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Jamie Vardy : de l’usine à la gloire en Serie A

Jamie Vardy n’a jamais été du genre à enjoliver les choses. Dans le documentaire Netflix Untold: Jamie Vardy, l’ancien attaquant de l’équipe d’Angleterre, aujourd’hui à l’US Cremonese, déroule son histoire à contre-courant des récits bien lissés. Ascension fulgurante, nuits noyées dans l’alcool, amour inattendu, fracture familiale : tout y passe. Sans filtre.

Et au cœur de ce récit, un nom revient sans cesse : Rebekah.

Des béquilles à la Premier League

Avant de faire exploser les défenses de Premier League, Vardy fabriquait des béquilles et des déambulateurs dans une usine, tout en vivant encore chez ses parents à Sheffield. Il jouait alors pour Stocksbridge Park Steels, en semi-pro, après avoir été lâché par son club de cœur, Sheffield Wednesday.

Ses week-ends ? Un enchaînement de beuveries avec son groupe de potes, « The Inbetweeners ». Ils l’avaient surnommé « Sicknote » parce qu’il savait comme personne se faire porter pâle le lundi. La routine était simple : football, alcool, sorties. Et recommencer.

Jusqu’à la nuit où tout bascule.

Lors d’une de ces virées, Vardy se bat pour défendre un ami sourd moqué par un autre fêtard. L’incident finit au tribunal. Condamné pour agression, il porte un bracelet électronique pendant six mois, soumis à un couvre-feu. Un tournant brutal.

« L’état d’esprit après ça, c’était : ‘Ne sois plus un con et ne recommence pas’ », confie-t-il dans le film.

Il grimpe ensuite les divisions à la force du crampon : Halifax Town en Northern Premier League, puis Fleetwood Town en Conference Premier. Leicester City finit par lâcher 1 million de livres pour l’arracher au non-league, un record pour un joueur issu de ces divisions. Le pari semble énorme. L’histoire montrera qu’il était encore en dessous de la vérité.

Une rencontre au goût de champagne renversé

C’est peu après son arrivée à Leicester, alors qu’il doute et se cache derrière l’alcool, que Vardy croise la route de celle qui va bouleverser sa vie.

Rebekah travaille dans une boîte de nuit à Sheffield. Elle sort d’une relation compliquée, élève seule son fils et se voit confier l’organisation d’un anniversaire mystérieux. Le client ? Jamie Vardy. Elle n’est pas impressionnée. Elle ne sait même pas qui il est. Et l’idée de fréquenter un footballeur la rebute.

Le soir venu, Vardy débarque ivre mort, soutenu par deux amis. Sur la piste, ses potes arrosent le public au champagne, ambiance hooligan chic. Rebekah fulmine. Pour elle, ce groupe est « ingérable », presque une caricature de mauvais garçons.

« Ça ressemble à mes potes », lâche Jamie, mi-amusé, mi-fataliste, dans le documentaire.

Il finit la soirée porté hors du club. Elle souffle, soulagée de le voir disparaître. Puis son téléphone vibre. Un message de Jamie : il veut la revoir. Elle supprime. Il insiste. Encore. Et encore.

Elle finit par céder. « Tant pis, va le voir, et ce sera terminé », se dit-elle. Sauf que rien ne se termine. Elle découvre un autre homme derrière le fêtard. Un type qui écoute, qui parle vrai, qui ne joue pas un rôle. Ils enchaînent les rendez-vous. Rapidement, elle tombe enceinte. Surprise pour les deux. Ils décident de garder le bébé et de construire quelque chose ensemble. Ils auront ensuite deux autres enfants.

C’est à ce moment-là que Rebekah décide de casser l’image du « party boy ».

« Tu vas tout gâcher »

Un épisode marque la rupture. La veille d’une échographie, Jamie disparaît. Rebekah le retrouve dans un bar, en train de boire avec ses amis. Elle explose.

« Toi, moi, conversation, maintenant », lui lance-t-elle.

Face à elle, Vardy se livre. Il parle pression, transfert à 1 million, peur de ne pas être à la hauteur, sentiment d’imposture. Il traîne encore les cicatrices des rejets passés, de ces années à entendre qu’il n’était « pas assez bon ».

