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Middlesbrough et Southampton : le Spygate et ses conséquences sur les barrages

Middlesbrough, Southampton et le Spygate qui paralyse tout un barrage

Sur Teesside, le temps s’étire. Le tableau d’affichage du Riverside est éteint depuis l’élimination face à Southampton, mais la saison de Middlesbrough n’est toujours pas officiellement terminée. Elle est suspendue à une salle d’audience de l’EFL, à un dossier, à un mot : Spygate.

Un match joué, un résultat acquis… et pourtant, personne ne sait encore qui affrontera Hull City à Wembley pour la finale des barrages du Championship. Ni même si la finale pourra vraiment se tenir ce week-end comme prévu.

Une finale annoncée… mais sous condition

Sur le papier, tout est clair. Southampton doit affronter Hull City au Wembley Stadium, samedi 23 mai, coup d’envoi à 16h30. Le club du sud a reçu une allocation de 35 984 places côté ouest de l’enceinte, et ses réseaux sociaux tournent à plein régime.

Les Saints ont ouvert la fenêtre de vente réservée à leurs membres, détaillant minutieusement le fonctionnement des créneaux de billetterie, les zones d’attente en ligne, et rappelant qu’avec près de 36 000 billets, tous les abonnés et au-delà devraient pouvoir trouver leur place. Une communication de club qui se prépare à une fête.

En face, silence radio. Depuis leur élimination en demi-finale, Middlesbrough n’a quasiment rien publié, hormis un communiqué sur la procédure Spygate. Deux clubs, deux ambiances. L’un regarde déjà vers l’arc de Wembley, l’autre vers un dossier disciplinaire.

L’EFL, elle, maintient officiellement le cap : l’instance « continue de planifier sur la base » d’une finale disputée comme prévu, samedi à 16h30. Mais dans les coulisses, tout le monde sait que la décision à venir peut encore tout bousculer.

L’accusation qui change tout

Le cœur de l’affaire est simple dans son principe, explosif dans ses conséquences : Southampton est accusé par l’EFL d’avoir espionné une séance d’entraînement de Middlesbrough avant leur demi-finale de barrages.

L’audience disciplinaire doit se tenir « au plus tard mardi 19 mai ». Le timing est vertigineux. À cinq jours d’une finale censée décider de l’ultime billet vers la Premier League, la compétition ne sait pas encore si l’un de ses finalistes sera autorisé à jouer.

Et si la sanction tombe, un autre problème se profile immédiatement : l’appel. Vu l’enjeu sportif et financier, il serait presque inévitable. De quoi faire planer le spectre d’une procédure qui déborderait largement le week-end, alors que Hull City, lui, se prépare comme si de rien n’était.

Les Tigers ont déjà vendu plus de 30 000 billets pour Wembley. L’EFL leur a même accordé une allocation supplémentaire de 2 000 places. Leur propriétaire, Acun Ilicali, a demandé à son vestiaire de ne penser qu’au terrain. Il parle d’une semaine « pleine de choses qui se passent en dehors du terrain », mais refuse de commenter le fond de l’affaire. Son message est clair : laisser les juristes s’écharper, les joueurs, eux, doivent rester droits dans leur ligne de course.

Middlesbrough entre colère froide et espoir ténu

À Middlesbrough, le sentiment est tout autre. La blessure sportive est encore fraîche : une élimination en prolongation à Southampton, un scénario cruel, et derrière, l’explosion du scandale.

Kim Hellberg, l’entraîneur, est déjà reparti au travail. Il a été aperçu en Suède ce week-end, en tribunes lors de Hammarby – Malmö. Hammarby, son ancien club, s’est imposé 4-1 avec un triplé de Nahir Besara. Une parenthèse scandinave pour un technicien qui, officiellement, prépare déjà la suite. Officieusement, tout le club attend de savoir si cette saison peut miraculeusement reprendre vie.

Le dossier soumis à l’EFL par Middlesbrough inclurait la conviction que d’autres clubs du Championship ont également été espionnés. Pourtant, plusieurs d’entre eux ne veulent pas entrer dans la bataille. L’un d’eux, cité par le Telegraph, résume l’état d’esprit général : « C’est fait, on ne peut pas s’en mêler, ça ne nous affectera plus maintenant. »

Sur Teesside, la base de supporters ne partage pas cette résignation. Des voix s’élèvent pour réclamer la sanction la plus lourde : l’exclusion pure et simple de Southampton des barrages. Des analyses juridiques, comme celle du cabinet Stewart, vont dans ce sens : si la règle 127.1 a été violée, expliquent-ils, il s’agirait d’un acte délibéré visant à obtenir un avantage sportif dans un match à élimination directe que Southampton a fini par gagner. Dans ce contexte, avancent-ils, la seule sanction sportive réellement efficace serait l’expulsion.

