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Sullivan et Gozo : les jeunes espoirs du USMNT

À 16 ans, Sullivan bouscule déjà l’ordre établi. Trois buts lors de ses trois derniers matches, face à des professionnels, pas à des U-17. Il s’impose comme le visage de la prochaine génération américaine, et les dernières semaines expliquent pourquoi tant de regards se tournent vers lui.

Parmi ces regards, il y a celui de Tim Howard. Et lui, il n’a pas l’habitude de s’enflammer pour rien.

« Dans les quatre prochaines années, il va y avoir 115 joueurs qui porteront le maillot de l’équipe nationale, a-t-il lancé dans le podcast Unfiltered. Qui est meilleur que ce gamin ? Qui est meilleur que ce gamin au point de ne pas mériter une opportunité ? Je ne dis pas qu’il doit jouer chaque match, mais il doit faire partie de la conversation pour jouer chaque match. »

Howard pose le décor : ce n’est pas un cadeau, c’est une conviction. Il insiste d’ailleurs sur le contexte américain, très loin des grandes usines à talents européennes ou sud-américaines. « Pour tous les détracteurs, je ne dis pas qu’il faut lui offrir quelque chose qu’il n’a pas gagné sur un plateau d’argent. Je dis que nous ne sommes pas le Brésil, l’Argentine, la Hollande, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne. Nous ne produisons pas ces joueurs-là.

Sullivan, lui, ne se cache pas. Il se voit déjà dans le costume supérieur, celui du USMNT. Il sait que le chemin sera cabossé, mais il croit pouvoir aider, tout de suite ou presque.

« Quand je repense à ce match contre la Belgique, je pense que je pourrais entrer dans ce match côté droit et faire la différence, a-t-il confié dans le podcast State of the Union d’Alexi Lalas. Tu dois croire en toi. Tu dois penser que tu peux aider ton équipe à gagner. Évidemment, ce n’est pas encore mon équipe, mais je rêve toujours et j’espère des convocations. »

Gozo, l’autre jeune qui frappe à la porte

Sullivan n’est pas seul à pousser. Zavier Gozo tient un discours voisin, avec une histoire différente. L’ailier, alors à Real Salt Lake, avait été inscrit sur la liste préliminaire pour la Coupe du monde. Il a senti le souffle du tournoi sans y entrer. Mauricio Pochettino a jugé que c’était trop tôt pour convoquer un joueur encore sans aucune cape.

Gozo a depuis rejoint Crystal Palace. Et il n’a pas digéré l’épisode, ou plutôt, il l’a transformé.

« Je pense que je méritais d’y être. Je vais être honnête, a-t-il expliqué dans The Late Run. Mais évidemment, c’est le choix du coach. Peut-être qu’il pensait que je n’étais pas prêt, peu importe la raison, mais ça m’a mis le feu pour faire la prochaine Coupe du monde et montrer pourquoi je dois y être. »

Derrière ces trajectoires, une même question revient : comment Pochettino sait-il qu’un jeune est vraiment prêt ?

Pochettino trace la ligne : le physique, le mental, le respect

Pour le sélectionneur, la réponse n’est jamais automatique. Elle dépend du poste, du contexte, de la personnalité. Et surtout, elle ne se résume pas à la simple notion de charge de travail.

Sur ce point, Pochettino tranche net : l’obsession du « repos » pour les très jeunes, il n’y croit pas. « Je connais l’état d’esprit des entraîneurs, dit-il. Parfois, les coachs disent : “J’ai un gars de 17 ans qui joue en MLS, mais quand l’équipe nationale appelle, on dit non parce qu’il doit se reposer.” Si tu as 17 ans et que tu as besoin de repos ? Là, oui, on a un gros problème.

Son inquiétude se situe ailleurs. Dans la tête.

Il cherche d’abord la maturité, sur le terrain, mais surtout en dehors. Le talent, il sait qu’ils l’ont. Ce qui l’intéresse, c’est la façon dont ils le vivent au quotidien : est-ce qu’ils continuent de travailler ? Est-ce qu’ils veulent vraiment progresser ? Comment traitent-ils ceux qui les entourent ?

« Je pense que le respect est la chose la plus importante, et ils doivent être respectueux, insiste-t-il. Bien sûr, nous voulons des joueurs avec du talent. Nous voulons des joueurs qui se sentent courageux, confiants, mais pas des joueurs qui ressentent des choses qu’ils ne montrent pas. Tu n’as le droit de parler un peu de travers que si tu es Messi. Si tu gagnes huit Ballons d’Or, d’accord, tu peux parler avec une certaine arrogance, mais même là… Si tu es jeune et que tu commences à dire que tu peux jouer ici, là, ou que tu peux tout faire, je dis que je ne crois pas que ce soit la bonne façon de construire ta carrière. Nous devons faire attention. »

Il refuse la règle unique. Chaque cas est disséqué. Les besoins du groupe comptent aussi : certains postes sont bouchés, d’autres sont en manque d’air frais. Le gardien, par exemple. Un seul numéro 1 possible, beaucoup de candidats.

