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Crystal Palace – Newcastle : tensions et révolutions en Premier League

À Selhurst Park, la transition ressemble pour l’instant à un crash-test. Dix-sept buts encaissés en sept journées de Premier League : le bilan défensif de Crystal Palace sous Pierre Sage est brutal, presque choquant pour un club qui s’était habitué à la rigueur d’Oliver Glasner et à ses trois trophées en douze mois.

Le passage du 3-4-2-1 prudent et létal en transition de l’Autrichien au plan plus agressif du Français a ouvert des brèches béantes. Le naufrage de la semaine dernière à Brighton a agi comme révélateur. Les supporteurs, gavés de succès récents, scrutent déjà la zone de relégation. Même les deux victoires en championnat de l’ère Sage – face à Fulham et Nottingham Forest – auraient très bien pu tourner au fiasco. Quelque chose sonne faux dans le sud de Londres.

À Newcastle, le décor est différent, mais la sensation d’instabilité est tout aussi forte. L’été a tout balayé sur son passage : trois meilleurs joueurs vendus – Sandro Tonali, Anthony Gordon, Bruno Guimarães – huit recrues, toutes ou presque à peine sorties de l’adolescence, un seul habitué de la Premier League (Nico González), un nouvel entraîneur, Matthias Jaissle, et un staff presque entièrement recomposé à trois semaines du coup d’envoi de la saison. Un laboratoire plus qu’une équipe. Les problèmes de croissance étaient inévitables.

Sage sur un fil, Jaissle sous surveillance

À Palace, la situation est déjà brûlante. Pierre Sage a été clairement averti après la déroute de Brighton : soit la défense se redresse très vite, soit la porte se refermera. Steve Parish, le président, n’est pas encore convaincu par l’homme qui a remporté la Coupe de France avec Lens la saison dernière. Il réclame des garanties, des chiffres, des matches où son équipe ne se désintègre pas à la moindre vague adverse.

Le nul encourageant en Ligue Europa sur la pelouse de Besiktas a offert un court répit. Mais le rendez-vous de dimanche contre Newcastle ressemble à un verdict. En coulisses, des noms circulent déjà : Thomas Frank, valeur sûre du championnat, et Kieran McKenna, fraîchement parti d’Ipswich après l’avoir propulsé au premier plan. Pour ce dernier, une lourde indemnité serait due au club du Suffolk, un obstacle non négligeable, mais l’ombre de la succession plane déjà.

À Newcastle, l’ambiance est plus feutrée en interne, mais l’état de grâce s’est évaporé. Le club a versé 9,5 millions de livres à Al-Ahli pour arracher Matthias Jaissle à l’Arabie saoudite, persuadé que son fameux « vertical football » collerait parfaitement au projet. David Hopkinson, le directeur général, et Ross Wilson, le directeur sportif, sont séduits par sa manière de manager, sa volonté de travailler en collaboration, son calme dans la tempête.

Ils savent aussi qu’il a débarqué trop tard pour une vraie préparation, qu’il a hérité d’une infirmerie bien remplie et d’un vestiaire remodelé. Tout le monde, en haut lieu, s’attend à une saison faite de « hauts et de bas ». Mais les propriétaires saoudiens, eux, regardent déjà vers l’Europe. Et les supporteurs, eux, jugent le terrain : pour beaucoup, le jeu de Jaissle ressemble à du ballon long d’un autre âge maquillé en concept moderne. Ils contestent son système, ses choix d’hommes, redoutent qu’il soit prisonnier de sa doctrine.

Quand la philosophie se retourne contre le coach

Sage ne peut pas se cacher. Son Palace ne ressemble en rien à la machine huilée de Glasner. Il a certes ses circonstances atténuantes – un mercato contrarié, des cibles non obtenues, une relation tendue avec Parish – mais il a aussi pris des décisions lourdes. La principale : casser le duo Adam Wharton – Daichi Kamada au milieu après l’arrivée, le dernier jour du marché, de Quinten Timber.

Le Néerlandais a apporté de l’énergie, Kamada a brillé plus haut sur le terrain, mais Wharton, lui, souffre défensivement. La protection de la défense s’est effritée. Ironie cruelle : à Besiktas, en l’absence de Timber, le retour du tandem Wharton – Kamada a immédiatement redonné de la solidité. Le modèle Glasner réapparaît, presque malgré Sage. Difficile d’imaginer le Français ne pas s’accrocher à cette base au moment d’aborder un match aussi décisif.

À Newcastle, Jaissle se heurte à une autre forme de paradoxe. Son 4-2-3-1 offensif, avec un véritable numéro 10, n’est pas adapté à l’effectif. Il n’a tout simplement pas ce meneur de jeu naturel capable de dicter le tempo entre les lignes. Résultat : González, milieu défensif de métier, se retrouve souvent livré à lui-même, débordé, obligé de colmater partout à la fois. Derrière lui, Malick Thiaw et surtout Sven Botman traversent une période trouble en charnière centrale.

