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Sassuolo s'impose contre Como : un match de Serie A captivant

Au MAPEI Stadium – Città del Tricolore, cette affiche de Serie A entre Sassuolo et Como s’est achevée sur un 2-1 qui raconte une histoire plus dense qu’un simple renversement de hiérarchie. Match fini dans le temps réglementaire, 90 minutes pleines, et un choc de styles entre un dixième du classement (Sassuolo, 45 points, différence de buts totale de -3 avec 41 buts marqués et 44 concédés) et un prétendant européen solidement installé à la 5e place (Como, 58 points, différence de buts totale de +29 avec 57 buts pour et 28 contre) au cœur de la 33e journée.

I. Le grand cadre tactique

Sassuolo a assumé son identité : un 4-3-3 déjà utilisé 31 fois cette saison, avec Stefano Turati dans le but et une ligne défensive Walukiewicz – Jay Idzes – Tarik Muharemović – Woyo Coulibaly. Devant eux, un milieu à trois porté par l’expérience de Nemanja Matić, épaulé par Ismael Koné et Kristian Thorstvedt, au service d’un trio offensif très mobile Cristian Volpato – M’Bala Nzola – Armand Laurienté.

En face, Como a répondu avec son schéma fétiche, le 4-2-3-1 (29 utilisations sur la saison). Jean Butez dans les cages, une défense Alberto Moreno – Marc Kempf – Jacobo Ramón – Ivan Smolčić, un double pivot Maxence Caqueret – Lucas Da Cunha, puis une ligne de trois créative Assane Diao – Nico Paz – Martin Baturina derrière Alvaro Morata en pointe.

Heading into this game, les chiffres donnaient clairement Como favori : 1.7 buts marqués en moyenne totale par match, pour seulement 0.8 concédés, avec 15 clean sheets au total. Sur leurs 16 déplacements, les Lombards affichaient 7 victoires, 5 nuls, 4 défaites, 23 buts marqués et seulement 13 encaissés. Sassuolo, lui, se présentait avec une moyenne totale de 1.2 but marqué et 1.3 concédé, et une fragilité à domicile (21 buts inscrits pour 23 encaissés en 17 rencontres).

Et pourtant, le score à la mi-temps (2-1 pour Sassuolo, score final identique) a retourné le script attendu : l’équipe la plus perméable a su tenir, l’équipe la plus solide a buté.

II. Les absences et le vide qu’elles laissent

Sassuolo arrivait amoindri. La liste des absents est longue : D. Bakola (blessure), D. Boloca (blessure musculaire), F. Cande, E. Pieragnolo et F. Romagna (blessures au genou), J. Doig (suspension pour accumulation de cartons jaunes) et surtout D. Berardi, suspendu après un carton rouge. Privé de son leader offensif (7 buts et 4 passes décisives en championnat), le club neroverde devait réinventer sa menace dans le dernier tiers. La titularisation de Volpato et Nzola, avec Laurienté comme principal créateur, est une réponse directe à ce manque.

Côté Como, les absences de J. Addai (tendon d’Achille) et S. Roberto (blessure musculaire) sont moins structurantes, mais elles réduisent les options de rotation, notamment dans les couloirs.

Disciplinaires, les deux équipes portaient déjà des stigmates de la saison. Sassuolo est une équipe qui vit dangereusement : 7 cartons jaunes pour Sebastian Walukiewicz, 6 pour Nemanja Matić, un rouge chacun pour Matić, Andrea Pinamonti et Berardi. Les statistiques de cartons jaunes de Sassuolo montrent un pic très net en fin de match, avec 27.40 % des avertissements entre la 76e et la 90e minute, et une autre poussée entre 91e et 105e (15.07 %). Como, de son côté, concentre 20.83 % de ses jaunes sur la tranche 76e-90e et a déjà vu trois cartons rouges tomber sur cette même période, soit 100.00 % de ses expulsions. Deux équipes donc exposées à un basculement émotionnel en fin de rencontre.

