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Pourquoi les jeunes talents brésiliens continuent de rejoindre Shakhtar Donetsk malgré la guerre en Ukraine

Depuis plus de dix ans, Shakhtar Donetsk est un refuge pour les jeunes joueurs brésiliens souhaitant lancer leur carrière en Europe. Pourtant, ce club ukrainien évolue en exil depuis que la guerre a ravagé sa région d'origine, le Donbas.

La ville de Donetsk, épicentre des premières hostilités dès 2014, est aujourd'hui sous occupation russe. Le club a dû quitter son stade moderne, la Donbas Arena, endommagée par des bombardements, et s'est installé loin de chez lui, entre Kiev et Lviv, à l'ouest du pays. Malgré ce contexte dramatique, Shakhtar ne cesse d'attirer les jeunes talents brésiliens, ayant même atteint un record historique avec 50 joueurs venus du Brésil recrutés depuis 2002.

Une identité marquée par le football brésilien

Le PDG Sergei Palkin, à la tête du club depuis 22 ans, affirme que la guerre n'est pas une excuse : « Elle nous pousse à nous adapter, à prendre des décisions rapides et à analyser en profondeur. Les joueurs brésiliens font partie de notre identité. »

La relation entre Shakhtar et le Brésil remonte à plus de vingt ans. L'ancien entraîneur Mircea Lucescu, arrivé en 2004, a été le pionnier du recrutement de jeunes brésiliens à moindre coût. Des joueurs comme Willian, Fernandinho ou Luiz Adriano sont devenus des références, propulsant le club sur la scène européenne.

Un club en exil mais toujours attractif

Depuis leur départ forcé de Donetsk, les joueurs s'entraînent à Kiev et jouent leurs matchs à Lviv, à 600 kilomètres de leur ville d'origine. Les rencontres européennes ont lieu en Pologne ou en Allemagne. Malgré ces contraintes, l'attrait pour Shakhtar reste fort grâce à la présence d'une communauté brésilienne soudée, aidée par des traducteurs et un environnement favorable.

  • Nombre de joueurs brésiliens signés depuis 2002 : 50
  • Nombre actuel de joueurs brésiliens au club : 14
  • Derniers transferts notables : Ryan Roberto (9 M€), Bruninho (11 M€)

Le facteur humain au cœur du succès

Le joueur Pedrinho, présent depuis 2021, souligne l'importance de cette communauté brésilienne pour faciliter l'adaptation : « Cela rend la vie quotidienne plus simple et plus chaleureuse. Les joueurs ukrainiens nous respectent et créent une atmosphère accueillante, ce qui aide à surmonter les difficultés liées à la guerre. »

Mais la réalité est dure, avec des alertes aux raids aériens et des nuits passées dans des abris. La fatigue liée aux longs déplacements et l'absence prolongée des familles compliquent la vie des joueurs. Le club tente cependant d'alléger ces contraintes en logeant certains joueurs à l'hôtel près des installations.

Un modèle économique adapté et résilient

Le club a su ajuster sa stratégie face à la concurrence européenne accrue et à la situation locale. Il privilégie désormais l'achat de jeunes joueurs très prometteurs, souvent adolescents, qu'il développe rapidement pour les revendre à prix élevé.

Exemple récent : le transfert de Kevin, acheté 15 M€ en 2024 et revendu à Fulham plus du double 19 mois plus tard. Cette rapidité dans la gestion des talents reflète une adaptation nécessaire à la guerre et à la compétition du marché.

Des défis constants sur le marché brésilien

Les grands clubs européens ciblent directement les talents brésiliens dès leur plus jeune âge, ce qui complique la tâche de Shakhtar. Ils doivent offrir des salaires attractifs et convaincre malgré le risque lié à la guerre. La récente signature manquée de Gabriel Mec, parti au FC Porto, illustre ces difficultés.

La Ligue des Champions, clé de voûte du projet

La qualification pour la phase de groupes de la Ligue des Champions est essentielle pour maintenir la visibilité et la rentabilité du club. Après avoir remporté le championnat ukrainien en 2025-26, Shakhtar bénéficie d’une place directe en phase de groupes pour la saison 2026-27, ce qui facilite le recrutement.

Un nouveau terrain d'accueil à Londres

Pour leurs matches européens à domicile, Shakhtar jouera à Stamford Bridge, le stade de Chelsea, à Londres. Ce choix offre une nouvelle vitrine commerciale et permet d’attirer un public nombreux, notamment parmi la diaspora ukrainienne et brésilienne installée dans la capitale anglaise.

Le club voit cela comme une opportunité : « Londres est la capitale mondiale du football, un marché très attractif financièrement et médiatiquement », confie Palkin.

Perspectives d'avenir

Malgré l'exil et les difficultés, Shakhtar continue de se réinventer, mêlant tradition brésilienne et pragmatisme économique. Leur capacité à attirer des talents dans un contexte de guerre est remarquable. Ils misent sur leur réputation de tremplin vers les grands championnats européens et sur la force d’une communauté bien soudée.

Pedrinho résume bien cet état d’esprit : « Malgré la guerre, le football reste notre passion, notre source de joie. Shakhtar donne la chance aux jeunes joueurs de progresser et de montrer leur potentiel dans des compétitions importantes. »