Neymar et l'avenir incertain avec la Seleção
La question Neymar secoue de nouveau le Brésil. Et cette fois, elle vient d’une voix qui compte : Rai, champion du monde 1994 et ancienne icône du Paris Saint-Germain, ne cache plus ses doutes sur la place de la star de Santos dans la Seleção version Carlo Ancelotti.
Rai sonne l’alarme
Invité de l’émission française Rothen s’enflamme, Rai a posé le diagnostic sans détour. Pour lui, Neymar n’est plus au niveau d’exigence physique que réclame aujourd’hui le très haut niveau international.
« S’il vient, il aura un impact sur l’équipe », a-t-il reconnu, avant de nuancer aussitôt.
Rai rappelle que Carlo Ancelotti consulte ses cadres, jauge les ressentis du vestiaire, mais tranche lui-même : « C’est un entraîneur malin, il saura voir si Neymar est une influence positive. Il n’est pas à son meilleur niveau, il a eu beaucoup de problèmes physiques. Il n’arrive pas à revenir à son top, il a perdu de la vitesse. Bien sûr, il fait encore de belles passes, c’est une star, mais pour moi en ce moment il n’est pas au niveau où il doit être. »
Tout est là. Le talent intact, la fulgurance technique toujours présente. Mais le corps ne suit plus comme avant.
De la table d’opération à Santos, sans continuité
Les dernières années de Neymar racontent davantage une succession de blessures qu’une domination sur les terrains. Son transfert retentissant à Al-Hilal en 2023 devait ouvrir un nouveau chapitre. Il a surtout débouché sur un nouveau cauchemar : un genou en miettes lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde contre l’Uruguay, en octobre 2023.
Depuis cette nuit-là, plus aucune apparition avec le Brésil.
Le retour à la maison, à Santos, en janvier 2025, devait ressembler à une renaissance. Pour l’instant, c’est surtout un compromis permanent entre ce que son talent autorise et ce que son corps tolère.
Les chiffres sont corrects, presque trompeurs : quatre buts et quatre passes décisives en neuf matches, toutes compétitions confondues. Sur le papier, Neymar reste décisif. Sur le terrain, il avance pourtant avec prudence, sous la surveillance d’un staff qui ne veut plus le casser.
Plusieurs rencontres de championnat lui ont déjà échappé par précaution. Et pour tenter de prolonger sa carrière au plus haut niveau, il a récemment subi une procédure chirurgicale régénérative avec injection de plasma riche en plaquettes, censée renforcer ses articulations et accélérer son retour à une forme acceptable.
Acceptable pour Santos, peut-être. Suffisant pour une Coupe du monde, c’est une autre histoire.
Ancelotti pose les règles
L’arrivée de Carlo Ancelotti à la tête du Brésil a rebattu les cartes. Fini le statut intouchable. L’Italien a été clair : pour 2026, seuls les joueurs au sommet de leur forme physique seront retenus.
Pas de passe-droit pour le meilleur buteur de l’histoire de la Seleção.
Le message place Neymar dans une zone grise, inconfortable. Il n’est plus jugé sur son nom, mais sur sa capacité à enchaîner, à répéter les efforts, à tenir le rythme d’un football devenu férocement athlétique.
La date est connue : le 18 mai, Ancelotti doit dévoiler sa liste finale pour la Coupe du monde en Amérique du Nord. D’ici là, chaque minute disputée avec Santos, chaque sprint, chaque absence pèsera dans le verdict.
Le staff brésilien observe, calcule, se demande jusqu’où il peut prendre le risque d’embarquer un génie diminué.
Santos marche sur des œufs
Sur la côte paulista, on avance à pas mesurés. L’entraîneur Cuca a déjà annoncé que Neymar ne jouerait pas le prochain match de Serie A contre Bahia. Décision stratégique : le préserver pour un rendez-vous jugé plus crucial, en Copa Sudamericana, face à San Lorenzo, en Argentine.
Une gestion au millimètre. Un match oui, un match non. Un joueur qu’on protège autant qu’on aligne. Cette précaution permanente illustre la fragilité du moment.
Santos veut profiter de ses éclairs sans le perdre à nouveau. Le Brésil, lui, doit se demander si une version allégée de son numéro 10 peut tenir face à l’intensité d’un tournoi mondial.
Le dilemme de la Seleção
Toute la question est là : la Seleção peut-elle se permettre de convoquer un Neymar qui n’est plus tout à fait Neymar ?
Rai l’a rappelé : la vision, la qualité de passe, l’intelligence dans les trente derniers mètres restent au-dessus du lot. Mais le Neymar qui faisait exploser les défenses sur dix mètres, qui changeait le tempo d’un match sur une accélération, semble loin.
Dans un football où le pressing, la répétition des courses et la transition à haute vitesse dictent la loi, un joueur qui a perdu une partie de son explosivité peut vite devenir un point faible, même si le ballon lui obéit toujours.
Le 18 mai s’annonce comme un moment de vérité. Ancelotti choisira-t-il l’histoire, le symbole, le génie malgré tout ? Ou actera-t-il la fin d’un cycle en laissant à la maison le joueur qui a porté le Brésil pendant plus d’une décennie ?
Pour Neymar, chaque match avec Santos ressemble désormais à une audition. Pour le Brésil, la vraie question n’est plus de savoir ce qu’il a été, mais de décider s’il peut encore écrire une dernière grande page sur la scène mondiale.




