Liverpool : Salah et Slot face à un tournant crucial
À Anfield, un divorce de style avant la dernière danse de Salah
À la veille de Liverpool – Brentford, ultime rendez-vous d’une saison tourmentée, Anfield vit un drôle de paradoxe. Le club se bat encore pour valider son billet pour la prochaine Ligue des champions. Mais l’air est lourd, chargé de reproches, de nostalgie et d’une question simple : à quoi doit ressembler Liverpool, désormais ?
Slot veut tourner la page
Arne Slot ne se cache plus. Le technicien néerlandais sait que son Liverpool ne convainc ni les supporters, ni… lui-même.
« Nous devons trouver un moyen de faire évoluer l’équipe et de jouer un football qui me plaît, a-t-il lâché. Et si ça me plaît, les fans aimeront aussi, parce que je n’ai pas aimé beaucoup de choses dans notre jeu cette saison. »
Le message est clair : ce Liverpool-là est une transition, pas une destination. Slot parle d’évolution « maintenant, cet été et la saison prochaine ». Il ne réclame pas du temps pour constater, mais pour transformer.
Et au milieu de ce chantier, un monument s’apprête à quitter la scène.
Salah, dernier coup de griffe avant le départ
Mohamed Salah n’est pas du genre à dégainer souvent sur les réseaux sociaux. Quand il le fait, c’est pesé, réfléchi. Son message de la semaine a donc fait l’effet d’un séisme.
L’Égyptien, qui disputera son dernier match avec Liverpool dimanche, a parlé d’un club qui a « sombré » une fois de plus, après la défaite à Aston Villa. Il a rappelé le chemin parcouru, « de sceptiques à champions », et son rôle dans cette métamorphose. Puis il a planté le couteau là où ça fait mal : l’identité de jeu.
Salah veut revoir « une équipe offensive heavy metal que les adversaires craignent », un Liverpool qui « gagne des trophées », pas un club qui se contente de « gagner quelques matches par-ci par-là ». Pour lui, cette identité « ne peut pas être négociable » et « tous ceux qui rejoignent ce club doivent s’y adapter ».
Il ajoute que la qualification pour la prochaine Ligue des champions n’est que « le strict minimum » et promet de tout faire pour y parvenir avant de s’en aller.
Difficile de lire ça autrement que comme un verdict sévère sur le Liverpool version Slot, même si l’entraîneur refuse d’en faire une affaire personnelle.
Slot temporise, mais sait ce qui est en jeu
Interrogé sur ces déclarations, Arne Slot a choisi l’apaisement.
« Ce n’est pas si important ce que je ressens à ce sujet, a-t-il répondu. Ce qui compte, c’est que nous nous qualifiions pour la Ligue des champions dimanche, et que je prépare Mo et le reste de l’équipe de la meilleure manière possible. »
Il admet avoir été « très déçu » après la défaite contre Aston Villa, qui aurait pu sceller la qualification. Il sait que tout se joue maintenant, sur un dernier match « vital pour le club ».
Sur l’impact des mots de Salah dans le vestiaire, Slot se veut là encore mesuré : « Je ne sais pas si cela a eu un impact sur le groupe. Ce que j’ai vu, c’est une équipe qui s’est très bien entraînée cette semaine. Nous espérons continuer dans cette voie pour être vraiment prêts. »
Et il insiste sur un point : lui et Salah, malgré tout, tirent dans la même direction. « Nous voulons tous les deux le meilleur pour ce club. Nous avons contribué à offrir aux fans leur premier titre de champion depuis cinq ans. Nous sommes aussi conscients de cette saison. Ce que nous voulons, c’est que le club soit aussi performant que la saison dernière. Le match de dimanche peut nous donner une vraie base pour la saison prochaine. »
Un vestiaire qui écoute Salah
Si Salah ne sera pas là pour voir l’aboutissement de cette « évolution », son influence reste immense. Son message n’est pas isolé dans le vide numérique. Les réactions de certains coéquipiers – commentaires de joueurs comme Curtis Jones ou Hugo Ekitike, likes d’autres membres de l’effectif – montrent qu’il touche une corde sensible dans le groupe.
Ce n’est pas la première fois que l’attaquant égyptien s’exprime avec force. En décembre, après un match à Leeds, il avait déjà évoqué une relation abîmée avec Slot lors d’un passage en zone mixte. À l’époque, un communiqué plus cadré avait été envisagé. Il avait finalement choisi la spontanéité.
Cette fois, le ton est plus posé, plus construit. Mais le fond reste tranchant. Salah juge, sans détour, la direction prise par le club.
Rooney appelle à une sanction forte
Depuis l’extérieur, certains anciens adversaires n’ont pas hésité à en rajouter une couche. Wayne Rooney, sur son émission, a estimé que Salah ne devait même pas être présent pour ce dernier match.
L’ancien attaquant de Manchester United juge « triste » cette fin d’histoire, mais considère que l’Égyptien a « lancé une grenade » en disant ne plus croire en Slot et en exposant ses coéquipiers, ceux qui resteront, à cette pression supplémentaire.
Rooney va plus loin sur le terrain sportif : selon lui, Salah ne peut plus répondre aux exigences d’un football « heavy metal » à haute intensité, celui qu’il associe à Jürgen Klopp, et celui que Slot dit vouloir retrouver. Il compare la situation à sa propre mise à l’écart par Alex Ferguson pour son dernier match à Old Trafford après un désaccord.
Un parallèle brutal, mais révélateur de la façon dont ce bras de fer est perçu au-delà de Liverpool.
D’Anfield en fête à Anfield sous tension
Il y a un an presque jour pour jour, Anfield se préparait à vivre l’une des après-midis les plus attendues de son histoire : le sacre en Premier League devant son public. Douze mois plus tard, le décor n’a plus rien à voir.
Liverpool sort d’une saison « cauchemardesque » sur le plan des résultats : vingt défaites toutes compétitions confondues. La place en Ligue des champions n’est toujours pas mathématiquement assurée. Le jeu, souvent apathique, a provoqué des sifflets et une colère grandissante dans les tribunes ces dernières semaines.
Slot, lui, assure avoir « toutes les raisons de croire » qu’il sera encore sur le banc la saison prochaine, malgré la grogne. Il répète qu’il peut « renverser la situation ». Mais il sait que tout ce qu’il dira passera désormais à travers le prisme des mots de Salah.
Car au-delà des chiffres, c’est une bataille d’identité qui se joue. Quel Liverpool les supporters veulent-ils revoir ? Celui qui étouffait les adversaires dans le vacarme d’Anfield, ou une version plus prudente, plus contrôlée, mais moins vibrante ?
Dimanche, contre Brentford, le club jouera bien plus qu’un simple ticket pour la Ligue des champions. Il dira au revoir à l’un de ses plus grands joueurs modernes. Et il donnera un premier indice sur la réponse à cette question : l’ère Slot sera-t-elle capable de faire à nouveau trembler l’Angleterre au son de ce fameux « heavy metal » que réclame, une dernière fois, Mohamed Salah ?




