Arsenal : Arteta évoque la finale de Champions League
Vingt ans d’attente. Une génération entière sans finale de Champions League. Et, soudain, Arsenal se retrouve à 90 minutes – peut-être un peu plus – de Budapest, avec un Emirates Stadium prêt à exploser et un entraîneur qui ne veut plus entendre parler de calculs.
Mikel Arteta a choisi son vocabulaire. Brut, presque animal. « Nous allons entrer sur le terrain comme des bêtes demain », a lâché l’Espagnol, la veille de ce deuxième acte face à l’Atlético de Madrid, après le 1-1 arraché en Espagne. Pas une image de style. Un programme.
Un club au bord d’un tournant
Le décor est simple, presque cruel : Arsenal n’a plus goûté à une finale de Champions League depuis 2006, cette nuit de Paris terminée en cauchemar face au Barcelona de Ronaldinho. Le club n’a jamais soulevé le trophée. Jamais.
Vingt ans plus tard, l’occasion revient, dans un Emirates qui n’existait même pas lors de la dernière finale européenne des Gunners. Le timing est parfait : Arsenal sort d’une victoire capitale contre Fulham en Premier League, succès qui maintient la pression sur Manchester City dans la course au titre.
L’équipe avance à vive allure sur deux fronts. Le risque de vertige est réel. Arteta, lui, parle d’autre chose : d’énergie, de faim, de moment à saisir.
« Je ne peux pas attendre. Je sens l’énergie dans l’équipe et chez nos supporters. C’est le moment que nous voulons vivre ensemble. Nous avons travaillé dur, en tant que club et en tant qu’équipe, pendant 20 ans pour être à nouveau dans cette position. Et nous avons tellement faim d’atteindre cette finale. »
Le message est limpide : Arsenal ne vient pas pour gérer un nul. Arsenal vient pour frapper.
Odegaard, Havertz : les retours qui changent tout
Dans ce genre de rendez-vous, chaque détail compte. Arteta récupère son capitaine, Martin Odegaard, absent lors de la victoire contre Fulham. Le Norvégien, cerveau du jeu londonien, incarne cette vision dont parle son entraîneur depuis son arrivée en 2019.
Kai Havertz est également de retour après deux matches manqués à cause d’un problème au genou. Un atout de plus dans une attaque qui devra fissurer un Atlético fidèle à sa réputation de mur européen.
Arteta, lui, ne se cache pas. On lui demande s’il se projette, s’il imagine Odegaard soulevant le trophée dans quelques semaines. Sa réponse remonte loin.
« J’ai fait ça il y a de nombreuses années, et c’était ce que j’avais en tête pour ce club », confie-t-il. Pas une promesse de titre, mais une promesse de travail. « On ne peut jamais promettre de gagner des trophées majeurs, mais on peut promettre de travailler chaque jour, en mettant en place une vision et en étant déterminé dans les idées et les décisions pour faire de ce club l’un des meilleurs d’Europe. Nous y voilà. Maintenant, il faut faire l’étape suivante. »
Cette « étape suivante » n’a rien d’abstrait. Elle a un nom, un lieu, une date : une demi-finale retour à Londres, un billet pour Budapest le 30 mai, et au bout de la route, un géant – Paris Saint-Germain ou Bayern Munich.
Un stade prêt à rugir
L’an passé, au moment décisif, Arteta avait lancé un appel presque théâtral à ses supporters : « Apportez vos crampons et frappez chaque ballon. » Pas cette fois. La mise en scène est inutile. L’enjeu parle tout seul.
« Je ne pense pas qu’un message soit nécessaire, dit-il. C’est ce qui est en jeu qui dit tout. »
Le technicien basque attend un Emirates incandescent pour ce qui sera l’avant-dernier match de la saison à domicile, dans une année où Arsenal rêve ouvertement d’un doublé championnat–Champions League. La frontière entre rêve et réalité se joue sur ces nuits-là, où un tacle réussi peut valoir autant qu’un but.
Arteta veut que tout le monde bascule. Joueurs, staff, tribunes. « Je suis impatient de vivre ce moment avec nos supporters, notre peuple, et de générer quelque chose de vraiment, vraiment spécial pour aller en finale. Vivons ça ensemble, allons le chercher et faisons-le arriver. »
Pas de prudence dans les mots, pas de ce ton neutre qu’on adopte parfois pour se protéger. L’Espagnol parle comme un homme qui sait que ces opportunités ne reviennent pas tous les ans.
Demain, Arsenal n’aura plus d’excuse. Le club a la forme, le stade, l’élan, les cadres de retour, un entraîneur habité, et une histoire à réécrire. Reste une question, brute, sans détour : ces « bêtes » annoncées par Arteta seront-elles à la hauteur de la nuit qu’attend le nord de Londres depuis vingt ans ?



