Cricket West Indies réclame une répartition plus juste des revenus
Cricket West Indies (CWI) ne se contente plus de subir les règles économiques du cricket mondial. Son président, Dr Kishore Shallow, est sorti du bois pour soutenir ouvertement son directeur général, Chris Dehring, et sa remise en cause du modèle de répartition des revenus de l’International Cricket Council (ICC).
Au cœur du débat, une question simple, mais explosive : qui profite vraiment de l’argent généré par le cricket international ?
Un message mal compris, selon Shallow
Chris Dehring avait récemment pointé du doigt l’architecture commerciale de l’ICC, qu’il juge défavorable aux « petites » nations, parmi lesquelles les West Indies et la Nouvelle-Zélande. Ses propos ont fait du bruit. Peut-être trop. Au point, estime Shallow, d’être déformés.
« Je pense que ce que le CEO voulait dire a été en quelque sorte sorti de son contexte », a expliqué le président de CWI à Guardian Media Sports, soucieux de recadrer le débat.
Shallow insiste : Dehring ne réclame pas un passe-droit, mais une réflexion globale sur un système qui concentre les richesses autour des boards les plus puissants, au détriment des autres.
Selon lui, le directeur général défend une idée claire : une révision du modèle commercial qui permettrait aux membres moins dotés de rester compétitifs dans un sport où la bataille se joue désormais autant sur les terrains que sur les bilans comptables.
Le cas révélateur de la tournée en Inde
La polémique a pris de l’ampleur lorsque l’on a appris que CWI n’avait touché aucune part des revenus de diffusion générés par les droits bilatéraux de l’Inde lors de la récente tournée en balles blanches. Une série pourtant dense : trois ODI et cinq T20I.
Dans le système actuel, la règle est simple, presque brutale : le board qui accueille conserve l’intégralité des revenus issus des droits TV de la série. Le reste se contente des miettes indirectes.
Les West Indies ont donc joué, contribué au spectacle, alimenté le produit… sans toucher à la manne des droits de diffusion indiens. Un exemple qui illustre, pour Shallow, les limites d’un modèle pensé avant tout pour les géants économiques du cricket.
Il ne remet pas en cause le principe de base, mais interroge sa pertinence dans un paysage où l’écart entre « riches » et « pauvres » ne cesse de se creuser.
Un dossier qui monte jusqu’au sommet de l’ICC
Shallow ne parle pas dans le vide. Il sait que ce sujet figure déjà, au moins en filigrane, dans les discussions internationales.
« C’est un thème qui, j’en suis sûr, est d’actualité au niveau du board de l’ICC », glisse-t-il, laissant entendre qu’une fenêtre pourrait s’ouvrir lors de prochaines réunions. Rien n’est acté, tout dépendra des rapports de force entre membres.
Mais le message est clair : CWI soutient pleinement le principe défendu par Dehring. Le cricket mondial, tel qu’il est structuré aujourd’hui, ne donne pas suffisamment de marges de manœuvre aux boards qui n’ont ni la taille du marché indien, ni la puissance commerciale de l’Angleterre ou de l’Australie.
Pour Shallow, une réforme du modèle de revenus ne serait pas un geste de charité, mais un investissement dans la compétitivité globale du jeu. Sans soutien financier plus équilibré, les programmes de développement, les structures et les talents des petites nations finiront par s’éroder.
L’Inde, une tournée sans droits TV… mais pas sans argent
Shallow ne tombe pas pour autant dans la caricature. Il reconnaît que la tournée en Inde a, malgré tout, généré de la valeur pour CWI.
L’Inde reste un marché démesuré, un aimant pour les sponsors. Même sans toucher aux droits de diffusion, une équipe en tournée peut profiter de l’aura commerciale locale.
« Quand nous accueillons l’Inde, c’est l’une des séries qui nous rapporte le plus », rappelle Shallow. Il ajoute que, même sans part du contrat de diffusion indien, CWI tire des bénéfices financiers de la tournée.
Concrètement, West Indies a pu verrouiller plusieurs partenariats commerciaux pendant la série, couvrant à la fois les ODI et les T20I. Des accords qui comptent dans les comptes de fin d’année, mais qui ne compensent pas l’absence de part sur les droits TV.
Et c’est là que se joue la nuance essentielle du débat : oui, une tournée contre l’Inde reste une opportunité majeure. Non, cela ne règle pas la question structurelle de la répartition des revenus audiovisuels.
Une bataille pour l’avenir des « petites » nations
La position de Shallow tient donc en un équilibre assumé. D’un côté, il reconnaît la valeur commerciale de jouer contre les géants. De l’autre, il refuse de considérer ces opportunités ponctuelles comme une solution durable aux déséquilibres du système.
Pour CWI, la vraie question dépasse la seule rentabilité d’une tournée. Elle touche à l’architecture même du cricket international : comment un sport de plus en plus dépendant des flux financiers peut-il continuer à exister avec des membres aux moyens aussi disparates ?
Tant que les boards comme Cricket West Indies ou New Zealand devront se contenter de revenus périphériques pendant que d’autres verrouillent les droits les plus lucratifs, l’écart sportif et économique continuera de se creuser.
Shallow et Dehring ont choisi de mettre ce sujet sur la table. Reste à savoir si l’ICC aura le courage de l’ouvrir vraiment.




