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Angleterre : doutes croissants avant le Mondial à Wembley

Thomas Tuchel voulait une répétition générale. Il repart avec un mal de tête. Deux matches, aucune victoire, un seul but marqué, des cadres absents et une défaite contre le Japon (0-1) qui laisse une impression tenace : à huit semaines de la Coupe du monde, cette sélection n’est pas encore prête à tenir son statut de favorite.

Un rassemblement éclaté, un groupe décimé

Le sélectionneur anglais avait innové en convoquant un groupe élargi de 35 joueurs et en le scindant en deux camps distincts pour ce rassemblement à Wembley, avec deux rencontres face à l’Uruguay puis au Japon. Sur le papier, une idée pour tester large, gérer les charges, affiner les hiérarchies. Sur le terrain, un exercice faussé par une cascade de forfaits.

Declan Rice et Bukayo Saka ont quitté le groupe, John Stones également. Harry Kane, lui, est resté en tribune, touché mais présent, silhouette obsédante d’un manque criant sur la pelouse. Jude Bellingham est resté sur le banc contre le Japon. Tuchel avait prévu de réinjecter plusieurs titulaires pour le deuxième match. Il a dû tout réécrire au dernier moment.

Vendredi, le nul 1-1 contre l’Uruguay, avec une équipe largement remaniée, n’avait pas vraiment clarifié les choses. Beaucoup de candidats, peu de réponses. Mardi, face au Japon, l’Angleterre a monopolisé le ballon, sans tranchant, sans rythme, sans véritable fil conducteur offensif. Un dernier test avant l’annonce de la liste pour le Mondial qui ressemble davantage à un avertissement qu’à une montée en puissance.

Mitoma frappe, le Japon punit

Le match s’est joué sur un geste. Une accélération, un enchaînement net, une finition clinique : Kaoru Mitoma a signé un but de grande classe en première période et offert au Japon sa première victoire de l’histoire contre l’Angleterre.

La sélection de Tuchel a contrôlé, combiné par séquences, mais rarement cassé des lignes. La possession n’a jamais vraiment débouché sur des occasions franches, et le bloc japonais, bien en place, a tenu sans trop trembler. Dans ce qui devait être un examen final, l’Angleterre a rendu une copie terne.

Tuchel a rapidement tenu à replacer ce revers dans son contexte, insistant sur l’usure d’un groupe étiré par une saison de clubs à haute intensité, entre championnat et coupes européennes. Il a rappelé le niveau des adversaires, deux nations installées dans le top 20 mondial, venues avec leurs meilleures équipes quand lui perdait « sept, huit joueurs » sur blessure. Pas une excuse, dit-il. Une explication. Mais le constat, lui, reste brut.

Kane, le vide derrière le totem

Une vérité s’est imposée avec une force presque brutale : sans Harry Kane, cette équipe perd une dimension. Le capitaine traverse une saison monstrueuse avec le Bayern Munich, 48 buts en 40 matches. Une machine à marquer, mais surtout un point d’ancrage, un relais, un repère. Quand il n’est pas là, le paysage offensif anglais change de visage.

Tuchel a tenté Dominic Solanke et Dominic Calvert-Lewin au cours des deux rencontres. Deux profils sérieux, généreux, mais aucun n’offre la même menace globale, la même gravité dans le jeu. Le sélectionneur le sait, il l’a dit sans détour : aucune équipe au monde ne possède un équivalent à Kane. La dépendance est totale. Et elle fait peur, à mesure que la moindre alerte musculaire peut tout faire basculer.

Bellingham, gagnant sans jouer, et des concurrents timides

Paradoxalement, celui qui sort renforcé de cette trêve n’a quasiment pas touché le ballon : Jude Bellingham. Resté sur le banc contre le Japon, le milieu offensif du Real Madrid a vu, de loin, ses concurrents directs pour le rôle de meneur prendre du retard.

Morgan Rogers, d’Aston Villa, a laissé entrevoir quelques éclats, quelques prises de balle prometteuses. Pas plus. Phil Foden et Cole Palmer, eux, n’ont pas suffisamment pesé sur les deux matches pour bousculer l’ordre établi. Aucun ne s’est imposé comme une évidence dans le onze qui débutera le Mondial aux États-Unis.

Au milieu, l’absence de Rice s’est fait sentir. Sa capacité à sécuriser, orienter, structurer, manque cruellement. Une bonne nouvelle tout de même pour Tuchel : Elliot Anderson a montré qu’il pouvait être un partenaire crédible du joueur d’Arsenal. Une lueur dans un secteur clé.

Derrière, des secousses et des places à prendre

La défense centrale n’a pas été épargnée non plus. Marc Guehi et Ezri Konsa ont connu plusieurs séquences délicates face au Japon, parfois en retard, parfois hésitants dans la relance. Pourtant, à ce jour, ils restent des candidats sérieux pour débuter contre la Croatie à Dallas le 17 juin.

Le poste de latéral gauche, lui, reste ouvert. Aucune certitude, aucun titulaire naturel ne s’est imposé durant ce rassemblement. Une zone de fragilité évidente à ce niveau.

Tuchel, fidèle à son tempérament, ne se laisse pas abattre. Il assure sortir de ce stage avec « plus de clarté » sur son groupe, malgré les résultats décevants. Mais derrière le discours offensif pointe une inquiétude très concrète : les prochaines semaines de club seront un long suspense.

Il le sait, chaque week-end peut lui coûter un homme. Une lésion, une alerte, et la Coupe du monde s’éloigne pour un cadre. Le sélectionneur admet qu’il regardera les matches à la télévision avec appréhension.

Deux mois pour tout recoller

Cette fenêtre internationale ne définira pas l’Angleterre, martèle Tuchel. Il lui reste deux mois pour digérer, trier, décider, soigner. Deux mois pour transformer cette impression de flottement en certitudes collectives. Le rêve mondialiste, lui, ne bouge pas. Il commence en juin, et le sélectionneur veut croire qu’il disposera de toutes ses armes au moment d’entrer dans l’arène.

Mais la réalité de ce rassemblement s’impose : entre blessures, dépendance à Kane, concurrence mal assumée et postes encore vacants, l’Angleterre avance vers la Coupe du monde avec plus de questions que prévu.

La prochaine fois que cette équipe se retrouvera, il ne sera plus temps de chercher. Il faudra assumer. Et prouver que ce mois de mars n’était qu’un contretemps, pas un présage.