Marco Materazzi : regrets et souvenirs de l'Inter
À Trente, sur la scène du Festival dello Sport, Marco Materazzi n’a pas cherché ses mots. L’ancien défenseur de l’Inter a livré un regard sans filtre sur le présent des Nerazzurri, sans oublier les fantômes glorieux de 2006 et 2010 qui accompagnent encore sa carrière.
On a laissé deux Scudetti sur la route
Pour Materazzi, l’Inter actuelle a tout pour dominer l’Italie… et aurait déjà dû le faire plus largement.
« Depuis quatre ou cinq ans je dis que l’Inter est la plus forte, et on a probablement laissé deux Scudetti sur la route », a-t-il lancé, cité par TuttoMercatoWeb. Une phrase qui claque, parce qu’elle vient d’un homme qui sait ce que signifie gagner au plus haut niveau.
Il en a profité pour défendre Cristian Chivu, longtemps regardé avec méfiance au moment de sa promotion.
« L’an dernier, beaucoup doutaient de Chivu. Je disais que le Mondial des clubs était une bonne chose, pour effacer tout de suite la finale de Champions League de la tête des joueurs. Cristian a bien fait, ça se voit dans l’embrassade avec les joueurs à la fin de la saison, on voit l’empathie et l’intelligence qu’il a eues. »
Le message est clair : dans le vestiaire, le lien entre l’entraîneur et son groupe compte autant que le tableau noir.
Une Inter renversante… mais trop friable
Ce qui l’inquiète davantage, c’est la manière dont l’Inter a commencé cette saison, contrainte de remonter deux buts de retard lors de trois matches de Serie A d’affilée. Une prouesse mentale, mais aussi un signal d’alarme.
« Ça montre à quel point nous sommes forts, mais il faut entrer sur le terrain concentrés à chaque fois. Quand tu te retrouves mené de deux buts et que tu reviens, ça s’est déjà produit deux fois. Mais ça suffit maintenant, espérons qu’on les gagne toutes et qu’on encaisse moins », a-t-il lâché en riant.
Derrière le sourire, un avertissement. Materazzi aime l’Inter qui mord, pas celle qui se met volontairement en difficulté avant de réagir.
Mourinho, la clarté brutale de l’année du triplé
Quand la conversation bascule sur la saison du triplé en 2010, son ton change. Il y a du respect, presque de la gratitude, pour José Mourinho. Pas pour les trophées, mais pour la franchise.
« Cette année-là, je savais que je n’étais pas titulaire. J’avais parlé avec Mourinho et il avait été clair. Quand quelqu’un fait ça dès le premier moment, il ne te ment pas et il n’y a pas de jeux. Je savais parfaitement quel était mon rôle : aider l’équipe à obtenir des résultats importants. »
Pas de faux-semblants, pas de promesses creuses. Juste un rôle assumé, au service d’un collectif qui allait marquer l’histoire.
Il raconte aussi une scène avant la finale de Champions League 2010 contre le Bayern Munich, au Santiago Bernabéu.
« Avant la finale, j’ai demandé à Mourinho : “Ils sont comment ?”, en parlant du Bayern. Et il m’a répondu : “Tranquille, on va gagner 2-0 et tu entreras.” »
La prophétie sera tenue au score, même si l’Italien ne précise pas le détail de son entrée en jeu. L’essentiel, pour lui, reste la certitude du coach, cette confiance froide qui a porté l’Inter jusqu’au sommet de l’Europe.
Berlin 2006 : battre les « extraterrestres »
Impossible de parler de Materazzi sans remonter à Berlin, à cette finale de Coupe du monde 2006 qui l’a marqué au fer rouge. Son égalisation, le coup de tête de Zinedine Zidane, la séance de tirs au but, l’Italie championne du monde.
Quand on lui demande de comparer cette nuit-là avec celle de Madrid 2010, il ne tombe pas dans l’auto-célébration. Au contraire, il s’incline presque devant l’adversaire.
« À la Coupe du monde 2006, nous avons affronté des extraterrestres, mais comme vous le savez bien, en football ce n’est pas toujours le plus fort qui gagne. »
La France de 2006, à ses yeux, restait la meilleure équipe sur le terrain ce soir-là. L’Italie a gagné, mais Materazzi n’oublie pas la qualité de ceux qu’il a fait tomber. Une façon de rappeler que le football ne se résume ni aux statistiques, ni aux palmarès.
Entre regrets de Scudetti envolés, admiration pour une Inter qu’il juge « la plus forte » depuis plusieurs saisons et souvenirs d’avoir battu des « aliens » à Berlin, Materazzi trace une ligne exigeante : cette Inter doit gagner, mais surtout apprendre à le faire sans se brûler. La question est simple : ce groupe saura-t-il enfin transformer cette puissance en domination implacable ?




