Patrice Motsepe se tourne vers le TAS pour le titre du Sénégal
Le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, a choisi son camp : celui du droit. À défaut de trancher lui-même la querelle brûlante autour du titre de la dernière Coupe d’Afrique des nations, il s’en remet au Tribunal arbitral du sport. Sans état d’âme affiché.
« Je respecterai et appliquerai la décision du TAS. Mon opinion personnelle est sans importance », a-t-il déclaré devant la presse au Caire, à l’issue d’une réunion de l’exécutif de la CAF. Une phrase sèche, presque clinique, qui dit tout de la tension qui entoure ce dossier explosif.
Un titre sur le terrain, un autre dans les bureaux
Sur la pelouse, l’histoire semblait écrite. À Rabat, le mois dernier, le Sénégal pensait avoir conquis une deuxième CAN au terme d’une finale électrique face au pays hôte, le Maroc.
Le tournant arrive dans le temps additionnel. Penalty pour le Maroc. La décision embrase tout. Une grande partie des joueurs sénégalais, le sélectionneur Pape Thiaw et son staff quittent le terrain, furieux. Le chaos. Puis le retour, sous la pression et la nécessité de finir cette finale qui dérape.
Sur le point de penalty, Brahim Diaz manque l’égalisation. Le stade retient son souffle, le Sénégal reprend vie. En prolongation, Pape Gueye frappe et offre la victoire 1-0 aux Lions de la Teranga. Sur le terrain, le trophée ne fait aucun doute.
La suite se joue dans les couloirs et les commissions. Un comité disciplinaire de la CAF inflige des amendes aux protagonistes des deux camps, mais confirme le résultat sportif. Le Sénégal reste champion, le Maroc reste battu.
Puis le vent tourne. Le Maroc fait appel. La commission d’appel de la CAF annule le score de la finale et accorde une victoire 3-0 sur tapis vert aux Lions de l’Atlas. Une décision lourde, qui rebat totalement les cartes du palmarès et plonge la CAF dans une crise de crédibilité.
C’est cette volte-face que le Sénégal a décidé de contester devant le TAS.
Deux étoiles sur le maillot, une bataille en coulisses
Sur le terrain, pourtant, le Sénégal continue d’affirmer sa vérité. Samedi, à Paris, lors d’un match de préparation pour la Coupe du monde 2026 face au Pérou, les joueurs sénégalais ont paradé avec le trophée de la CAN. Le symbole est puissant.
Autre message clair : les maillots. Deux étoiles au-dessus de l’écusson. Une pour 2022, première couronne continentale de l’histoire du pays. L’autre pour cette victoire de février, aujourd’hui contestée dans les bureaux, mais célébrée comme acquise dans les vestiaires et dans la rue.
Pendant ce temps, la CAF se retrouve au centre de la tempête, accusée de fragiliser encore un peu plus la confiance dans l’arbitrage, le VAR et ses propres instances judiciaires.
Motsepe promet des réformes et des visites symboliques
Face à cette crise de confiance, Patrice Motsepe tente de reprendre la main. Le dirigeant sud-africain annonce qu’il se rendra au Sénégal et au Maroc, sans avancer de dates, avec un message : il faudra « travailler ensemble pour développer le football africain ».
Un vœu pieux, peut-être, mais accompagné d’un engagement plus concret. Dans un communiqué, la CAF assure qu’elle est en train de modifier ses statuts et règlements pour « renforcer la confiance dans les arbitres africains, les opérateurs VAR et les organes juridictionnels ». L’objectif affiché est clair : éviter que le scénario chaotique de Rabat ne se reproduise.
La CAF insiste sur un point que Motsepe a rappelé au Caire : la commission d’appel est composée de juges et d’avocats indépendants. Une manière de dire que le politique ne dicte pas tout, même si la perception publique, elle, reste largement entamée.
Un changement clé dans les coulisses de la CAF
Dans ce climat tendu, une autre annonce structurelle vient s’ajouter au décor. Motsepe officialise la nomination de Samson Adamu, dirigeant d’origine nigériane, comme secrétaire général par intérim de l’instance basée au Caire.
Il remplace Veron Mosengo-Omba, ancien cadre de la FIFA, né en République démocratique du Congo, qui prend sa retraite après avoir atteint la limite d’âge de 66 ans imposée au personnel de la CAF.
Un changement de visage au sommet de l’administration, au moment où l’organisation doit gérer l’un des dossiers les plus sensibles de son histoire récente.
Une décision qui dira beaucoup plus qu’un simple score
Tout converge désormais vers Lausanne, siège du TAS. C’est là que se décidera si le Sénégal peut conserver officiellement sa deuxième étoile ou si le Maroc récupère, sur le papier, un titre perdu sur le terrain.
Motsepe assure qu’il appliquera la décision sans discuter. Le football africain, lui, attend plus qu’un verdict : une preuve qu’il peut encore croire à l’équité de ses compétitions les plus prestigieuses.