« Je pense que nous allons donner des opportunités à de nouveaux joueurs, pas seulement à ce poste, mais à différents postes, explique-t-il. Nous aurons la possibilité d’ajouter un nouveau joueur et de lui donner une chance. Pour nous, il s’agit maintenant de ne pas seulement penser à aujourd’hui, mais aussi au futur et à 2030. »

2030 en ligne de mire, mais des rendez-vous immédiats

Le Mondial 2030 sert de boussole, mais ce n’est pas la seule échéance. Les Jeux olympiques arrivent vite. Une Gold Cup se profile, peut-être une Copa América. Autant de compétitions qui nécessitent un travail commun avec Steve Cherundolo, en charge des U-23 américains.

L’idée : offrir quelques capes en A à des jeunes qui doivent ensuite mener la sélection olympique. Mais il ne faut pas s’attendre à voir une équipe U-23 maquillée en A sur les prochains mois. Pochettino veut s’appuyer, encore, sur ses cadres.

Les appels à jeter les jeunes dans le grand bain se heurtent à sa méthode : montée en puissance progressive, planifiée.

Le sujet n’est pas nouveau. Avant la dernière Coupe du monde, après l’échec de 2018, le USMNT avait fait table rase ou presque, coupant vite avec plusieurs vétérans qui auraient pu encore donner. Le pari a payé : une génération de jeunes est devenue l’ossature de l’équipe. Mais une interrogation a flotté : qu’ont-ils perdu en n’ayant pas ces anciens à leurs côtés ?

Pas de révolution, une transition sous contrôle

Pour l’instant, Pochettino refuse toute purge massive. Oui, certains cadres vont sortir du cadre. Non, ce ne sera pas brutal. La transition sera méthodique, pensée pour servir les nouveaux… et les anciens.

« Je dirais que c’est une continuation des deux derniers cycles auxquels j’ai participé, explique Chris Richards à GOAL. Je sais que ça fonctionne comme ça. Ce n’est pas comme si tu mettais à la poubelle toute l’équipe qui était à la Coupe du monde pour repartir de zéro. »

Cette continuité n’empêche pas un vent frais. Richards le ressent au quotidien à Crystal Palace, aux côtés de Zavier Gozo, toujours en quête de sa première cape. Voir ce que ce rêve représente pour le jeune ailier redonne une forme d’énergie au défenseur déjà installé.

Pochettino partage cette vision. Pour lui, des joueurs comme Richards sont essentiels : ils servent de relais, de repères, de gardiens du vestiaire pour les nouveaux qui arrivent avec l’envie de tout prendre.

« Nous ne pouvons pas amener un groupe entier de jeunes joueurs, non, parce qu’ils ont besoin de quelques gars avec de l’expérience déjà en compétition, insiste-t-il. Oui, nous allons faire un mélange. Notre idée, c’est de mélanger joueurs expérimentés et jeunes joueurs… Je pense qu’ils peuvent s’ajuster ensemble, commencer à travailler et voir comment les jeunes gèrent la pression de jouer en équipe première dans de très beaux matches. »

Tout compte, surtout ce qui ne se voit pas

Pendant toute sa prise de parole, Pochettino revient à la même obsession : les détails. Les petits signes. Ceux qui disent, selon lui, si un joueur est prêt pour un appel qui peut changer une vie.

« Il est important non seulement de les voir ou de regarder les matches, leurs performances, mais aussi ce qu’ils disent dans les médias, comment ils se comportent avec l’adversaire, comment ils se comportent avec leurs coéquipiers, explique-t-il. C’est très important. Nous voulons être une très bonne équipe. Nous voulons construire quelque chose de différent et être compétitifs. »

Il scrute tout : la façon de parler aux entraîneurs, l’heure d’arrivée à l’entraînement, le temps passé après la séance. Ces habitudes du quotidien lui servent de thermomètre. Un message clair pour ceux qui rêvent d’un coup de fil : chaque geste pèse, chaque attitude compte, et il prend des notes.

Reste un défi propre au poste de sélectionneur. En club, il pouvait installer le message petit à petit, observer les joueurs tous les jours, sentir le moment exact où les lancer. En sélection, les fenêtres sont rares, les camps espacés. Le joueur qu’il voit en septembre peut être méconnaissable en mars, dans un sens comme dans l’autre.

Il le sait. Et c’est pour cela qu’un joueur peut ne pas être prêt à la rentrée… puis devenir indispensable six mois plus tard.

Les prochaines listes tomberont dans quelques semaines. Elles dessineront déjà les contours du cycle menant à 2030. Les jeunes frappent, les vétérans tiennent encore la porte. À Pochettino de trouver la juste alchimie – et de décider à quel moment des talents comme Sullivan ou Gozo cessent d’être des promesses pour devenir des piliers du USMNT.

« Nous devons créer un groupe de joueurs vraiment professionnels, qui se battent de la manière que nous attendons, conclut-il. Ils doivent tous rivaliser avec les joueurs talentueux et les jeunes que nous avons devant nous. »