Pré-saison d'Andoni Iraola à Liverpool : défis et priorités
La première vraie pré-saison d’Andoni Iraola à Liverpool n’a pas encore commencé qu’elle ressemble déjà à un laboratoire à ciel ouvert. Les retours s’échelonnent, les valises pour les États-Unis ne sont pas encore bouclées, mais les dossiers brûlants, eux, sont déjà sur la table. Trois noms cristallisent les priorités du nouveau coach : Jeremy Jacquet, Curtis Jones et Rio Ngumoha. Trois chantiers, trois décisions structurantes pour la saison qui vient.
Jacquet, 60 millions et zéro temps à perdre
Jeremy Jacquet fêtera ses 21 ans lundi, sort d’une opération de l’épaule qui a coupé court à sa saison en février et débarque à Liverpool avec une étiquette lourde : 60 millions de livres. De quoi intimider n’importe quel jeune défenseur. Pas lui, promet-on en interne. Le club n’aurait jamais validé une telle dépense s’il doutait de sa capacité à absorber la pression d’Anfield.
Le contexte, lui, ne lui laissera aucun répit. Giovanni Leoni revient seulement d’une rupture du ligament croisé antérieur, dix mois d’absence dans les jambes. Résultat : tout indique que Jacquet formera la charnière de l’été avec Joe Gomez, en attendant de se frotter à la réalité la plus exigeante de toutes, celle de la Premier League aux côtés de Virgil van Dijk.
Son introduction au public, lors de sa présentation officielle, a donné le ton : regard déterminé, discours direct, envie palpable de marquer les esprits. La tournée américaine fera de lui l’un des fils rouges de la préparation. Il sera le seul nouveau visage de l’été dans le groupe, donc le centre naturel de l’attention, même si les matches amicaux servent d’abord à poser les bases physiques.
Pour Iraola, le défi est clair : transformer ce potentiel brut en partenaire crédible de Van Dijk dès les premières journées de championnat. Le Basque sait faire. À Bournemouth, il a accompagné l’explosion de Dean Huijsen, propulsé jusqu’en sélection espagnole puis vendu 60 millions de livres au Real Madrid. Ce précédent n’est pas un hasard : Iraola sait parler aux jeunes défenseurs, les faire grandir vite, très vite.
À Liverpool, la marche est plus haute, le décor plus impitoyable. Mais si Jacquet trouve rapidement ses repères, c’est toute l’ossature défensive des Reds qui peut se redessiner autour de lui.
Curtis Jones, entre promesse et tentation de départ
Le cas Curtis Jones plane au-dessus de cette pré-saison comme une question sans réponse. Liverpool a déjà repoussé deux approches de l’Inter. La seconde, formulée le mois dernier, n’atteignait même pas les 22 millions de livres. Trop peu pour un joueur que le club n’envisagerait de lâcher qu’aux alentours de 35 millions.
L’écart de valorisation est tel que certains, à Anfield, se demandent si le dossier n’est pas déjà au point mort. Tant mieux pour Iraola, qui aura au moins l’occasion de s’asseoir face à Jones la semaine prochaine, quand le milieu rentrera de vacances. L’Anglais profite actuellement de quelques jours à Majorque avec sa fiancée, Saffie, mais la parenthèse se referme bientôt : direction le AXA Training Centre.
Et là, une porte s’ouvre. Alexis Mac Allister est toujours engagé en Coupe du monde avec l’Argentine. Ryan Gravenberch profite encore de sa trêve. Une place au milieu se libère, au moins temporairement. Pour un joueur formé au club, né en centre-ville de Liverpool, c’est le genre d’opportunité qu’on ne peut pas se permettre de laisser filer.
Dans un monde idéal, Jones ne quitterait jamais son club de cœur. La réalité, elle, rappelle qu’il a manqué de temps de jeu et qu’Inter comme Aston Villa ont flairé une brèche. Ils savent qu’un joueur frustré par son rôle peut finir par écouter les sirènes extérieures.
