Crystal Palace triomphe grâce à Mateta, Wissa en retrait
À Selhurst Park, le numéro 9 de Newcastle United savourait les applaudissements au coup de sifflet final. Sauf que ce n’était pas lui.
Sous ce maillot iconique, c’est Yoane Wissa qui repartait tête basse. Le héros de la soirée, lui, portait les couleurs de Crystal Palace : Jean-Philippe Mateta. L’attaquant français, ancien coéquipier de Wissa à Châteauroux, a claqué un doublé dans les dernières minutes pour offrir une victoire 2-1 aux Londoniens… avant d’échanger son maillot avec son ami congolais.
Deux destins qui se croisent. Deux entrées en jeu, un gouffre entre les deux.
Mateta renverse tout, Wissa ne touche pas un ballon
L’image résume la soirée de Newcastle. Mateta sort du banc, change le match, renverse Newcastle presque à lui seul. Wissa, lui, entre après le deuxième but de son ami, au bout du temps additionnel… et ne touche même pas le ballon.
Nick Woltemade, autre recrue offensive estivale, n’a pas eu beaucoup plus de temps pour exister. Lancé à la 84e minute, l’Allemand n’a fait qu’effleurer une rencontre déjà en train de glisser entre les doigts des Magpies.
Les chiffres donnent une autre dimension à ce constat : Wissa et Woltemade ont coûté ensemble 124 millions de livres l’été dernier. Une somme colossale pour un impact famélique dans un match où Newcastle avait besoin de poids, d’idées, de tranchant devant.
Eddie Howe, lui, a tenu à poser le cadre : il ne choisit pas son équipe « en fonction des indemnités de transfert », mais selon ce qu’il voit à l’entraînement. Ses explications sur la titularisation surprise de William Osula allaient d’ailleurs dans ce sens.
« Il a les attributs physiques, la détermination pour vraiment bien faire. Il progresse semaine après semaine », a-t-il souligné.
Osula a donc été relancé, nouvelle tentative dans la quête de Newcastle pour retrouver un avant-centre capable de s’installer durablement, sept mois après le départ douloureux d’Alexander Isak.
Après Isak, l’impossible équation
Remplacer Isak ressemblait à une mission perdue d’avance. Le Suédois a poussé pour rejoindre Liverpool, pour un montant record de 125 millions de livres, un transfert jugé « impossible » à compenser en interne à Newcastle.
Le club a choisi une autre voie : deux attaquants pour partager la charge, surtout après le départ de Callum Wilson. Woltemade était l’un de ces paris, un joueur qui avait un temps des vues sur le Bayern Munich, alors que Newcastle avait déjà échoué sur plusieurs cibles en pointe, dont Joao Pedro, Hugo Ekitike et Benjamin Sesko.
Quand Woltemade a débarqué pour 69 millions de livres, l’affaire avait presque des airs de destin. Cinq buts lors de ses six premières titularisations, une efficacité redoutable, et l’un des meilleurs taux de conversion de tirs de la saison en Premier League pour un joueur à plus de 30 tentatives : 23 %.
Pourtant, au fil des semaines, quelque chose s’est grippé.
Privé de son capitaine Bruno Guimarães, blessé, Howe a commencé à utiliser Woltemade plus bas, dans l’axe du milieu, pour profiter de sa qualité technique. Une adaptation curieuse pour un joueur recruté pour faire mal dans la surface.
Le staff l’a mal vécu. Frustration assumée : peu de temps pour développer les armes de Woltemade dans le dernier tiers, peu de répétitions dans la zone où il est censé faire la différence. Le calendrier infernal n’a rien arrangé. Le rythme va enfin baisser, et Newcastle aura l’occasion de travailler, de polir ce profil atypique.
Mais le système d’Howe, lui, repose historiquement sur un autre type de numéro 9 : rapide, capable de prendre la profondeur, de mener le pressing, de harceler les défenses. Woltemade doit s’adapter à un championnat plus intense, plus rugueux que la Bundesliga, et Newcastle doit, de son côté, apprendre à jouer pour ses qualités.
Pour l’instant, personne n’y gagne vraiment.
Wissa, une recrue à contretemps
Wissa devait justement alléger cette pression. Un attaquant déjà rodé à la Premier League, capable d’apporter des buts immédiats, de soulager la transition post-Isak. Mais son arrivée a été tout sauf fluide.
Pas de vraie préparation estivale, car il poussait pour quitter Brentford. Puis une blessure au genou avec la RD Congo, quelques jours seulement après sa signature à Newcastle. Le timing parfait… pour tout compliquer.
Malgré ce contexte, Wissa a démarré fort : deux buts lors de ses deux premières titularisations. Puis presque plus rien. Un seul but depuis.
Au point de voir Anthony Gordon, ailier de métier, occuper l’axe pendant une période prolongée, avant qu’Osula ne soit lancé à son tour.
Le recrutement de Newcastle sous Howe avait jusque-là très peu déçu. Là, les comptes ne sont pas bons. Les 55 millions de livres investis sur Wissa ressemblent pour l’instant à un pari forcé, plus qu’à un coup maîtrisé.
Et ce n’est pas un cas isolé.
Un mercato sous tension, des choix qui pèsent
L’été dernier, Newcastle a dépensé plus de 100 millions de livres nets. Une somme lourde, pour un retour encore difficile à défendre.
Le contexte, lui, était explosif : absence de directeur sportif et de directeur général, une série de premières cibles manquées, et la plupart des recrues signées alors que la saison avait déjà démarré. Un mercato à l’aveugle, ou presque, où Eddie Howe a pris une place centrale dans les décisions.
Détail révélateur à Selhurst Park : sur les cinq recrues de champ, seul Malick Thiaw était titulaire contre Crystal Palace. Jacob Ramsey et Anthony Elanga, eux, ont commencé sur le banc, comme Woltemade et Wissa.
Tous quatre devraient postuler à une place de titulaire pour la réception de Bournemouth samedi. Mais à Londres, Howe a longtemps hésité avant de se tourner vers eux. Même après l’avertissement signé Jefferson Lerma, dont la tête a fracassé la barre en seconde période, il a tardé à modifier le visage de son équipe.
En face, Oliver Glasner n’a pas attendu. Il a senti le moment, ajusté ses pièces, lancé Mateta.
Le reste, Newcastle l’a vu de très près : un numéro 9 qui sort du banc, qui impose sa loi, qui fait basculer une rencontre. Exactement ce que le club cherche depuis le départ d’Isak. Et qu’il n’a toujours pas vraiment retrouvé.