Elle ne le ménage pas. Elle lui rappelle qu’il a une chance unique, qu’il est en train de saboter tout ce qu’il a construit. Pas question de le transformer en moine, mais il doit se calmer, choisir. Football ou autodestruction.

Pour Vardy, ce discours agit comme une gifle salutaire. « Elle disait vrai, il fallait que ça s’arrête. J’avais besoin de l’entendre », admet-il. Il change. Vite. Ses coéquipiers le voient. Wes Morgan résume la métamorphose : « Jamie avant et après Becky, ce sont deux personnes différentes. La stabilité et le calme dans sa vie se voyaient sur le terrain. »

De la survie à l’exploit

Libéré, plus structuré, Vardy retrouve le feu qui l’avait rendu incontournable en non-league. Leicester remonte en Premier League lors de la saison 2013-2014. La suivante, le club se sauve miraculeusement de la relégation sous les ordres de Nigel Pearson, idole d’enfance de Vardy à l’époque où il suivait Sheffield Wednesday.

L’été qui suit, il découvre l’équipe d’Angleterre. Mais le vrai séisme arrive en 2015-2016. Sous Claudio Ranieri, Leicester renverse l’ordre établi et décroche le titre le plus improbable de l’histoire moderne du football anglais. Vardy enchaîne 11 matches de rang en marquant, record à la clé. Les bookmakers avaient coté Leicester champion à 5 000 contre 1. Le conte de fées devient un fait.

Plus tard, Vardy ajoute une FA Cup à son palmarès. Il franchit la barre des 100 buts en Premier League, tous marqués après ses 30 ans, et décroche le Golden Boot en tant que meilleur buteur du championnat, le plus âgé à y parvenir.

Il résume avec une lucidité presque amusée : « Le principal, c’est que personne ne peut nous l’enlever. Ça s’est produit. Est-ce que ça aurait dû arriver ? Probablement pas. Mais c’est arrivé. Je ne suis pas normal. C’est bien d’être différent. Si tous les footballeurs se ressemblaient, ce serait un tapis roulant de robots. »

Les Vardy sous les projecteurs

Le couple n’a pas fini d’exposer son intimité. Après Netflix, une autre caméra s’invite dans leur quotidien. The Vardys, sur ITV1, suit la famille dans sa nouvelle vie en Lombardie, au bord du lac de Garde, après la signature de Jamie à l’US Cremonese.

Cette série doit aussi donner la parole à Rebekah sur l’affaire qui a enflammé la presse britannique : le clash « Wagatha » avec Coleen Rooney. Rebekah a perdu son procès en diffamation en 2022, accusée d’avoir livré des histoires à la presse. Depuis, les deux clans restent opposés, en attendant que les Rooney dévoilent à leur tour leur propre documentaire.

Mais derrière les caméras, un autre sujet, bien plus intime, hante encore Jamie Vardy : son père biologique.

Un secret de famille qui ne passe pas

Dans Untold, Vardy révèle être toujours brouillé avec ses parents à cause du silence entourant l’identité de son vrai père. Il explique avoir longtemps entendu des rumeurs, des gens lui assurant connaître son géniteur, venus de milieux sans lien avec le sien. Il refusait d’y prêter attention.

Puis un média dévoile le nom : Richard Gill, ouvrier. Le choc. Vardy confronte sa mère, Lisa. Il lui reproche de ne jamais lui avoir dit la vérité. Il ne parle plus ni à elle ni à son beau-père Phil, qui l’a élevé et dont il porte le nom.

Il tranche : il n’a jamais entendu cette vérité de leur bouche, ils n’ont pas vu ses enfants, et il a décidé de couper. Pour lui, l’essentiel désormais, c’est son foyer : sa femme, ses enfants, leur bonheur.

Quant à la famille de son père biologique, elle a tenté d’entrer en contact en envoyant des lettres au club, se présentant comme sa tante et lui proposant de parler. Vardy refuse. « Pas pour moi », tranche-t-il.

L’homme qui se définissait lui-même d’un seul mot – « twat » – au début du documentaire apparaît à la fin comme un survivant. D’un football qui ne voulait pas de lui, d’une jeunesse prête à le dévorer, d’une histoire familiale fracturée. Sa carrière, elle, est gravée. Le reste, il le gère à sa manière : frontal, imparfait, mais sans jamais baisser les yeux.

Jamie Vardy : de l’usine à la gloire en Serie A