RDC Sport

Andy Roddick critique les règles du Hall of Fame concernant Serena Williams

Andy Roddick n’a pas mâché ses mots. Pour l’ancien vainqueur de l’US Open, l’entrée d’Ash Barty au Hall of Fame du tennis ne doit pas devenir l’otage du feuilleton Serena Williams. Et surtout pas l’inverse.

Lundi, le International Tennis Hall of Fame a dévoilé les principaux noms en lice pour la promotion 2027 : Ash Barty en tête d’affiche, accompagnée de Juan Martin del Potro et Svetlana Kuznetsova chez les joueurs, et Shingo Kunieda dans la catégorie fauteuil roulant. Sur le papier, une cuvée prestigieuse. Dans la réalité, une polémique.

Car un nom manque, écrasant, dans le silence de la liste : Serena Williams.

Le casse-tête Serena

Selon les règles actuelles, un joueur doit être officiellement retraité depuis plus de cinq ans pour être éligible. Pour Serena Williams, tout se complique à cause de sa tentative de retour en 2026. Si les responsables considèrent cette saison comme un véritable retour à la compétition, l’horloge se remet à zéro.

Conséquence : la joueuse aux 23 titres du Grand Chelem ne pourrait entrer au Hall of Fame qu’en… 2032.

Pour Andy Roddick, déjà intronisé à Newport, c’est tout simplement inacceptable. Et il le dit sans filtre.

« Je sais que c’est censé réinitialiser l’horloge », a-t-il lâché dans son podcast Served. « On est en train de dire que si elle joue une année de plus, on va attendre pour faire entrer Serena au Hall of Fame ? Imaginons qu’elle joue l’an prochain. On va attendre jusqu’en 2033, quand Serena aura presque 50 ans, pour la faire entrer ? Bulls***. Maintenant. »

Le ton est donné. Roddick s’attaque au dogme, aux règlements rigides qui ne tiennent pas compte de l’évidence sportive.

« Si vous avez un oui unanime, je me fiche de savoir depuis combien de temps elle est à la retraite. Qui aurait réellement trouvé à redire si Serena revenait jouer maintenant alors qu’elle était déjà au Hall of Fame ? Qui dirait que c’est mal ? Ça n’a aucun sens. »

Barty au centre… mais dans l’ombre

Derrière ce débat, une autre championne se retrouve coincée dans un jeu de lumière cruel : Ash Barty.

L’Australienne, triple lauréate en Grand Chelem, ancienne n°1 mondiale et seule candidate cette année à répondre pleinement aux critères historiques du Hall of Fame (au moins trois titres majeurs et plus de 13 semaines au sommet du classement), devrait être la star incontestée de cette promotion 2027.

Mais le bruit autour de l’absence de Serena Williams couvre presque tout le reste.

Roddick, lui, ne veut pas voir Barty devenir un simple détail dans une controverse plus large.

« Honnêtement, si je fais partie de cette classe, je ne sais pas si j’ai envie qu’Ash Barty soit éclipsée par Serena en entrant la même année », a-t-il confié.

Puis il laisse percer un brin de nostalgie.

« Ash Barty. Elle me manque. J’y ai pensé deux fois cette semaine. Elle me manque sur le circuit. Je suis heureux qu’elle ait pris sa retraite, qu’elle soit heureuse et tout ça, mais c’était l’une de mes joueuses préférées à regarder. »

Barty, Kuznetsova et del Potro pourraient tous être intronisés ensemble si le vote leur est favorable. Mais le précédent est là : lors de la promotion 2026, Roger Federer avait été le seul joueur retenu, malgré la nomination déjà de del Potro et Kuznetsova.

Une machine à voter sous pression

Le processus de sélection, lui, est aussi complexe que scruté.

Le vote des fans, qui compte pour une partie du résultat final, débutera le 25 octobre. En parallèle, le Official Voting Group – composé de journalistes spécialisés, d’historiens du tennis et de membres déjà intronisés – déposera ses bulletins avant décembre.

Pour décrocher le précieux ticket vers Newport, un candidat doit obtenir au moins 75 % de votes positifs, en combinant le résultat du groupe officiel et les éventuels points bonus issus du vote des fans.

Dans ce contexte, l’absence de Serena Williams intrigue encore plus. D’autant que, sans son retour manqué en 2026 à Wimbledon, elle aurait été une candidate automatique. Son nom n’apparaît pas, alors qu’elle avait annoncé une première retraite après l’US Open 2022. Certains observateurs n’ont pas caché leur surprise de ne pas la voir figurer dans cette cuvée 2027.

La date exacte de la cérémonie d’intronisation 2027 n’a pas encore été fixée, mais le débat, lui, est déjà brûlant.

Une légende attend, une autre avance

Pendant que le monde du tennis se demande comment une joueuse de la dimension de Serena Williams peut se retrouver prisonnière d’une ligne de règlement, Ash Barty avance, presque à contre-courant de sa nature discrète, vers un hommage ultime à sa carrière fulgurante.

Lleyton Hewitt reste, pour l’instant, le dernier Australien intronisé, en 2021. Barty pourrait bientôt lui emboîter le pas, avec un profil parfaitement aligné sur les standards historiques du Hall of Fame.

Reste une question, brutale, que Roddick pose sans vraiment la formuler : quand l’évidence sportive se heurte aux règles, qui doit céder en premier, le règlement ou la légende ?

Andy Roddick critique les règles du Hall of Fame concernant Serena Williams