Portugal : Ronaldo et Jorge Jesus, tensions avant le Danemark
Le Portugal prépare un choc de Nations League face au Danemark, mais tous les regards se tournent ailleurs. Vers un homme. Vers une absence. Cristiano Ronaldo n’a pas pris part aux derniers entraînements collectifs de la Seleção. Et le pays entier se demande s’il sera sur la pelouse jeudi.
Depuis la victoire 2-1 contre la Norvège dimanche, l’attaquant aux 146 buts en sélection n’a travaillé qu’en salle, a précisé la Fédération portugaise. Aucun exercice avec le groupe, aucune image de lui ballon au pied. Pour un joueur obsédé par le terrain, le signal intrigue.
Les médias locaux, eux, ne parlent plus d’alerte physique. Ils évoquent un malaise. Ronaldo serait contrarié par son nouveau sélectionneur, Jorge Jesus, après être resté sur le banc tout le match face aux Norvégiens. Un choix fort, presque iconoclaste, dans un pays qui vit au rythme des buts de son numéro 7 depuis deux décennies.
Un président en médiateur discret
La situation a pris une autre dimension avec le déplacement de Pedro Proença. Le président de la Fédération a rejoint le groupe en Suède, où l’équipe prépare la rencontre contre le Danemark. La presse portugaise affirme qu’il a tenu à parler directement avec Ronaldo et Jorge Jesus pour apaiser les tensions nées de cette mise à l’écart.
Officiellement, la Fédération se contente de dire que Proença accompagne la délégation. Rien de plus. Le reste, ce sont des bruits de couloir, des lectures de gestes et de silences. Dans un vestiaire où chaque regard de Ronaldo est scruté, cela suffit à alimenter le feu.
Mardi, le joueur a tout de même publié une photo sur Instagram, en tenue de la Seleção, drapeau portugais et cœur en légende. Un message simple, presque minimaliste. Comme pour rappeler son attachement au maillot, sans un mot sur la tempête du moment.
La gestion de Jorge Jesus sous la loupe
Nommé après le départ de Roberto Martínez à l’issue de la Coupe du monde, Jorge Jesus savait qu’il hériterait d’un double défi : renouveler une équipe arrivée au bout d’un cycle, sans froisser la légende qui continue de la porter. Il a défendu son choix avant la rencontre contre la Norvège : il ne voulait pas surcharger Ronaldo durant cette fenêtre internationale hors norme, quatre matches en onze jours.
Son plan initial ? Donner des minutes à Ronaldo face à la Norvège. Le scénario de la rencontre, tendue jusqu’au bout, l’en a dissuadé. Une fois le match terminé, conscient du séisme potentiel, Jesus a promis qu’il « parlerait avec lui ». Le dialogue, visiblement, ne suffit pas à éteindre toutes les spéculations.
Jeudi dernier, contre le pays de Galles, Ronaldo avait débuté et été remplacé à la 67e minute lors du succès 1-0. Une gestion mesurée, presque prudente. Trois jours plus tard, c’est le banc complet. Et désormais, l’incertitude plane sur sa présence même contre le Danemark.
Un géant face à son propre mythe
À 39 ans, Ronaldo poursuit un objectif qui semble irréel pour n’importe quel autre joueur : atteindre les 1 000 buts en carrière. Il ne s’en cache plus. Il l’a répété récemment : il veut à la fois ce chiffre symbolique et un troisième titre en Nations League avec le Portugal.
« Un objectif, c’est d’atteindre les 1 000 buts et que la sélection essaie de gagner cette Nations League », a-t-il confié la semaine dernière. Il a aussi parlé d’« une nouvelle ère » avec Jorge Jesus, qu’il connaît bien, en espérant que « tout se passe bien pour lui ». Les mots étaient posés, presque apaisés.
Pour lui, marquer ce millième but sous le maillot portugais serait « la cerise sur le gâteau ». « Ce serait l’aboutissement de quelque chose, une belle histoire. Pas la fin, mais une belle histoire », a-t-il insisté. Une phrase qui résonne encore plus fort aujourd’hui, alors que son rôle immédiat en sélection semble remis en question.
Une Seleção en tête… mais sous tension
Sportivement, le Portugal avance. Deux matches, deux victoires, six points. Leader du groupe A4 de la Nations League, devant le Danemark et la Norvège, trois points derrière. Le pays de Galles ferme la marche, sans le moindre point.
Dimanche, les Portugais recevront à nouveau la Norvège. Un rendez-vous important pour verrouiller la première place. Mais avant cela, il y a ce déplacement face au Danemark, et cette question qui domine toutes les autres : avec ou sans Cristiano Ronaldo ?
Le sélectionneur veut gérer les charges, penser long terme, étirer la carrière de son capitaine. Le joueur, lui, vise l’éternité statistique, chaque minute compte. Entre la logique du coach et la faim du buteur, la ligne est fine.
La réponse tombera jeudi, au moment où la feuille de match sera dévoilée. Ronaldo sera-t-il au centre du projet, comme toujours, ou cette « nouvelle ère » de Jorge Jesus commence-t-elle vraiment par la mise à distance de son plus grand symbole ?




