Kaan Ayhan offre la victoire à la Turquie contre les États-Unis
Kaan Ayhan punit les États-Unis au bout du temps additionnel
La révolution Mauricio Pochettino avait jusque-là un parfum d’évidence. En dix-huit mois à la tête de la sélection américaine, l’Argentin a bousculé les codes, trituré les systèmes, brassé son groupe et répété à ses joueurs qu’un long parcours en Coupe du monde n’était pas un rêve, mais une exigence. Jeudi, son goût du risque a fini par lui exploser au visage.
Au bout d’un temps additionnel étouffant, Kaan Ayhan a offert à la Turquie une victoire 3-2 sur la dernière action de son tournoi, mettant fin à l’invincibilité américaine et jetant un froid sur la fin de phase de groupes.
Pochettino fait tourner… et paye la note
Qualifiés avant même de jouer, les États-Unis avaient verrouillé leur billet pour les huitièmes. Pochettino en a profité pour aller au bout de sa logique : neuf changements dans le onze de départ, banc entièrement vidé, et au final 21 joueurs alignés d’entrée sur les trois matches de poule. Un record pour un sélectionneur américain en Coupe du monde, symbolisé par l’entrée d’Alejandro Zendejas à la 76e minute, 23e joueur utilisé dans le tournoi.
Cette fois, le pari n’a pas payé. La Turquie, déjà éliminée, a saisi sa dernière chance pour arracher son unique succès de la compétition sur sa dernière touche de balle.
La question brûle les lèvres : ce revers va-t-il casser l’élan né des démonstrations face au Paraguay et à l’Australie ? Réponse mercredi, à Santa Clara, face à la Bosnie-Herzégovine, troisième du groupe B, pour le premier match à élimination directe. Pochettino, lui, refuse d’y voir un coup d’arrêt.
« L’objectif était de finir premiers et nous sommes premiers », a-t-il rappelé. « Maintenant, c’est la phase suivante et ça va être une finale. Et nous sommes prêts. Nous sommes bien meilleurs qu’avant ce match parce que nous avons désormais des joueurs avec 90 minutes dans les jambes, prêts à aider dès le coup d’envoi ou en sortie de banc. C’est entièrement positif. Je suis très positif et heureux. »
Trusty frappe d’entrée, Guler réplique
Pendant un quart d’heure, Pochettino a effectivement eu l’air d’un visionnaire. Surprise du onze, Auston Trusty a ouvert le score après moins de trois minutes. Sur un corner tiré par Sebastian Berhalter, lui aussi titulaire pour sa première Coupe du monde, le défenseur contrôle au second poteau et déclenche un gauche sec depuis l’angle des six mètres. Ugurcan Cakir est battu au premier poteau. Deuxième but le plus rapide de l’histoire américaine en Coupe du monde. La soirée semble lancée.
Mais la Turquie refuse le rôle de figurante. À la 10e minute, Arda Guler, milieu du Real Madrid, se faufile dans le dos de Mark McKenzie, se présente sur une passe de Kenan Yildiz au point de penalty et lobe Matt Turner d’un subtil pied gauche. Premier tir cadré concédé par les États-Unis dans ce tournoi, premier but encaissé. Le décor change brutalement.
La bascule se confirme à la 31e minute. Eren Elmali déborde et centre fort devant le but. Orkun Kokcu coupe au premier poteau et détourne dans les filets. Pour la première fois de leur Coupe du monde, les Américains se retrouvent menés.
Turner n’a vu passer que deux tirs. Les deux ont fini au fond.
Berhalter se révèle, mais la Turquie ne lâche rien
Au retour des vestiaires, les États-Unis se réorganisent, remontent d’un cran, s’installent dans le camp turc. La pression finit par faire craquer la défense sur un nouveau coup de pied arrêté. Un ballon mal dégagé retombe plein axe, à l’entrée de la surface. Sebastian Berhalter, encore lui, surgit, contrôle sa gestuelle et fouette du droit, à ras de terre, juste à l’intérieur du poteau proche. 2-2, quatre minutes après la reprise.
« Le ballon est sorti, je savais que si je restais calme et que je faisais le bon geste, j’avais une chance », a expliqué le milieu. « On s’entraîne souvent dans ces situations, voir ce ballon entrer, c’était incroyable. »
Pour sa première titularisation en Coupe du monde, Berhalter signe un but et une passe décisive. Au-delà du résultat, c’est un capital confiance énorme pour un joueur qui découvre la scène mondiale.
Il sait aussi ce que ce match représente pour le groupe : « On sait que tout le monde est prêt à prendre ses responsabilités à tout moment. Je pense que vous l’avez vu aujourd’hui. On a laissé filer certains moments, mais les performances globales étaient bonnes. C’est le rêve de tous les gamins aux États-Unis de jouer une Coupe du monde à domicile, et une Coupe du monde tout court. Certains ont fait leurs débuts aujourd’hui, félicitations à eux. C’est pour ça que tout le monde travaille. »
Pulisic rallume la flamme, Ayhan éteint la lumière
À 2-2, la dynamique semble américaine. Et Pochettino décide de lâcher son arme principale. Christian Pulisic, ménagé depuis une blessure au mollet gauche et absent depuis la première mi-temps du match d’ouverture, entre à l’heure de jeu.
Immédiatement, le capitaine change le ton. Trois fois, il déborde côté gauche, accélère, provoque, crée le danger. Les États-Unis se ruent vers la victoire. Il ne manque que la précision dans le dernier geste.
Ce manque va coûter cher.
Alors que le match glisse vers un nul logique, la Turquie obtient une dernière situation confuse devant le but de Turner. Dans la mêlée, Kaan Ayhan se retrouve entouré de trois défenseurs américains. Il parvient malgré tout à pousser le ballon au fond. 3-2. Coup de massue.
Sur la touche, le banc turc explose. Éliminée, la sélection, qui dispute sa première Coupe du monde depuis 2002, vient d’arracher un succès de prestige au terme d’un match rugueux, parfois haché, disputé les crampons en avant.
Brenden Aaronson, lui, refuse de céder au doute : « On peut toujours utiliser ça comme carburant, ce but encaissé à la dernière minute. C’est dur. On voulait finir la phase de groupes sans défaite. Mais ça reste une phase de groupes fantastique. Pas d’inquiétude. On va passer au prochain match et être prêts pour la Bosnie. »
Une claque utile avant les matches à vie ou à mort ?
Les chiffres restent implacables : deux victoires, une défaite, première place du groupe, effectif largement utilisé, cadres reposés, joueurs de rotation responsabilisés. Pochettino a tenu sa ligne jusqu’au bout, quitte à perdre son invincibilité.
Reste à savoir ce que cette soirée laissera dans les têtes. Un accroc sans lendemain ou un avertissement salutaire avant d’entrer dans la zone où la moindre erreur renvoie à la maison ?
La réponse arrivera très vite, face à la Bosnie-Herzégovine, dans un match qui, cette fois, ne laissera aucune marge à l’expérimentation.



