà sécurisé la place de numéro 1 en fin de saison.
Le décor est planté pour la suite du tournoi. Mais pour Alexandra Eala, l’histoire la plus intéressante se joue désormais ailleurs : à Hong Kong, dernière scène d’une saison qui a déjà brisé des plafonds pour le tennis philippin, et qui pourrait encore réserver un dernier tournant avant que les réflexions, cette fois, ne deviennent inévitables.




