RDC Sport

Arsenal face à Manchester City : enjeux du squeaky bum time

C’est l’heure du « squeaky bum time » en Premier League. L’expression culte de Sir Alex Ferguson n’a jamais semblé aussi juste.

Dimanche, à 16h30 (BST), Arsenal débarque à l’Etihad Stadium pour défier Manchester City dans un sommet qui pèse lourd, très lourd. Six points séparent les deux équipes, les Gunners en tête, City en poursuivant affamé. En une semaine, l’écart pourrait être passé de neuf unités à seulement trois. La saison se joue là, ou presque.

Arsenal a laissé la porte entrouverte

Mikel Arteta et ses joueurs avaient une balle de break monumentale. En battant Bournemouth à domicile, Arsenal pouvait s’envoler à +12, avec seulement six rencontres à disputer. Une avance presque indécente, de celles qui brisent les dynamiques adverses.

Ils ont perdu. À l’Emirates. Contre les Cherries. Pendant ce temps, City a frappé fort face à Chelsea, victoire à l’appui et message envoyé à tout le pays : le champion n’abdique pas.

Résultat : Arsenal ne regarde plus seulement vers le trophée, il jette aussi un œil dans le rétroviseur. Derrière, la machine de Pep Guardiola arrive lancée, avec une seule défaite sur ses 19 derniers matches de championnat. Une cadence de champion, encore.

Dimanche, un nul suffirait aux Londoniens pour rester leaders au moment de retrouver la Premier League contre Newcastle, le 25 avril. Mais une défaite à l’Etihad changerait tout le décor : City se rend à Burnley mercredi, face à une équipe en lutte pour le maintien, avec la possibilité de prendre la tête avant même qu’Arsenal ne rejoue.

Et ce n’est pas tout : les hommes de Guardiola ont un match en retard à disputer contre Crystal Palace, à une date que la ligue doit encore fixer. Un levier de plus dans la manche des champions en titre.

Un calendrier qui sourit à Arsenal… en théorie

Sur le papier, la fin de saison incline légèrement du côté nord de Londres. Après le choc de dimanche, Arsenal affrontera cinq équipes de la deuxième moitié de tableau. Des adversaires supposés abordables, des pièges aussi, à ce stade de la saison où chaque point vaut de l’or.

City, lui, n’a pas ce confort apparent. Everton et Brentford, tous deux en quête d’Europe, sont au programme, avant un dernier virage à domicile face à Aston Villa, candidat déclaré à la Ligue des champions. Trois rendez-vous qui sentent la poudre.

Les chiffres confirment l’inflexion de la semaine passée. Avant la défaite d’Arsenal et le succès de City, les modèles d’Opta accordaient 97,17 % de chances de titre aux Gunners. Presque une formalité statistique. Après ce basculement, ce pourcentage est tombé à 86,98 %. Toujours largement en leur faveur, mais la faille est là.

City, lui, est passé de 2,83 % à 13,02 % de chances de conserver sa couronne. Un bond énorme à ce niveau. Dimanche dira si cette courbe continue de grimper.

Le scénario fou du play-off

Derrière cette bataille à distance se cache une possibilité presque irréelle : un match d’appui pour le titre. La Premier League le prévoit, même si le football anglais ne l’a encore jamais connu.

Pour en arriver là, tout doit s’aligner. Les deux équipes doivent terminer la saison à égalité de points, de différence de buts, de buts marqués, puis de résultats en confrontations directes et de buts à l’extérieur dans ces mêmes confrontations.

Et pour que cette perspective reste vivante, un détail est capital : le match de dimanche doit se terminer sur un 1-1. Le même score que lors du duel à l’Emirates en septembre. Ce résultat laisserait Arsenal et City avec un bilan strictement identique en face-à-face, y compris en buts à l’extérieur.

Aujourd’hui, les marges sont infimes. Arsenal possède trois buts de mieux à la différence de buts. City a inscrit 63 buts, les Gunners 62. Une journée, un score lourd, et tout peut se renverser.

Si l’impensable se produisait, le titre se jouerait sur un terrain neutre, dans un format et à une date que le board de la Premier League devrait trancher. Une finale du championnat à l’anglaise, en un match sec. Le genre de nuit qui marquerait une génération entière de supporters.

Ce n’est pas une fiction totale. Lors de la saison 1995-96, le duel entre le Manchester United de Ferguson et le Newcastle de Kevin Keegan avait été si serré que les premiers billets d’un éventuel play-off avaient été imprimés. Un ticket indiquait un rendez-vous à Wembley, en semaine, à 19h30 (BST). Le match n’a jamais eu lieu : United avait finalement bouclé le travail avec quatre points d’avance.

L’ADN de City dans les fins de saison

L’histoire récente joue clairement en faveur de City lorsque la course se resserre. Quand le titre se décide au fil du rasoir, les hommes du côté bleu de Manchester savent comment franchir la ligne.

Une seule fois, la Premier League a sacré un champion à la différence de buts : la saison où l’équipe de Roberto Mancini avait renversé QPR dans un final d’anthologie, deux buts dans le temps additionnel, un stade en transe, et Manchester United laissé KO debout.

Six fois, le titre s’est joué à un seul point. City en a signé deux, aux dépens de Liverpool, en 2018-19 puis en 2021-22. À chaque fois, un marathon tenu jusqu’à la dernière ligne droite, sans flancher.

Dimanche, Arsenal arrive avec l’avance, les probabilités et, sur le papier, un calendrier plus doux. City répond avec l’expérience, la mémoire de ses remontées et un Etihad prêt à gronder.

Reste une question, simple et brutale : qui aura encore les nerfs solides quand le « squeaky bum time » passera à plein volume ?

Arsenal face à Manchester City : enjeux du squeaky bum time