Tout se jouera dans les prochaines semaines. Si Jones s’impose durant la tournée, si ses performances convainquent Iraola qu’il peut être un élément central du milieu en Premier League, le maillot est là, à portée de main, surtout tant que Mac Allister est absent.
Mais le nouvel entraîneur aura besoin de garanties. Il devra entendre de la bouche du joueur qu’il est prêt à repartir de zéro à Liverpool, pas à préparer un départ. Ces conversations, loin des caméras, pèseront autant que les matches amicaux. Elles diront si Jones peut redevenir un pilier… ou s’il faut accepter l’idée d’un transfert.
Ngumoha, la piste interne pour l’après-Salah ?
Sur les ailes, le chantier est tout aussi stratégique. Liverpool cherche un ailier et ne s’en cache pas. Le club a activé la clause libératoire de 34,5 millions de livres de Victor Munoz à Osasuna et a fait savoir au RB Leipzig qu’il serait prêt à monter jusqu’à 86 millions pour Yan Diomande. Les deux préfèrent partir de la gauche. Comme Bradley Barcola, également suivi du côté de Paris Saint-Germain.
Problème : c’est à droite que se pose la vraie question d’avenir. Comment préparer la succession de Mohamed Salah sans dépenser des sommes folles sur un joueur qu’il faudrait ensuite repositionner ? L’idée laisse perplexe certains décideurs.
Une solution a émergé en interne : Rio Ngumoha. Le nom ne surprendra personne à Liverpool. L’été dernier, il a explosé, s’est invité dans le groupe professionnel, puis a inscrit son premier but en Premier League quelques jours avant ses 17 ans, lors de ce 3-2 étouffant à Newcastle United fin août.
Sa trajectoire depuis frôle la fusée. Il a terminé la saison comme titulaire à Liverpool, a fêté sa première cape avec l’Angleterre et a manqué de peu la Coupe du monde, après une prestation de joueur du match face à la Nouvelle-Zélande aux États-Unis le mois dernier. De quoi convaincre le club d’accélérer : un nouveau contrat sera discuté lorsqu’il fêtera ses 18 ans, fin août.
La progression de Ngumoha n’est pas passée inaperçue en Europe. Bayern Munich suit la situation de près. Liverpool, lui, n’a aucune intention de le laisser filer. Le message est clair.
Reste la question la plus intéressante : où le faire jouer ? Sa récente apparition avec l’Angleterre, aux États-Unis, s’est faite sur le côté droit. Dans un football moderne où les ailiers aiment rentrer sur leur pied fort, l’idée de l’utiliser à contre-courant, en ailier de débordement, commence à faire son chemin à Anfield. Un joueur qui reste large, élimine, déborde, puis centre fort dans la surface.
Avec son expérience encore limitée au plus haut niveau, surtout comparée à des cibles comme Barcola, Ngumoha offre à Iraola une marge de manœuvre rare : celle de façonner presque de zéro un profil sur mesure. À 17 ans, malgré une ascension fulgurante, il reste au tout début de sa carrière. C’est là que les entraîneurs aiment intervenir.
L’enjeu dépasse son simple cas. Liverpool doit trouver comment maximiser Alexander Isak, recruté 125 millions de livres et parfois trop isolé. Multiplier les centres, les situations à haute valeur ajoutée dans la surface, devient une priorité. Installer Ngumoha à droite, en fournisseur officiel de ballons pour le Suédois, pourrait être l’une des clés.
Iraola arrive avec une réputation bien établie : il sait développer les jeunes attaquants. À Bournemouth, Eli Junior Kroupi, Rayan ou Antoine Semenyo ont tous franchi un cap sous ses ordres. Ngumoha représente pour lui un terrain de jeu idéal, presque un manifeste de ce qu’il veut construire.
La pré-saison dira où il le positionne, comment il l’utilise, jusqu’où il ose aller avec lui. Mais une chose est sûre : entre Jacquet à stabiliser, Jones à éclaircir et Ngumoha à façonner, l’été d’Iraola ne sera pas un simple tour de chauffe. C’est déjà le début de son Liverpool.




