Ousmane Dembélé fait taire les sceptiques avec un triplé
Ousmane Dembélé a fait taire tout le monde. Les sceptiques, les prudents, les nostalgiques d’un duel annoncé entre Erling Haaland et Kylian Mbappé. En 32 minutes, l’ailier du Paris Saint-Germain a signé un triplé d’orfèvre et propulsé l’équipe de France en tête du groupe I de cette Coupe du monde 2026, en balayant une Norvège largement remaniée.
Un choc annoncé, un autre héros
Toute la journée, le décor avait été planté pour un face-à-face XXL : Haaland contre Mbappé, deux monstres du but, deux Ballons d’Or en puissance. Puis les feuilles de match sont tombées. Stale Solbakken a changé dix titulaires, rangé Haaland sur le banc et envoyé une équipe bis défier les Bleus. L’affiche a semblé perdre de sa saveur.
Elle a trouvé un autre parfum. Plus inattendu, plus électrique. Celui d’Ousmane Dembélé.
Sous la direction de Guy Stéphan, propulsé à la tête de la sélection en l’absence de Didier Deschamps, resté en France après le décès de sa mère, les Bleus ont pris le match à la gorge. Et Dembélé, piqué par les critiques, a répondu avec la brutalité des très grands soirs.
« Ousmane est un être humain, comme tout le monde il entend les critiques, a rappelé Stéphan. Il a malheureusement eu des problèmes de blessures, mais il revient toujours plus fort. Trois buts en Coupe du monde, c’est exceptionnel. »
Le mot n’est pas galvaudé. Son triplé est le deuxième plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde masculine depuis le coup d’envoi d’un match, derrière les 24 minutes d’Erich Probst avec l’Autriche en 1954. C’est aussi la première fois depuis Oleg Salenko en 1994 qu’un joueur claque trois buts en première période dans un match de Coupe du monde.
Dembélé, 32 minutes pour entrer dans l’histoire
La France a mis la main sur le ballon d’entrée. Pressing haut, récupérations agressives, Norvégiens asphyxiés. La première brèche s’ouvre dès la 7e minute. Ballon gagné dans le camp adverse, Mbappé renverse côté droit vers Dembélé, isolé. Face à son vis-à-vis, il fixe, élimine, frappe sèchement. Egil Selvik est battu, les Bleus sont lancés.
Le deuxième est un chef-d’œuvre de transition. 20e minute. Contre éclair, Dembélé déboule encore à droite, repique sur son pied gauche, son arme favorite, et enroule au second poteau. Trajectoire parfaite, ballon qui fuit le gardien et vient se lover dans le petit filet opposé. 2-0, la Norvège chancelle.
Elle réagit pourtant dans la foulée. 79 secondes plus tard, sur l’engagement, la défense française se fait surprendre, trop passive. Une action directe, quelques passes, et Thelo Aasgaard, l’attaquant de Rangers, conclut d’un tir croisé qui trompe Mike Maignan, pris à contre-pied. 2-1. Un rappel sec : ce match ne sera pas une simple promenade.
Mais la soirée appartient à Dembélé. Intouchable, intenable, irrésistible.
Sur son troisième but, il bascule dans une autre dimension. L’action est collective, somptueuse : 17 passes, les 11 joueurs français touchent le ballon, la Norvège court dans le vide. Puis le cuir arrive à Dembélé. Même scénario, même menace. Il repique encore sur son gauche, quatre défenseurs reculent, paralysés. Frappe enroulée, encore. Même supplice pour Selvik. 3-1, triplé, stade en fusion.
C’est la première fois qu’il marque plus d’un but sous le maillot bleu. Il en plante trois, dans un match de Coupe du monde, en un peu plus d’une demi-heure. Il en est désormais à quatre réalisations dans le tournoi, dans la course au titre de meilleur buteur.
Mbappé en retrait, Dembélé en maître de cérémonie
Mbappé a bien failli voler la vedette dès la 21e seconde. Une frappe violente, sous la barre, qui rebondit sur la ligne avant de ressortir. Un avertissement sans frais pour la Norvège. Mais le capitaine tricolore est ensuite resté discret, presque en retrait. Il termine la première période avec le plus faible nombre de ballons touchés parmi les joueurs de champ français.
Le scénario rappelle le quart de finale 2022 contre l’Angleterre : Mbappé muselé, Antoine Griezmann en chef d’orchestre. À Boston, cette fois, le meneur, c’est Dembélé. Il dicte le tempo, casse les lignes, déchire les filets, puis quitte la scène après 65 minutes sous une ovation méritée, au moment où le rythme retombe.
La fin de match s’étire, la Norvège se contente de limiter la casse, la France gère sans forcer. Mais un dernier éclair vient sceller la soirée. Dans le temps additionnel, à la 94e minute, Désiré Doué, autre Parisien, s’élève et place une tête lobée qui surprend Selvik. 4-1. Le score reflète la domination, la marque est nette, presque sévère pour une Norvège qui avait décidé de se ménager.
Maignan, le penalty et un record oublié
La seconde période offre un autre moment clé. Au tout début, Jorgen Strand Larsen obtient un penalty et se présente face à Maignan. Occasion rêvée de relancer un match qui semblait s’échapper. Le Norvégien frappe mollement. Maignan plonge, repousse. Simple arrêt, énorme symbole.
Avec ce geste, le gardien devient le premier portier français à arrêter un penalty en Coupe du monde (hors séances de tirs au but) depuis Joël Bats en 1986. Une éternité. Un détail qui renforce encore le statut de cette équipe de France, déjà désignée par beaucoup comme la grande favorite pour un troisième titre mondial.
Une France différente, mais déjà redoutable
Ce succès offre aux Bleus un carton plein en phase de groupes, trois victoires en trois matches, une première depuis 1998. Cette année-là, ils jouaient à domicile. Ils ont terminé avec la Coupe du monde dans les mains.
Le parallèle est tentant. Guy Stéphan refuse pourtant d’en faire un raccourci.
« Cette équipe est totalement différente de celle de 2022, a-t-il rappelé. Plus de la moitié du groupe n’avait jamais joué une Coupe du monde. On verra au fil du tournoi, il faudra élever notre niveau face aux grandes équipes. Il y a l’attaque, la défense, il faut l’équilibre. Pour ça, il faut attendre. »
Face à eux, la Norvège a assumé un autre choix. Elle devait gagner pour doubler la France, mais Solbakken a aligné une équipe remaniée, acceptant implicitement la deuxième place du groupe. Haaland, déjà auteur de quatre buts dans ce Mondial comme Mbappé, a observé depuis le banc, préservé pour les huitièmes de finale. Les supporters norvégiens attendent maintenant qu’il débarque frais, affûté, prêt à mener la première grande campagne de son pays en phase à élimination directe.
La France, elle, avance avec une certitude nouvelle : elle n’est plus seulement l’équipe de Mbappé. Dans cette Coupe du monde, elle peut aussi devenir celle de Dembélé. Et si ce n’était que le début de son tournoi ?



