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Quart de finale brûlant entre l'Angleterre et la Norvège à Miami

À Miami, un quart de finale brûlant entre Angleterre et Norvège

La chaleur de Miami ne sera pas le seul four samedi soir. Sur la pelouse, deux trajectoires se percutent : l’Angleterre, habituée des derniers carrés, et une Norvège revenue de loin, portée par un conte de fées et un buteur en feu.

Les Scandinaves arrivent en Floride en véritables trouble-fête. Absents d’une Coupe du monde depuis 1998, ils ont éliminé le Brésil, quintuple champion, en huitièmes et viennent d’enchaîner les deux premières victoires à élimination directe de leur histoire. En face, l’Angleterre joue pour une quatrième demi-finale et, surtout, pour éviter une huitième élimination en quart.

Au cœur de ce choc, une question domine : qui frappera le plus fort, qui craquera le premier ?

Haaland – Kane : duel pour le trône des buteurs

Pour la première fois dans ce tournoi, deux des principaux prétendants au Soulier d’Or se retrouvent face à face. Erling Haaland d’un côté, Harry Kane de l’autre. Deux monstres de surface, deux obsessions du but, deux carrières déjà saturées de records.

Stale Solbakken avait privé le monde d’un premier face-à-face en phase de groupes. Malgré ses doublés contre l’Irak et le Sénégal, Haaland était resté sur le banc face à Kylian Mbappé et la France, la qualification étant déjà assurée. Le Norvégien s’est rattrapé sans tarder : but décisif contre la Côte d’Ivoire en huitièmes, puis doublé contre le Brésil pour envoyer la Norvège en quarts.

Résultat : sept buts en quatre apparitions dans ce Mondial, 14 matches consécutifs en sélection avec au moins un but, 27 réalisations sur cette série, et un total ahurissant de 62 buts en 54 sélections. À 25 ans, Haaland n’est qu’à une longueur de Mbappé et Lionel Messi dans la course au Soulier d’Or, et une unité devant Kane.

Kane, 32 ans, répond pourtant coup pour coup. Doublé d’entrée contre la Croatie, but face au Panama pour assurer la première place du groupe, nouveau doublé lors du renversement tardif contre la RD Congo en seizièmes, puis penalty victorieux dans l’épopée folle contre le Mexique (3-2).

Les parallèles sont troublants : tous deux triples lauréats du Soulier d’Or en Premier League, tous deux passés par l’Allemagne avec succès. Pourtant, ils ne se sont croisés que deux fois sur un terrain, lors de la saison 2022-2023. Une victoire chacun, un but chacun, alors que Tottenham Hotspur et Manchester City se rendaient coup pour coup.

Tout annonce un bras de fer étouffant. Si l’un des deux parvient à prendre le dessus dans la fournaise de Miami, il posera une revendication brutale : celle d’être le meilleur avant-centre de la planète aujourd’hui.

L’énigme Haaland : et si la clé s’appelait Dan Burn ?

La question paraît folle, presque provocatrice : pour museler Haaland, faut-il titulariser Dan Burn ?

Le colosse de Newcastle, 2,01 m, a surpris tout le monde en apparaissant dans la liste de Thomas Tuchel pour ce Mondial. Il n’a fêté sa première sélection qu’à l’approche de ses 33 ans, en mars 2025, et ne compte que quatre titularisations, toutes contre Andorre et l’Albanie en qualifications.

Mais son entrée en jeu contre le Mexique, pour le dernier quart d’heure, a tout changé. L’Angleterre menait 3-2, réduite à dix, recroquevillée dans sa surface pendant douze minutes de temps additionnel. Burn a repoussé les centres, contré, dégagé, absorbé chaque ballon aérien comme si sa vie en dépendait.

Face à Haaland, il ne gagnera pas à la course. Il a neuf ans de plus, moins de mobilité. En revanche, il mesure deux pouces de plus que le Norvégien et connaît déjà ce duel physique.

Depuis l’arrivée de Haaland à Manchester City en 2022, les deux hommes se sont affrontés huit fois : six en Premier League, deux en coupes nationales. Plus de dix heures passées ensemble sur le terrain. Haaland n’a marqué qu’une seule fois, lors de leur première confrontation, en août 2022. Pour un attaquant qui tourne à un but toutes les 73 minutes en sélection, le contraste est frappant.

Les chiffres avec Ezri Konsa racontent une histoire similaire : un seul but de Haaland en 406 minutes face au défenseur anglais, en cinq matches, là encore lors de leur première opposition avec Aston Villa en 2022.

Quand on sait que le Norvégien a empilé 112 buts en 132 matches de Premier League sur quatre saisons, avec trois Souliers d’Or à la clé, ces statistiques ont de quoi donner des idées à Tuchel.

À l’inverse, Marc Guehi a beaucoup plus souffert : sept buts encaissés en cinq matches face à Haaland avant de devenir son coéquipier à Manchester City. John Stones, lui, ne l’a jamais affronté en club, seulement côtoyé à l’Etihad.

Tuchel devra trancher : miser sur l’alchimie habituelle de sa défense, ou sacrifier un peu de mobilité pour opposer à Haaland un profil qui, chiffres à l’appui, lui pose des problèmes depuis deux ans.

Odegaard – Rice : bataille d’architectes au milieu

Si Haaland incarne la force de frappe norvégienne, Martin Odegaard en est le cerveau. Contre le Brésil, le capitaine a livré une partition majuscule : 61 portés de balle vers l’avant, 101 passes réussies sur 109 tentées. À lui seul, il a dicté le tempo d’une équipe qui a laissé la Seleção à 33,6 % de possession, le plus faible total brésilien en Coupe du monde.

