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Alex Freeman : un transfert fulgurant à Villarreal

À Villarreal, Alex Freeman a appuyé sur l’accélérateur de sa carrière sans même avoir le temps de regarder dans le rétroviseur.

Son transfert n’a surpris personne, ou presque. Les rumeurs enflaient depuis son explosion en Gold Cup. Lui, pourtant, ne s’attendait pas à ce que tout bascule aussi vite. Il voyait les articles, les bruits de couloir, les montages sur les réseaux. Surtout, il se projetait. Il imaginait déjà comment ça fonctionnerait une fois arrivé au sein du Sous-marin jaune.

Tout s’est cristallisé en un instant. Villarreal n’avait rien prévu pour janvier. Puis la rupture du tendon d’Achille de Juan Foyth a tout déclenché. Besoin urgent de renfort en défense, opportunité de faire prendre de l’avance à un jeune profil jugé prêt à monter d’un cran : le club espagnol a décidé d’agir. Résultat, un contrat de six ans pour un défenseur de 21 ans. Pas un pansement, un pari structurant.

Freeman l’a ressenti dès la signature : cette durée, c’est une déclaration d’intentions. Villarreal compte sur lui, sur le long terme. Pour un joueur qui sort à peine de ses premiers pas en professionnel, le message pèse lourd. À lui, désormais, de se montrer à la hauteur jour après jour, d’élever son niveau jusqu’au moment où il pourra vraiment s’imposer.

Le choc, au départ, a été brutal. Le départ s’est fait en accéléré, presque sans au revoir. Quelques affaires jetées à la hâte dans une valise, un avion pour l’Espagne, deux jours d’acclimatation, puis déjà un déplacement à Osasuna. Sa nouvelle vie a commencé dans une chambre d’hôtel, un mois et demi à enchaîner les mêmes routines : entraînement, retour, PS5, sommeil, quelques sorties pour manger. Le reste du temps, il tentait simplement de digérer la vitesse des événements.

Petit à petit, la poussière est retombée. Freeman a signé officiellement le 28 janvier. Le 9 février, il faisait ses débuts en entrant en jeu contre Espanyol. Entre ces deux dates, tout s’est enchaîné à une cadence folle, comme si le temps s’était comprimé. Mais la sensation dominante, ce soir-là, au moment de poser le pied sur la pelouse, surtout à domicile, c’était l’euphorie. Le bruit, les sifflets, l’onde sonore qui descend des tribunes d’un grand stade plein à craquer. Une atmosphère qu’il n’avait jamais connue.

Le cadre l’a immédiatement marqué. Un public chaleureux, bavard, qui aime partager, mais qui vit chaque match avec une intensité féroce. La pression existe, bien sûr. Les exigences sont élevées. Pourtant, les supporters restent derrière leurs joueurs, convaincus de défendre avant tout l’intérêt du club.

Sur le terrain, son rôle reste pour l’instant limité. Cinq apparitions, 58 minutes de jeu. Villarreal a choisi la voie de la patience pour ce défenseur encore novice au très haut niveau. Un an plus tôt, il fêtait seulement sa première titularisation avec Orlando City. Freeman comprend la logique. Il sait ce que représente une période d’apprentissage, surtout dans un championnat où chaque seconde compte.

Le choc du rythme l’a frappé de plein fouet. Vitesse d’exécution, intensité, absence totale de temps pour réfléchir balle au pied : la Liga lui a offert un nouveau standard. Pour certains, ce type de saut peut fissurer les certitudes. Pas pour lui. Les ajustements, il connaît. L’été dernier, pour sa première sélection, on lui a demandé de contenir Arda Guler et Kenan Yildiz. Quelques mois plus tard, il marquait un doublé avec la sélection américaine face à l’Uruguay. Villarreal n’est qu’une marche de plus sur cette trajectoire ascendante.

Avec ce genre de défi, les questions arrivent forcément. Pas forcément des doutes, mais une remise en jeu de tout ce qu’il est, sur le plan sportif et humain. Il a quitté le confort de la maison, traversé l’Atlantique. Fini le statut de “kid”. Il se sait obligé de grandir, de prendre ses responsabilités, de cesser d’attendre qu’on le ménage.

