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Matt Crocker quitte US Soccer à deux mois du Mondial 2026

À moins de deux mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 organisée à domicile, US Soccer perd son architecte sportif. Matt Crocker quitte son poste de directeur sportif, a annoncé la fédération mardi, pour rejoindre la fédération saoudienne de football dans un rôle similaire, comme l’a confirmé la presse américaine.

Un timing brutal. Et un vide à combler en urgence.

Un départ express, un organigramme éclaté

Pour gérer l’après-Crocker, US Soccer a choisi de morceler ses responsabilités. Le directeur des opérations Dan Helfrich, l’adjoint au sportif Oguchi Onyewu, la responsable du développement des sélections féminines de jeunes Tracey Kevins et « l’ensemble de l’équipe de direction sportive » se partageront ses attributions.

Le directeur général de US Soccer, JT Batson, a salué l’empreinte laissée par le Gallois : Crocker, dit-il, a accompagné des « étapes importantes » dans la structuration sportive de la fédération. Le message officiel insiste : la maison se veut « bien positionnée » pour prendre les décisions qui s’imposent à court, moyen et long terme.

Sur le papier, la continuité. Dans les faits, un départ majeur au moment le plus sensible du cycle.

De Southampton à US Soccer, un profil bâtisseur

Arrivé en 2023 pour succéder à Earnie Stewart, parti à PSV Eindhoven, Matt Crocker débarquait avec une réputation solide forgée en Angleterre. À Southampton comme directeur technique, puis au sein de la fédération anglaise entre 2013 et 2020, il s’était imposé comme un spécialiste du développement et de la modernisation des structures, chargé notamment de faire évoluer le style de jeu des Three Lions.

À US Soccer, son champ d’action était vaste : supervision de toutes les sélections, masculines et féminines, des A jusqu’aux équipes de jeunes. Mais c’est sur un point précis que son travail s’est retrouvé sous les projecteurs : le choix des sélectionneurs.

Berhalter, le pari réaffirmé… puis brisé

Son premier grand acte : remettre Gregg Berhalter à la tête de l’USMNT. Une décision hautement politique et sportive.

La fédération avait laissé filer le contrat de Berhalter, plongé dans une enquête interne après un feuilleton mêlant Gio Reyna, sa famille et de vieilles accusations de violences domestiques concernant le sélectionneur et sa future épouse. Officiellement, US Soccer a mené une recherche mondiale pour trouver un nouveau sélectionneur, s’appuyant sur des « analyses de données avancées », des « métriques sophistiquées » et des « méthodes de recrutement de pointe »… pour finalement revenir à Berhalter.

Le deuxième mandat du technicien a tourné court. Sortie dès la phase de groupes de la Copa América 2024, désillusion lourde pour une équipe censée monter en puissance avant « son » Mondial. Un échec qui a pesé sur le bilan de Crocker côté masculin.

Pochettino, la grande affiche à domicile

Le coup d’éclat, il est venu ensuite. Pour relancer l’USMNT, Crocker a convaincu Mauricio Pochettino de prendre les commandes fin 2024, avec un objectif clair : emmener les États-Unis vers leur meilleur résultat en Coupe du monde, alors que le pays co-organise l’édition 2026.

Le bilan brut du technicien argentin reste contrasté : 16 matchs, 10 victoires, un nul, 7 défaites. Les derniers signaux ne rassurent pas complètement, avec deux revers en mars lors de matches amicaux face à la Belgique et au Portugal. Rien de catastrophique, mais loin du rouleau compresseur attendu à domicile.

C’est dans ce contexte que Crocker s’éclipse. Pochettino reste en place, mais perd l’homme qui l’a choisi et qui portait la vision sportive globale.

Hayes, l’or olympique comme héritage majeur

Sur le versant féminin, le tableau est bien plus flatteur pour le Gallois. Fin 2023, il réussit un coup retentissant : débaucher Emma Hayes de Chelsea pour relancer une USWNT en plein doute après un Mondial 2023 raté et le départ de Vlatko Andonovski.

Le pari s’est transformé en or. Sous la direction de Hayes, les Américaines ont décroché le titre olympique en 2024, retrouvant leur statut de référence mondiale. La trajectoire vers la Coupe du monde 2027 au Brésil s’annonce solide, avec une équipe rajeunie mais déjà dominante.

Si Crocker laisse un chantier ouvert chez les hommes, il quitte une sélection féminine relancée, ambitieuse, et de nouveau crainte.

Un cycle inachevé

« Ce fut un privilège de faire partie de US Soccer durant une période aussi importante pour ce sport dans ce pays », a déclaré Crocker en guise d’adieu, en remerciant entraîneurs, joueuses, joueurs et personnels techniques et administratifs.

Il part avec ce sentiment paradoxal : avoir posé des bases, sans pouvoir aller au bout du cycle le plus crucial de tous, celui d’une Coupe du monde à domicile.

US Soccer assure que la structure tiendra. Les décisions, elles, ne peuvent plus attendre. Le Mondial approche, le regard du monde aussi. La fédération américaine saura-t-elle transformer ce départ de dernière minute en simple contretemps, ou en paiera-t-elle le prix sur son plus grand rendez-vous ?