Ironie du sort, c’est encore plus que l’Angleterre face au Mexique. Les Three Lions ont subi comme rarement, campés dans leur surface pendant une bonne partie de la dernière demi-heure, en infériorité numérique, avec la plus faible possession enregistrée de leur histoire depuis que les données existent.

Pour atteindre une première demi-finale depuis 2018, et seulement la troisième depuis le sacre de 1966, l’Angleterre devra respirer davantage avec le ballon. Cela passe par une chose : couper le courant d’Odegaard.

Qui mieux que Declan Rice pour s’y atteler ? Les deux hommes ont partagé le milieu d’Arsenal à 117 reprises ces trois dernières saisons, jusqu’à offrir aux Gunners un titre de Premier League attendu depuis une génération, assorti d’une finale de Champions League. Rice connaît les angles de passe préférés du Norvégien, ses zones de confort, ses feintes de corps.

Problème : le corps de Rice, lui, grince. Des douleurs neurales le gênent depuis des mois, touchant le bas du dos et l’ischio-jambier. Odegaard n’en ignore rien.

Rice a cumulé 3 094 minutes en Premier League cette saison, encore plus pour son partenaire de l’entrejeu en sélection, Elliot Anderson. Odegaard, lui, n’en a joué que 1 369. Des jambes plus fraîches, une lucidité préservée : dans une chaleur étouffante, cela peut faire basculer un duel.

Miami, fournaise à juger les corps autant que les idées

Ni les Anglais ni les Scandinaves ne sont réputés pour leur amour des climats tropicaux. Pourtant, la Norvège semble un peu mieux rodée à ces conditions extrêmes.

Sur leurs cinq premiers matches, les Norvégiens ont disputé quatre rencontres en extérieur sous une chaleur lourde et humide. Ils ont débuté à Boston contre l’Irak, enchaîné à New York/New Jersey face au Sénégal, puis sont revenus à Boston pour affronter la France, match au cours duquel Solbakken a changé dix joueurs. Seule parenthèse climatisée : la victoire contre la Côte d’Ivoire à Dallas. Le succès face au Brésil s’est de nouveau joué dans la moiteur de New York/New Jersey.

Le parcours anglais a été un peu plus clément. Succès contre la Croatie sous le toit fermé de Dallas, nul 0-0 contre le Ghana à Boston sous la pluie, victoire 2-0 contre le Panama à New York/New Jersey, là encore sous l’averse. En seizièmes, l’Angleterre a profité de la fraîcheur relative d’Atlanta, stade climatisé, pour dominer la RD Congo. Le quart contre le Mexique, à Mexico City, s’est disputé dans des conditions étonnamment fraîches malgré un orage et une heure de retard au coup d’envoi.

Miami, c’est autre chose. Les deux rencontres de groupes les plus suffocantes du tournoi y ont déjà eu lieu, avec Uruguay – Cap-Vert (2-2) et Uruguay – Arabie saoudite (1-1).

Samedi, le thermomètre devrait afficher environ 33 °C, 58 % d’humidité, coup d’envoi à 17 h locales, sous la menace réelle d’orages. Le match se jouera autant dans les têtes et les poumons que dans les pieds. Celui qui tiendra le mieux cette lessiveuse pourrait bien se retrouver en demi-finale mercredi soir.

Le flanc gauche norvégien face au casse-tête du côté droit anglais

Une autre zone risque d’embraser la soirée : le couloir gauche norvégien face au côté droit de la défense anglaise.

Reece James, latéral de Chelsea, n’a plus rejoué depuis sa blessure aux ischio-jambiers lors du deuxième match de groupes contre le Ghana. Avec la blessure de Tino Livramento juste avant le tournoi, James est le seul latéral droit de métier dans le groupe.

Depuis son forfait, Tuchel bricole. Djed Spence, Ezri Konsa, John Stones et Jarell Quansah ont tous occupé ce poste, parfois à contre-emploi. Rice lui-même a fini sur le flanc droit lors des dernières minutes contre la RD Congo.

James espère être apte pour ce quart, une bonne nouvelle potentielle pour le sélectionneur alors que Quansah est suspendu après son carton rouge contre le Mexique. Si James n’est pas jugé prêt, Konsa devrait de nouveau dépanner à droite, comme lors de la défense héroïque du dernier match.

Quel que soit le choix, la mission sera rude. Antonio Nusa, ailier explosif, adore rentrer sur son pied droit depuis la gauche. Son but face à la Côte d’Ivoire en seizièmes, une frappe enroulée dans la lucarne, a rappelé à tout le monde qu’il ne lui faut qu’une fenêtre minuscule pour punir.

Mais le vrai tournant s’est produit contre le Brésil. À la pause, Solbakken a sorti Nusa pour lancer Andreas Schjelderup, ailier de Benfica. Le joueur de 22 ans a signé son meilleur match du tournoi. Centre parfait pour la tête de Haaland sur l’ouverture du score, puis nouvelle offrande pour permettre à l’avant-centre de sceller le 2-0 d’une frappe sèche au ras du poteau depuis l’entrée de la surface.

Si James revient, il devra retrouver son meilleur niveau immédiatement. S’il manque encore, Konsa devra enchaîner une nouvelle prestation quasi parfaite. Car sur ce flanc, chaque duel mal négocié, chaque retard d’un demi-pas peut se transformer en centre pour Haaland. Et dans ce genre de soirée, un seul centre suffit parfois à décider d’un Mondial.