Le tableau pousse presque de lui-même vers une autre voie : un 3-5-2 plus stable, une approche plus contenue, plus basée sur la transition rapide pour exploiter la vitesse folle de ses attaquants. Jaissle, lui, s’accroche encore à son pressing haut, à son jeu porté vers l’avant, parfois à la limite de l’inconscience. Les critiques le comparent déjà à Ruben Amorim, autre théoricien suspecté de rigidité. En interne, on jure qu’il saura s’adapter.

Un chiffre glace tout de même le sang : Newcastle reste sur 13 matches de championnat sans clean sheet, égalant un record du club. Six de ces rencontres datent de l’ère Eddie Howe, mais la série colle désormais au visage de Jaissle.

Mercato raté, vestiaire agité : ce que les entraîneurs ne contrôlent pas

À Palace, la fin du mercato a viré à la caricature. Maxence Lacroix vendu à Chelsea, aucun vrai patron défensif recruté pour le remplacer, un effectif gonflé en nombre mais pauvre en leadership derrière. Axel Disasi est arrivé en prêt de Stamford Bridge, accompagné du jeune attaquant italien Honest Ahanor, mais le défenseur français a aussitôt écopé de trois matches de suspension pour un rouge insensé face à Ipswich. Mauvais timing, mauvais symbole.

Parish et Matt Hobbs, le directeur sportif, ne sortent pas indemnes de ce tableau. Leurs choix sont questionnés, le poste d’Hobbs serait même sérieusement fragilisé. Sage, lui, doit aussi composer avec des attaquants mécontents : Ismaïla Sarr et Jean-Philippe Mateta n’ont jamais caché leur envie de partir cet été. Ils sont restés, mais à quel degré d’adhésion ?

À Newcastle, Jaissle paye lui aussi des décisions qu’il n’a pas vraiment prises. Arrivé trop tard, il a pesé de façon limitée sur les huit recrues estivales de Wilson. Rapidement, il a estimé qu’Aladji Bamba, acheté 34 millions de livres à Monaco, et Bazoumana Touré, payé 43 millions à Hoffenheim, n’étaient pas prêts pour les joutes de Premier League. Matias Fernandez-Pardo, ailier ultra rapide recruté pour 51 millions à Lille, devra lui aussi digérer un temps d’adaptation.

La ligne directrice du club – privilégier des joueurs de moins de 25 ans – laisse un vestiaire brillant, mais léger en voix fortes. Un groupe jeune, malléable, parfois trop. Reste une question, sans réponse nette : les méthodes d’entraînement très intenses de Jaissle ont-elles contribué à la longue liste de blessés ? Anthony Elanga, Tino Livramento, Jacob Ramsey manquent à l’appel, et chaque absence pèse sur une équipe en quête de repères.

Un match, deux urgences différentes

Pour Sage, la victoire dimanche n’est pas seulement importante. Elle est vitale. Le nul européen en Turquie a offert un peu d’air, Mateta a marqué pour sa première titularisation depuis la première journée, quelques automatismes sont revenus. Mais la réalité est brutale : Palace n’a plus perdu à domicile contre Newcastle depuis novembre 2020, et cette série devient presque un piège. Jaissle a eu plus de temps pour préparer le déplacement, pour ajuster, pour corriger.

À Newcastle, le contexte de classement – une 11e place – ne crie pas à l’alarme. Et pourtant. Le 4-1 encaissé à Coventry, suivi d’une défaite 1-0 à domicile face à Aston Villa, a laissé des traces. Un succès à Selhurst Park calmerait le bruit qui enfle autour de Jaissle, redonnerait confiance à un groupe qui doute, offrirait un repère dans une saison encore informe.

Argent, avenir et peur du vide

Paradoxalement, Palace a terminé l’été avec près de 40 millions de livres de bénéfice net sur le marché des transferts, deuxième meilleur chiffre de Premier League derrière Aston Villa. Le club est soutenu par des propriétaires américains dont la fortune cumulée est estimée à 10 milliards de livres. Et pourtant, Steve Parish a récemment admis chercher encore des financements pour la nouvelle tribune principale de Selhurst Park.

Woody Johnson, Josh Harris et David Blitzer seraient ouverts à la vente de leurs parts, Raine Group a été mandaté pour trouver de nouveaux investisseurs. Tout cela donne une dimension encore plus lourde à la menace d’une éventuelle relégation. Le maintien n’est plus seulement une question sportive, mais un enjeu stratégique, financier, presque existentiel.

Dans ce décor sous tension, Pierre Sage peut rappeler son œuvre à Lens : la capacité à construire une équipe gagnante, à imposer une idée, à fédérer. Il a prouvé qu’il savait faire. Mais la Premier League ne laisse que très peu de temps aux bâtisseurs.

Dimanche, à Selhurst Park, ce ne sera pas seulement un Palace – Newcastle. Ce sera un test grandeur nature pour deux projets, deux entraîneurs, et deux clubs qui doivent décider très vite s’ils veulent tenir leur ligne… ou tout changer à nouveau.