Werner sous pression malgré les résultats de Leipzig
Les chiffres plaident pour Werner. Le climat, beaucoup moins.
Un an après la pire saison de l’histoire du club en Bundesliga – sans la moindre qualification européenne – RB Leipzig a rebondi sous ses ordres pour terminer à seulement deux points du record de points établi en 2016/17. Sur le papier, la trajectoire est nette, presque exemplaire.
Avec 1,95 point de moyenne par match sur 38 rencontres, Werner s’est hissé parmi les entraîneurs les plus performants de Leipzig. Et ce n’était pas avec un effectif stabilisé ou choyé. Il a dû composer avec un chantier XXL : départ simultané des trois meilleurs buteurs de la saison précédente, Benjamin Sesko, Xavi Simons et Lois Openda. Deux autres cadres, Yussuf Poulsen et Kevin Kampl, ont également quitté le vestiaire. Une colonne vertébrale arrachée, un projet à reconstruire.
Le coach n’a pourtant pas vacillé. Il a rassemblé le groupe, gagné – dit-on en interne – le soutien de son vestiaire, et relancé plusieurs joueurs. Christoph Baumgartner a franchi un palier, Nicolas Seiwald aussi, tout comme la recrue phare Yan Diomande, devenu rapidement un visage du nouveau Leipzig. Sur le terrain, les progrès sont visibles, la dynamique globale clairement meilleure que celle de la saison du naufrage.
Et malgré tout, Werner doute de son avenir.
Dans les couloirs de ce que Red Bull aime appeler son "Global Team", le scepticisme s’est installé. Un rapport de Sky résume la méfiance : "un peu de réussite ici, un peu de hasard là, trop de facteur Diomande, pas de plan de jeu entièrement convaincant". L’idée sous-jacente est brutale : le bond au classement tiendrait plus aux éclairs individuels et à quelques épisodes favorables qu’à une structure tactique solide.
Le malaise ne date pas de la fin de saison. Il était déjà palpable à Leipzig en février. Il a éclaté au grand jour après l’élimination en quart de finale de coupe contre le Bayern Munich (0–2). Sur le moment, la prestation avait été jugée "respectable" face à un Bayern dominateur cette année-là. Une défaite sans honte, un match "correct".
Mais Oliver Mintzlaff, le puissant PDG de Red Bull, n’a pas mis longtemps à changer de cible. Très vite, il a déplacé le débat vers la Bundesliga. Là où Leipzig venait de prendre seulement quatre points face à Mainz, St. Pauli et Cologne. Là où les ambitions affichées ne collaient pas avec les performances.
"En championnat, on est très loin de ce que nous voulons. Je tiens l’équipe pour responsable", a-t-il lâché, en serrant la vis sur Werner et son staff. Officiellement, le club avait souvent rappelé l’ampleur du remaniement estival et fixé un objectif minimal : décrocher une place en Coupe d’Europe, quelle qu’elle soit. Mintzlaff, lui, a balayé ce discours de prudence.
"Je veux être en Champions League !" a-t-il martelé. Un objectif qu’il juge "atteignable" parce que, selon lui, "ce qui manque à cette équipe, ce n’est pas l’expérience, mais la capacité à livrer ce dont elle est capable pendant 90 minutes à chaque match de Bundesliga". Le message était clair : l’alibi de la reconstruction ne tiendrait pas éternellement.
À partir de là, la température a chuté autour de Werner. Bild a rapidement évoqué un entraîneur "sous pression croissante" et une atmosphère "de plus en plus glaciale" au sein du club. Le contraste avec la réalité sportive – une qualification européenne obtenue avec un effectif profondément remodelé – n’a fait que renforcer le paradoxe.
Werner a rempli le contrat fixé au départ. Il a redressé une équipe brisée, relancé des joueurs, intégré une star annoncée comme Yan Diomande, et ramené Leipzig là où le club estime devoir se trouver au minimum : en Europe. Pourtant, le sentiment d’insécurité demeure. Le coach sait que ses résultats ne suffisent peut-être pas.
Car la vraie décision ne se prendra ni dans le vestiaire, ni sur la pelouse. Elle se jouera entre la direction sportive menée par Schäfer et le conseil d’administration Red Bull, dominé par Mintzlaff. Si Schäfer et son entourage ne parviennent pas à convaincre ce dernier de la valeur de Werner, l’entraîneur pourrait découvrir à quel point, à Leipzig, même les bons chiffres ne garantissent rien.



