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Michael Kayode : le nouveau visage du football italien

À Bursa, le soir de sa première sélection, Michael Kayode aurait accepté n’importe quoi. Même une entrée à la 89e minute, juste pour sentir le maillot azzurro sur ses épaules. À la place, Roberto Mancini lui a offert bien plus : une titularisation, la confiance totale et, au bout du chemin, un but contre la Turquie.

Pour un défenseur de 22 ans, c’est une entrée en scène qui marque une carrière.

« Le sélectionneur m’a montré une énorme confiance en me mettant titulaire contre la Turquie. Ensuite, tout s’est passé mieux que je ne l’aurais imaginé. C’est un match que je n’oublierai jamais. Représenter son pays, c’est la plus belle chose qui soit », a confié le joueur à Sky Sport Italia.

De la Fiorentina à Brentford, un pari gagnant

Kayode appartient à cette génération qui n’a pas peur de quitter la Serie A pour se construire ailleurs. En janvier 2025, il quitte la Fiorentina pour Brentford, d’abord en prêt. Le club londonien ne tarde pas à trancher : transfert définitif, 18 millions d’euros l’été suivant. Un investissement lourd pour un latéral encore en apprentissage, mais l’intuition se confirme.

Cette saison, il a déjà disputé huit matches toutes compétitions confondues, avec un but au passage. Surtout, Brentford s’est glissé à la 6e place de Premier League, à seulement trois points de Chelsea, installé en quatrième position. Une performance qui n’a rien d’anodin dans un championnat où les écarts se paient cash.

« Je pense que c’est un début fantastique », reconnaît le défenseur italien. Le mot n’est pas trop fort.

L’équipe a trouvé une continuité, un bloc solide, une identité claire. Kayode, lui, apporte énergie, projection et intensité dans son couloir.

L’héritage de Thomas Frank, la continuité d’Andrews

Lorsque Kayode débarque à Londres, il tombe sur un environnement stable. Thomas Frank dirige alors Brentford, avec dans son staff Keith Andrews, responsable des coups de pied arrêtés et des routines. Une structure précise, exigeante, qui lui permet de s’adapter vite.

« J’ai eu la chance de travailler avec Thomas Frank pendant six mois à mon arrivée, et Andrews faisait partie de son staff. On le connaissait donc tous très bien », raconte-t-il.

Quand Andrews prend ensuite les rênes en tant qu’entraîneur principal, le vestiaire ne vacille pas. Pas de rupture, pas de révolution. Juste une continuité assumée.

« Quand il a été promu, on était tous ravis, et la transition a été très simple pour tout le monde au club. Évidemment, on ne s’attendait pas à faire une saison de championnat aussi fantastique l’an dernier. C’est dommage, on rate l’Europe d’un point. Mais on a commencé cette saison de manière brillante, on s’installe, et je pense qu’on peut faire de grandes choses. »

Une phrase qui en dit long sur l’ambition du groupe. Brentford n’est plus seulement une belle histoire, c’est une équipe qui commence à regarder le haut de tableau sans baisser les yeux.

La cicatrice Juventus, le refus d’abandonner

Avant les stades anglais, avant les hymnes nationaux, il y a eu une porte qui se referme. Kayode a passé une partie de son enfance dans l’académie de la Juventus. Puis la décision tombe : le club le libère. Pour beaucoup, c’est une claque dont on ne se relève pas facilement.

Lui encaisse, mais ne plie pas.

« C’était dur, bien sûr, vraiment dur. Mais arrêter ? Non, jamais », insiste-t-il. Il n’a alors que 14 ans. « Ce serait devenu fou d’arrêter à cet âge-là. Mais évidemment, il y a eu des moments tristes, difficiles. »

Dans ces instants, il s’accroche à ce que ses parents lui ont transmis. Une philosophie simple, presque désarmante dans un milieu aussi impitoyable.

« Mes parents m’ont toujours appris que, quoi qu’il arrive, que ce soit quelque chose de terrible ou de merveilleux, il faut toujours sourire et rester positif dans la vie. »

On comprend mieux, dès lors, le ton posé, la lucidité, la façon dont il parle de sa carrière. Rien n’est acquis, rien n’est dramatique non plus. Juste une succession d’étapes à franchir.

La Serie A en toile de fond, sans club de cœur

Formé en Italie, lancé en Serie A par la Fiorentina en 2024, Kayode garde un lien fort avec le championnat italien. Mais pas question de se revendiquer tifoso d’un club en particulier.

« Je n’ai jamais supporté une équipe en particulier, je ne me suis jamais concentré sur une seule », explique-t-il. Ce qui l’a marqué, ce n’est pas une couleur, mais un niveau.

« La Serie A était à un niveau incroyable, surtout quand j’étais petit. Regarder Juve, Milan, Inter et Roma, c’était spectaculaire. »

Pour lui, ces affiches ont façonné le regard, pas l’allégeance. Il a grandi avec les grands rendez-vous, les rivalités, les soirées où l’on s’asseyait devant la télévision pour voir s’affronter les géants. Aujourd’hui, il fait partie de ceux qui nourrissent à leur tour l’imaginaire des plus jeunes.

Modèles de légende et regard sur la Premier League

Quand on lui demande avec quels joueurs il aurait rêvé de partager un vestiaire, Kayode ne cherche pas l’originalité, il va droit vers les monuments. « Ronaldo, le Fenomeno, Maradona et Maldini », cite-t-il. Trois icônes, trois manières différentes de dominer leur époque. L’explosivité et la puissance, le génie absolu, l’élégance défensive.

Sur son quotidien actuel en Premier League, il ne se cache pas non plus. Pour lui, le joueur le plus fort du championnat aujourd’hui porte le maillot de Manchester City : Erling Haaland. Une évidence pour beaucoup, un repère pour un défenseur qui doit, chaque week-end, se confronter au très haut niveau.

Kayode avance, sans fracas, mais avec une trajectoire nette. De la douleur d’un départ précoce de la Juventus à la lumière d’un but pour l’Italie, de la Fiorentina à Brentford, il s’est construit dans le travail et la persévérance.

L’Italie vient de découvrir un nouveau latéral. Brentford tient l’un de ses moteurs. Reste une question : jusqu’où ce sourire obstiné peut-il le mener, en club comme en sélection ?