III. Duels clés : chasseur contre bouclier, moteur contre briseur

Le « chasseur » de Como, c’est Nico Paz. Avec 12 buts et 6 passes décisives en Serie A, 82 tirs dont 48 cadrés, il est le cœur offensif du 4-2-3-1. Son volume (1281 passes totales, 48 passes clés, 84 tacles, 26 interceptions, 405 duels dont 212 gagnés) en fait un meneur de jeu total. Mais son rapport aux penalties est plus trouble : il a manqué 2 penalties cette saison, un détail qui compte dans un match serré comme ce 2-1.

En face, Sassuolo ne s’appuie pas sur un seul buteur en feu, mais sur une constellation. Andrea Pinamonti (8 buts, 3 passes) reste la référence dans la surface, même s’il a lui aussi manqué un penalty cette saison (0 penalty marqué pour 1 manqué). Armand Laurienté, lui, est l’architecte : 5 buts, 8 passes décisives, 46 passes clés, 69 dribbles tentés (26 réussis), une précision de passe de 84 %. Dans ce 4-3-3, il est la soupape créative, capable de fixer, de renverser le jeu et de punir les erreurs de placement de la ligne Moreno – Kempf – Ramón – Smolčić.

Le « bouclier » de Como, c’est sa structure défensive globale : 28 buts encaissés en 33 matchs, soit 0.8 en moyenne totale, et seulement 13 buts concédés sur leurs 16 déplacements (0.8 de moyenne away). Jacobo Ramón incarne cette solidité : 13 tirs adverses bloqués, 31 interceptions, 256 duels dont 153 gagnés, 91 % de précision de passe. Mais son agressivité a un coût : 9 cartons jaunes et 1 rouge. Face à un Laurienté provocateur et à un Nzola qui aime le duel, le risque de faute dangereuse ou de sanction disciplinaire était réel.

Au milieu, l’« engine room » opposait Nemanja Matić à Maxence Caqueret et Lucas Da Cunha. Matić, avec 1478 passes totales (85 % de réussite), 42 tacles, 9 tirs bloqués et 20 interceptions, est le métronome et le briseur de rythme de Sassuolo. Sa capacité à casser les lignes par la passe et à couper les transitions de Como était essentielle pour contenir les montées de Baturina et Diao, et limiter les zones d’influence de Paz entre les lignes.

IV. Lecture statistique et verdict tactique

Heading into this game, tout indiquait un Como plus proche d’un scénario à xG élevé : 57 buts en 33 matchs, avec des pics offensifs symbolisés par des cartons comme le 6-0 à domicile ou le 1-5 à l’extérieur. Sassuolo, lui, vivait dans un équilibre instable, capable de gagner 3-0 à domicile mais aussi de s’effondrer 0-5.

Le 2-1 final, avec un 2-1 déjà acquis à la pause, suggère un match où Sassuolo a frappé tôt et su ensuite gérer, à rebours de sa tendance à concéder tard. La capacité des Neroverdi à tenir un score contre une équipe qui, sur l’ensemble de la saison, marque en moyenne 2.0 buts à domicile et 1.4 sur ses déplacements, témoigne d’un bloc plus compact autour de Walukiewicz et Idzes, bien protégé par Matić.

Sur le plan des Expected Goals, tout laisse penser à un Como supérieur en volume mais moins clinique, dans la droite ligne de ses 8 matchs sans marquer malgré 15 clean sheets. Le fait que ses deux meilleurs artisans offensifs, Nico Paz et Anastasios Douvikas (11 buts), aient connu des épisodes de penalties manqués (Paz : 2 manqués, Douvikas : 1 penalty marqué sur 1 tenté) illustre cette fine marge qui sépare l’équipe européenne potentielle de la frustration.

Sassuolo, avec ses 6 clean sheets seulement et ses 10 matchs sans marquer, trouve dans ce 2-1 une forme de manifeste : même sans Berardi, même avec une moyenne totale de 1.2 but par match, le 4-3-3 peut, lorsqu’il est équilibré par un milieu travailleur et un Laurienté inspiré, renverser une défense parmi les plus solides du championnat.

Following this result, la dynamique mentale change de camp : Como reste dans le haut de tableau mais perd un peu de son aura d’invincibilité structurelle, tandis que Sassuolo, encore imparfait statistiquement, prouve qu’il peut faire dérailler les modèles, surtout à domicile, dans l’intensité d’un match où chaque duel, chaque carton et chaque penalty manqué pèse autant que n’importe quel xG.