RDC Sport

Manchester City : Questions sur les accusations de tricherie

À Manchester City, les questions débordent. Elles viennent de partout, mais surtout d’un endroit précis : des tribunes, de ceux qui ont suivi le club de York à Istanbul, de Macclesfield aux nuits de Champions League. Les supporters, plus que quiconque en dehors de l’Etihad, ont droit à autre chose qu’un silence hautain autour des accusations de tricherie qui menacent de les renvoyer loin des projecteurs.

S’il faut un jour retourner sur des terrains anonymes, une bonne partie d’entre eux sera là, comme toujours. Les joueurs, eux, n’ont jamais signé pour ce genre de voyage retour. Répartis aux quatre coins du monde en ce moment pour la trêve internationale, ils doivent se demander très concrètement à quoi ils se sont engagés.

Quand tout ce beau monde se retrouvera à Manchester la semaine prochaine, le club ne pourra plus se contenter de slogans. Il faudra des réponses. De vraies. Pas celles, convenues, qui ont sans doute déjà été servies aux nouveaux venus et aux prolongés depuis un an et demi.

Car une chose paraît inévitable : ces dernières saisons, aucun des plus de trente joueurs arrivés depuis février 2023, ni aucun de ceux qui ont signé une prolongation, n’a pu ignorer le sujet. Impossible de poser le stylo sans, au moins une fois, lâcher un : « Et ces 115 charges, au juste… ? »

« Le club est innocent des accusations formulées par la Premier League et dispose d’un ensemble complet de preuves irréfutables à l’appui de chacune de ses positions. »

Problème : à l’intérieur du club, on savait déjà que cette version ne tenait plus vraiment debout. City aurait été informé du verdict de la commission indépendante « en juillet ». Autrement dit, au moment même où la machine à recruter tournait à plein régime.

Le 2 juillet, un accord est trouvé pour Elliot Anderson, officialisé après son retour de la Coupe du monde. Le 23 juillet, Manchester City annonce sa signature. Entre le 22 et le 28 juillet, le secrétariat du club enchaîne : prolongations de Phil Foden, Abdukodir Khusanov et Josko Gvardiol. Quatre signatures, quatre dossiers ficelés dans une semaine où, en coulisses, la tempête juridique ne faisait plus aucun doute.

Ces joueurs-là ont-ils été informés de ce que le club savait déjà ? Ont-ils signé en ayant une vision claire du contexte, ou seulement la version lisse d’un club se proclamant « innocent » contre tous ?

La liste ne s’arrête pas là. Ayyoub Bouaddi, Enzo Fernandez, Iliman Ndiaye, Allan, Geronimo Rulli arrivent à leur tour entre août et septembre. Dans le même laps de temps, Jeremy Doku prolonge. Cette fois, il ne s’agit plus d’un simple nuage à l’horizon. City connaît la gravité de la situation. Les dirigeants savent que leur « corps de preuves irréfutables » a déjà été jugé… réfutable.

Si ces joueurs – six, dix, peut-être davantage selon la date exacte de la notification – ont signé sans disposer du tableau complet qu’ils étaient en droit d’exiger, le problème dépasse largement le terrain disciplinaire. Il touche à la confiance, au contrat moral entre un club et ceux qu’il attire par son projet sportif.

Si, à l’inverse, City a tout exposé clairement, alors certains ont choisi de croire, coûte que coûte, à une version déjà en miettes. Car la commission n’a pas simplement rejeté les arguments du club. Elle les a démontés, pièce par pièce, jusqu’à qualifier de « sham » cette fameuse preuve prétendument imparable.

Pendant tout ce long feuilleton, City a joué la carte de la force. Ton offensif, certitudes affichées, posture d’institution intouchable. Une stratégie destinée à semer le doute chez tous ceux qui n’avaient pas accès au dossier, et à intimider le reste. L’assurance s’est transformée en arrogance. Aujourd’hui, elle ressemble surtout à une erreur de calcul monumentale.

La réalité est brutale : la commission a déjà réfuté ce que le club présentait comme incontestable. L’appel ne s’appuierait pas sur des éléments révolutionnaires, mais sur le même discours, répété plus fort, en espérant un dénouement différent. Une fuite en avant.

Pendant ce temps, dans les vestiaires, une autre logique se met en place. Elle est simple, crue, typiquement football : l’intérêt individuel finit toujours par reprendre le dessus. Ferran Soriano peut bien appeler au maintien du « business as usual », les dirigeants peuvent se retrancher derrière leurs avocats, ce sont Enzo Maresca et ses joueurs qui se retrouvent en première ligne, exposés, sommés d’incarner un club désormais décrit comme « tricheur » à chaque déplacement.

Les cadres, les recrues estivales, les jeunes prolongés : tous, ou presque, se retrouvent pris dans un scandale qu’ils n’ont pas fabriqué. Eux aussi sont des victimes collatérales de pratiques qu’ils n’ont ni pilotées ni validées. La « mentalité de siège » que les dirigeants tenteront sans doute d’instaurer peut souder un groupe pendant quelques semaines. Elle ne fera pas disparaître l’odeur persistante d’un dossier qui éclabousse tout le monde.

Pour les plus grandes stars, l’équation devient limpide. Comment continuer à associer son image à un club dont les méthodes ont été « complètement éviscérées » par une commission indépendante ? Comment défendre un blason qui, aux yeux du monde, a franchi la ligne rouge ? À un moment, la distance devient une nécessité, presque un réflexe de survie de carrière.

Cette affaire ridiculise aussi la Premier League, qui poursuit sa route comme si de rien n’était, avec un éléphant géant – et tricheur – planté au milieu de la pièce. Le championnat le plus riche, le plus regardé, continue d’empiler les affiches pendant qu’un de ses acteurs majeurs fait face à un catalogue d’accusations sans précédent.

Pour les supporters comme pour les joueurs, l’attente d’une vraie justice devient insupportable. Il faudra des sanctions, des conséquences claires, quelle qu’en soit la forme. Pas seulement pour solder un dossier, mais pour savoir, enfin, à quoi ressemble encore l’avenir sportif de Manchester City. Et qui, dans ce vestiaire, acceptera de le partager.