Belhanda – Regragui : une cicatrice ouverte
Deux ans ont passé, mais chez Younès Belhanda, le temps n’a rien effacé. L’ancien milieu des Lions de l’Atlas porte encore, à 36 ans, une blessure vive : son absence de la liste pour la Coupe du monde 2022 au Qatar, sous les ordres de Walid Regragui.
Là où le Maroc écrivait l’histoire en devenant la première sélection africaine et arabe à atteindre les demi-finales, lui vivait un autre tournoi. Un tournoi fait de colère, d’incompréhension et de silence.
Sur le plateau de l’émission « Rio Ferdinand Presents », des propos relayés vendredi par le quotidien espagnol « Marca », Belhanda n’a pas cherché à arrondir les angles : « Même aujourd’hui, j’en veux encore à Walid Regragui. Je n’ai pas compris », lâche-t-il.
Une relation forte… puis le vide
Le contraste est violent, parce que la relation entre les deux hommes n’avait rien de distante. Regragui a longtemps été son adjoint, ils se parlaient beaucoup, restaient en contact permanent. Quand il succède à Vahid Halilhodzic à la tête de la sélection, l’espoir renaît.
Belhanda sort alors de deux ans sans convocation avec le Maroc. Le discours du nouveau sélectionneur le rallume.
« Ma relation avec Walid Regragui était très proche. Il était mon entraîneur adjoint, on parlait beaucoup. Puis il m’a appelé pour me convoquer juste avant la Coupe du monde, il m’a redonné de l’espoir », raconte le milieu, aujourd’hui à Al-Sailiya, au Qatar.
L’histoire semble écrite : un retour dans le groupe, une dernière grande aventure mondiale à 32 ans, un vestiaire qu’il connaît, une nation en quête d’exploit. La chute n’en sera que plus brutale.
« Ça ne m’a pas détruit, mais ça m’a forcément touché », concède-t-il.
Ce qui fait le plus mal : le silence
Être écarté, un joueur expérimenté peut l’entendre. Ne pas avoir d’explication, c’est autre chose. Pour Belhanda, la vraie fracture naît là.
Le jour de l’annonce de la liste pour le Mondial, il compose le numéro de Regragui. Pas de réponse.
« Je l’ai appelé, il n’a pas répondu. Je voulais juste une explication. Sois un homme et dis-moi : “Younès, je fais mes choix.” Je n’avais plus 15 ans, j’en avais 32. Je l’aurais compris, et ça aurait été plus simple à accepter », insiste-t-il.
Il répète ce qui l’a marqué : pas un appel, pas un message, rien. « C’était très douloureux, et je ne m’en suis toujours pas remis. »
La rancœur s’installe, profonde. Elle déborde même du cadre personnel pour toucher son rapport à l’équipe nationale elle-même.
Se couper des Lions de l’Atlas
Quand le Maroc enflamme la planète football au Qatar, Belhanda, lui, se coupe presque de l’événement. Il ne se force pas à partager la liesse nationale. Il s’en éloigne.
« Je ne m’en souciais pas, je ne regardais même pas les matchs », avoue-t-il.
L’équipe qui renverse les pronostics, qui renverse les géants, qui soulève un continent entier, il la suit de loin. Trop loin pour un homme qui a porté 59 fois le maillot de la sélection.
Le malaise ne s’arrête pas à la Coupe du monde. Il perdure. Belhanda le mesure un peu plus lors de la Coupe d’Afrique des nations 2025, en finale face au Sénégal. Il regarde, mais quelque chose a changé dans son regard.
« J’ai regardé la finale de la CAN 2025 contre le Sénégal, mais je ne l’ai pas suivie comme je suis d’habitude les matchs de l’équipe du Maroc. On voit jusqu’où cette colère est allée », glisse-t-il, amer.
Un joueur clé d’une génération, un sélectionneur devenu héros national, une Coupe du monde historique et, entre tout cela, un coup de fil qui n’est jamais venu.
Parfois, dans une carrière internationale, la plus grande blessure ne vient pas d’un tacle. Elle vient du silence.



