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Paul Pogba : retour à Monaco après une suspension

Paul Pogba n’a pas seulement retrouvé un club. Il a retrouvé un sens. Après dix-huit mois de suspension pour dopage, le milieu français, désormais à Monaco, raconte une traversée du désert qui a bouleversé sa façon de voir le football – et la vie.

Suspendu après un contrôle aléatoire à l’issue du premier match de Juventus lors de la saison 2023-2024, Pogba avait d’abord écopé d’une sanction de quatre ans. Une peine écrasante, digne d’une fin de carrière. L’appel a finalement réduit la suspension à dix-huit mois, mais le mal était fait : deux années presque blanches, arrachées à un joueur qui n’a jamais vécu autrement qu’avec un ballon au pied.

Sur le podcast Rio Ferdinand Presents, l’ancien milieu de Manchester United ne cherche ni prétexte ni dramatisation. Il pose simplement le décor d’un quotidien brutalement vidé de son cœur : le terrain.

« Je suis reconnaissant d’être de retour et de rejouer au football, après tout ce qui s’est passé. Je vois le football totalement différemment. Je profite. Je veux en profiter », confie-t-il.

Deux ans à regarder, interdit de vivre son football

Le choc n’a pas seulement été sportif. Il a été intime. Pogba raconte ces mois à Turin, à rester en marge d’un club dont il ne pouvait même plus franchir les portes du centre d’entraînement.

Il pouvait s’entraîner, oui, mais seul. Pas de matchs, même à l’entraînement. Pas de jeu réduit, pas de duel, pas de rythme collectif. Rien de ce qui fait la vie d’un footballeur professionnel.

« Je n’étais même pas autorisé à aller à l’entraînement. Je devais m’entraîner chez moi ou trouver un endroit pour m’entraîner. C’est normal, ça ? », lâche-t-il.

La question n’attend pas vraiment de réponse. Elle dit le sentiment d’absurdité, presque d’exil, vécu par un champion du monde tenu à distance de son propre métier.

Le plus dur, pourtant, ne venait pas des séances improvisées loin des terrains. Il venait du regard de ceux qui l’entourent, et surtout de ceux qui le jugent sans le connaître. Pogba le reconnaît : ce qui l’a le plus touché, c’est d’être vu comme un tricheur.

Le joueur ne rentre pas dans les détails du dossier, mais il assume les conséquences humaines. Il parle de blessure, puis de reconstruction. « Ça m’a rendu meilleur, plus expérimenté. Une meilleure personne aussi. Et plus prudent, ne pas faire confiance à tout le monde, tu vois. C’est comme ça. C’est la vie. Ça fait partie de mon histoire. »

Le stade, vu de l’extérieur

Les images les plus fortes qu’il évoque ne sont pas celles d’un vestiaire ou d’une séance de musculation. Ce sont celles d’un père, à l’extérieur d’un stade, regardant ce qu’il n’a plus le droit de vivre de l’intérieur.

Pogba raconte ces jours où il observait l’Allianz Stadium de loin, avec ses enfants. Eux ne comprennent pas tout, mais ils voient bien que leur père ne joue plus. « Je regardais le stade comme ça tous les jours avec mes enfants qui me disaient : “Papi, quand est-ce que tu vas au match ?” »

La question de ses enfants claque plus fort qu’un communiqué de commission disciplinaire. Elle ramène le footballeur à l’homme, au père obligé d’expliquer l’inexplicable.

Pendant que la Juventus jouait sans lui, Pogba restait donc à distance, privé même de ces matchs d’entraînement qui permettent de garder le rythme, l’instinct, la sensation du duel. Le corps pouvait travailler. Le joueur, lui, ne pouvait pas vraiment exister.

Monaco, nouveau départ et dernier défi

À 32 ans, Pogba a choisi Monaco pour reprendre la main sur son histoire. Un choix qui dit beaucoup de ses intentions : un club ambitieux, une équipe jeune, un vestiaire où son expérience pèse immédiatement.

« Je veux maintenant arriver à Monaco avec une jeune équipe. Je suis l’un des plus vieux, avec l’expérience pour aider l’équipe et aussi pour me faire plaisir », explique-t-il. Le ton n’est pas celui d’un joueur en mission de rédemption théâtrale. C’est celui d’un homme qui sait qu’il n’a plus de temps à perdre.

Il ne renie rien, ne ressasse pas. « Qu’est-ce qu’on va changer ? On ne peut pas changer. Le passé est parti. On peut seulement vivre le moment. » Cette phrase-là sonne comme un manifeste pour la suite : plus de calculs, plus de projections lointaines, juste l’urgence de profiter de chaque minute sur le terrain.

Le poids de ces deux années hors-jeu ne disparaîtra pas. Sa réputation a été bousculée, son image attaquée, sa carrière coupée en deux. Mais Pogba avance, avec cette suspension comme cicatrice visible, intégrée à son récit.

Il revient dans un championnat où son talent peut encore faire la différence, dans un club qui sait ce qu’il peut apporter à un groupe en construction. La question n’est plus de savoir ce qu’il a perdu. Elle est simple, brutale, et elle l’attend dès maintenant : combien de temps lui reste-t-il pour montrer, une dernière fois, qui est vraiment Paul Pogba ?