Le précédent de Swindon Town, exclu de l’EFL Trophy cette saison dans un autre dossier, est brandi comme exemple de ce que Middlesbrough pourrait légitimement attendre.

Des avis tranchés, des sanctions floues

Tout le monde, cependant, ne réclame pas la guillotine sportive. Kevin Phillips, ancien attaquant de Southampton et ex-joueur de Sunderland, juge que les Saints ne devraient pas être exclus des barrages. Pour lui, le fait que la demi-finale se soit jouée sur deux manches compte.

Il rappelle que lors du premier match, Middlesbrough aurait pu « tuer » la confrontation en première période s’il avait converti ses occasions, estimant que Southampton n’a manifestement pas tiré un avantage décisif de l’espionnage présumé. Sa solution : un lourd coup de bâton, mais pour la saison suivante, via une déduction de points ou une amende massive, plutôt qu’une exclusion immédiate.

Un autre spécialiste, l’ancien conseiller financier de Manchester City, Stefan Borson, imagine lui aussi un scénario où la sanction frappe le prochain exercice. Il évoque la possibilité d’un retrait d’environ six points si Southampton reste en EFL, assorti d’une amende comprise entre 500 000 et 1 million de livres. Et souligne un point clé : la Premier League ne serait pas obligée de suivre une éventuelle recommandation de l’EFL si les Saints venaient à monter.

À l’opposé du spectre, d’anciens joueurs de Middlesbrough ne cachent pas leur indignation. Tommy Smith parle d’« absolute disgrace », une « honte absolue » selon lui, rappelant les règles instaurées après l’affaire Marcelo Bielsa à Leeds en 2019, précisément pour empêcher ce type de dérive. Pour Smith, la sanction doit être « forte », sans ambiguïté, parce qu’« il n’y a tout simplement pas de place pour ça dans le football ».

Southampton fait comme si de rien n’était

Sur la côte sud, la tonalité est tout autre. Sportivement, Southampton vit comme une équipe en pleine confiance, lancée vers Wembley. Shea Charles, l’un des hommes du vestiaire, affiche un discours conquérant : le groupe se sent « tellement uni » qu’il a l’impression que « rien ne peut l’arrêter » en ce moment. Un dernier match à gagner, et la promesse d’un retour en Premier League.

Les réseaux sociaux du club déroulent l’attente classique d’une finale : annonces de billets, messages d’avant-match, communication calibrée. Pour l’instant, aucun signe d’inquiétude publique. Le club se comporte comme un finaliste, et tant que l’EFL n’a pas tranché, il en a le droit.

Entre marché des transferts et infirmerie, Boro vit en apnée

Pendant que les avocats travaillent, la vie de club continue tant bien que mal. Middlesbrough sait que le prochain mercato sera animé. Le milieu Hayden Hackney attire les convoitises. Des rapports indiquent que le club se prépare à réclamer environ 20 millions de livres pour son transfert. Nottingham Forest, Leeds et Crystal Palace seraient intéressés, alors que la situation d’Elliot Anderson pourrait aussi bouger cet été.

Autre coup dur pour Boro : l’attaquant Tommy Conway ne jouera plus cette saison. Blessé à la cheville lors de la demi-finale à Southampton, il a quitté la pelouse en larmes. Son diagnostic est tombé : opération nécessaire, forfait pour une éventuelle finale… et pour la Coupe du monde à venir. Même si l’EFL redonnait à Middlesbrough une chance de rejouer sa saison, il manquerait déjà une arme offensive.

Une saison en équilibre instable

Au bout du compte, la situation tient en une phrase : à l’heure actuelle, Southampton doit affronter Hull City ce week-end à Wembley. Mais personne ne peut jurer que ce sera encore le cas à la fin de la semaine.

Les charges visant les Saints doivent être examinées au plus tard mardi. Personne ne sait combien de temps durera la procédure, ni si un appel repoussera la décision finale. Pendant ce temps, Hull s’entraîne, Middlesbrough se prépare sans savoir pour quoi, et des dizaines de milliers de supporters organisent voyages et hébergements sans certitude absolue sur l’affiche qu’ils verront.

Le Championship a toujours revendiqué sa sauvagerie, son imprévisibilité, ses scénarios à rebondissements. Cette fois, le dernier chapitre de la saison se joue autant dans un tribunal sportif que sur la pelouse de Wembley.

La question n’est plus seulement de savoir qui montera. Elle est de savoir jusqu’où le football anglais est prêt à aller pour protéger l’intégrité de sa compétition.

Middlesbrough et Southampton : le Spygate et ses conséquences sur les barrages