La RD Congo de retour en Coupe du Monde grâce à Axel Tuanzebe
Les éclairs zébraient le ciel de Kinshasa, la pluie noyait les avenues, mais personne ne cherchait un abri. On courait, on criait, on chantait. Une ville entière, un pays entier, lâchait enfin un cri retenu depuis plus d’un demi-siècle : la RD Congo est de retour en Coupe du Monde.
Tuanzebe, l’instant où tout bascule
À des milliers de kilomètres de là, au Estadio Guadalajara, la tension était presque irrespirable. Les minutes défilaient, les occasions aussi. Les Léopards dominaient, frappaient, insistaient, sans trouver la faille face à des Reggae Boyz accrochés à leur rêve.
Puis est arrivée la 100e minute.
Axel Tuanzebe, défenseur promis à un nouveau statut de héros national, a jailli sur un corner. Course rageuse, présence physique, duel gagné dans la surface. Son intervention, plus arrachée que dessinée, a permis de pousser le ballon au fond et de briser enfin le 0-0. Un but de barrage, un but d’usure, un but qui change le destin d’un pays.
Les supporters congolais massés dans les tribunes ont explosé. Certains n’avaient jamais vu leur sélection à la Coupe du Monde. D’autres n’avaient connu que les récits de 1974, racontés comme des légendes familiales. En un instant, tout s’est télescopé.
Sur le terrain, les Léopards ont encore dû souffrir. La Jamaïque, épuisée, a tenté quelques dernières charges. Mais la ligne bleue a tenu bon, solidaire, compacte, portée par l’idée qu’il n’était plus question de laisser filer cette qualification.
Une nuit pour l’histoire
À Kinshasa, la fête a commencé dès le coup de sifflet final. Les scènes de liesse ont envahi les rues, la pluie s’est transformée en décor de cinéma. Les klaxons ont pris le relais des chants, les drapeaux ont fleuri sur les balcons, sur les motos, aux fenêtres des bus. Une nuit blanche, annoncée, assumée.
« On est heureux, vraiment ravis. C’était un match difficile aujourd’hui », a confié Cédric Bakambu à l’issue de la rencontre. L’attaquant l’a reconnu sans détour : la portée de l’exploit n’est pas encore totalement intégrée par le vestiaire. « Je ne pense pas qu’on réalise encore complètement [qu’on est qualifiés], mais quand on va rentrer à Kinshasa, ça va être fou. »
Fou, comme le contraste avec la dernière apparition mondiale du pays. En 1974, sous le nom de Zaïre, la sélection avait quitté la Coupe du Monde avec trois défaites en trois matches et une différence de buts de -14. Une cicatrice sportive longtemps rappelée, parfois moquée, jamais oubliée.
Cette fois, l’histoire s’écrit autrement. La RD Congo ne vient plus pour figurer, mais pour exister.
Humilité et grands horizons
Dans l’euphorie générale, le capitaine Chancel Mbemba a posé des mots calmes, presque froids, sur un moment brûlant : « On va profiter de la qualification, mais on va continuer à travailler. On sait qu’on va affronter des grandes nations qui jouent la Coupe du Monde tous les quatre ans. On va rester humbles, garder les pieds sur terre et continuer à travailler. »
Le décor est planté. La RD Congo retrouvera la scène mondiale dans le groupe K, aux côtés de la Colombie, du Portugal et de l’Ouzbékistan. Un plateau relevé, un choc de styles, et une promesse : les Léopards ne seront plus un simple figurant exotique.
Entre le ton posé de Mbemba et l’enthousiasme brut de Bakambu, on comprend le mélange qui porte cette équipe : mémoire d’un passé douloureux, conscience de l’instant, ambition lucide. Sur le terrain, cela s’est vu dans cette prolongation maîtrisée, dans cette pression constante sur la Jamaïque, dans ce refus de lâcher malgré les occasions manquées.
La RD Congo a dû attendre plus de 50 ans pour revivre ce frisson mondial. Elle n’a mis que 100 minutes, ce mardi soir-là, pour convaincre qu’elle n’était plus la même sélection.
Reste une question, désormais, qui trotte déjà dans toutes les têtes de Kinshasa à Guadalajara : si les Léopards peuvent forcer la porte du Mondial de cette manière, jusqu’où peuvent-ils la pousser une fois à l’intérieur ?