Sur le plan purement footballistique, le choix de Villarreal n’a rien d’anodin. Le club s’est bâti une réputation de formateur de haut niveau, un environnement qui pousse les joueurs à affiner leur technique, à polir chaque détail. C’est précisément ce qu’il recherchait. Un endroit où hausser le curseur, devenir plus propre, plus complet, plus exigeant envers lui-même. À ses yeux, c’était le bon club, dans le bon pays, au bon moment. Non pas pour prouver qu’il existe – il l’a déjà fait – mais pour se tester au maximum de ses capacités.

En dehors du terrain, la transition aurait pu être plus brutale. Freeman vient de Floride, il connaît la chaleur, le soleil. Mais Vila-real, c’est autre chose. Une ville plus compacte, un rythme différent, une culture qui vit dehors. Il a vite adopté la cuisine locale : paella, fruits de mer, prix abordables, rues animées, gens bien habillés, une impression générale que la population sait profiter du quotidien. Les dernières semaines ont tout changé : une maison, une voiture, la visite de la famille. Les pièces du puzzle se sont emboîtées, et le décor commence à ressembler à un chez-soi.

Le vestiaire l’a aussi aidé à atterrir. Plusieurs coéquipiers l’ont pris sous leur aile. Des anciens de MLS comme Tajon Buchanan ou Tani Oluwaseyi, le Portugais Renato Veiga, mais aussi Thomas Partey ou Nicolas Pepe, avec qui il peut échanger en anglais. Autant de relais précieux pour ne pas se sentir isolé dans un nouveau pays.

Reste un défi majeur : la langue. S’il veut s’inscrire dans la durée à Villarreal – et il en a l’intention – il devra progresser en espagnol. Il voit ça comme une épreuve de plus, nécessaire. Pour l’instant, le groupe le protège, le guide, lui ouvre les portes de la vie locale. Mais il sait qu’il devra, tôt ou tard, se fondre totalement dans le décor.

Pour l’heure, pas question de se perdre dans le tourisme. L’agenda sportif est trop chargé, l’horizon trop excitant. Une Coupe du monde se profile, et chaque choix compte.

Son départ en janvier comportait un risque évident. En changeant de club si près du tournoi, Freeman a mis en jeu sa place dans le groupe. Un pari sur lui-même, avec la promesse d’un bénéfice à long terme, mais aussi la menace d’un temps de jeu réduit au pire moment. Le sélectionneur de l’USMNT, Mauricio Pochettino, ne s’alarme pas de cette situation. Pour lui, l’essentiel reste l’engagement total des joueurs, quel que soit leur rôle ponctuel en club. Tant que Freeman donne tout, l’absence de minutes ne devient pas un argument définitif contre lui.

De son côté, le défenseur ne se cache pas. Il sait qu’il doit gagner sa place à l’entraînement, loin des caméras. Il s’y emploie, jour après jour. Son objectif immédiat est limpide : devenir la meilleure version de lui-même. Corriger ses défauts, combler ses lacunes, travailler sur tous les aspects de son jeu. Les prochains mois doivent lui apporter une chose simple mais essentielle : le bonheur de performer régulièrement. Il veut continuer à s’entraîner dur, soigner chaque détail hors du terrain, pour saisir la première ouverture. Le palier suivant est clair : jouer chaque week-end en Liga. C’est là qu’il se projette.

Coupe du monde, transfert en Europe, percée avec l’USMNT, installation en Espagne : les étapes s’enchaînent à une vitesse folle. Il coche les cases plus vite que prévu. Quand on lui demande ce qui l’enthousiasme le plus, il peine à isoler un élément. Tout l’emballe. Il a même du mal à tout intégrer, à mesurer ce qu’il est en train de vivre. Il préfère qu’on le rappelle dans quelques mois, en juin, pour faire le point. D’ici là, tout aura sans doute encore changé. En trois mois, son quotidien peut basculer. En six, sa carrière peut prendre une nouvelle dimension. Rien ne se fige.

Lui non plus. À 21 ans, Alex Freeman avance sans frein à main. S’il continue à grandir au rythme de cette dernière année, la vraie question n’est plus de savoir s’il est prêt pour Villarreal, mais jusqu’où ce pari espagnol peut l’emmener.