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Mort de Nobby Stiles : enquête publique sur les blessures cérébrales

Le football anglais se retrouve une nouvelle fois face à son passé. Et cette fois, c’est le nom de Nobby Stiles, icône de 1966 et légende de Manchester United, qui oblige les autorités à regarder en face la question des dégâts cérébraux chez les anciens joueurs.

Un tribunal du Grand Manchester a entendu que Stiles, décédé en 2020 à l’âge de 78 ans, souffrait d’une lésion cérébrale traumatique au moment de sa mort. Le coroner de secteur pour Greater Manchester South, Chris Morris, a estimé qu’une enquête complète devait désormais être ouverte.

Un diagnostic lourd : CTE à un stade avancé

Les dossiers médicaux de l’ancien milieu défensif ont été examinés par un spécialiste du cerveau. La conclusion est sans détour : Nobby Stiles présentait une encéphalopathie traumatique chronique (CTE) à un stade élevé, une pathologie associée aux traumatismes répétés de la tête, notamment les coups de tête répétés d’un ballon.

À cette CTE avancée s’ajoutaient ce qui a été décrit comme un « stade trois limbic predominant age related TDP-43 » ainsi qu’une maladie cérébrovasculaire des petits vaisseaux. Un cocktail neurologique grave qui, selon le coroner, a contribué à son décès.

Chris Morris a expliqué devant le tribunal de Stockport que, « pour des raisons qui ne sont pas entièrement claires », la mort de Stiles n’avait pas été signalée à son office au moment des faits, en 2020. L’enquête n’a été déclenchée que plus tard, après des informations transmises par la famille de l’ancien joueur.

À la lumière de la cause de la mort, incluant une lésion traumatique, Morris s’est dit « satisfait qu’une enquête soit nécessaire » sur ce qu’il a qualifié de « mort tragique » de Nobby Stiles. L’audience d’enquête complète est programmée pour mercredi, au même tribunal.

Une famille en première ligne du combat

La disparition de Stiles ne se limite pas au deuil d’une légende. Sa famille est devenue l’un des visages d’un mouvement qui exige du football qu’il assume ses responsabilités envers ceux qui ont construit son histoire.

John Stiles, son fils, dirige le groupe Football Families for Justice (FFJ), qui presse les instances du jeu de mieux soutenir les anciens joueurs touchés par des pathologies cérébrales ou cognitives qu’ils attribuent à leur carrière.

Il fait partie de dizaines d’anciens footballeurs et de familles qui poursuivent en justice The Football Association, The Football Association of Wales et l’English Football League. Leur accusation est lourde : négligence et manquement à leur devoir de protection envers ces joueurs.

Les avocats des plaignants soutiennent que les instances savaient, ou auraient dû savoir, que le fait de répéter les coups de tête à l’entraînement et en match exposait les joueurs à un risque élevé de lésions cérébrales, et que ces risques étaient connus depuis des décennies.

Un football qui se défend… et se divise

Face à cette offensive judiciaire et médiatique, les autorités du jeu resserrent leurs rangs. En mars, les avocats de The Football Association ont affirmé devant la High Court qu’« la science n’a pas établi » qu’un ballon frappé de la tête, ni des commotions « occasionnelles », conduisent à des dommages cérébraux permanents.

Deux visions s’opposent donc frontalement : d’un côté, les familles qui brandissent les diagnostics post-mortem, les dégradations cognitives et les trajectoires tragiques de joueurs autrefois adulés ; de l’autre, des institutions qui contestent le lien de causalité direct et demandent davantage de preuves scientifiques.

L’enquête sur la mort de Nobby Stiles s’inscrit dans ce bras de fer. Chaque nouvelle expertise, chaque audience, ajoute une pièce au puzzle, dans un dossier où l’émotion côtoie la rigueur médico-légale.

Un précédent : le cas Gordon McQueen

Le nom de Stiles vient rejoindre une liste qui s’allonge. En janvier, une enquête sur la mort de Gordon McQueen, ancien défenseur de l’Écosse, de Manchester United et de Leeds United, décédé à 70 ans, avait conclu que les coups de tête avaient « probablement » contribué à une lésion cérébrale qui a été un facteur dans son décès.

Ce constat a renforcé la pression sur les autorités, déjà interpellées par les cas d’autres anciens internationaux britanniques atteints de démence ou de pathologies similaires.

Désormais, c’est le héros moustachu de 1966, ce milieu défensif rugueux, né à Manchester en 1942, 28 fois sélectionné avec l’Angleterre et presque 400 fois sous le maillot de Man Utd, qui se retrouve au centre du débat.

Il y a dans cette affaire quelque chose de profondément symbolique : le football anglais doit répondre à une question simple et dérangeante. Le prix payé par ses héros pour soulever des trophées, pour défendre des couleurs, a-t-il été plus élevé qu’il n’a voulu l’admettre pendant des décennies ?