RDC Sport

L'impact du Mondial sur l'Afrique du Sud

L’Afrique du Sud quitte la Coupe du monde sur un coup de poignard, un 1-0 contre le Canada en huitièmes de finale. Silence lourd, regrets immenses. Mais cette fois, l’histoire ne s’arrête pas à l’élimination.

Seize ans après leur dernière apparition, les Bafana reviennent sur la scène mondiale, atteignent pour la première fois les matches à élimination directe et laissent derrière eux autre chose qu’un simple parfum de nostalgie. Ils laissent une base. Une colonne vertébrale. Et l’idée tenace que ce Mondial pourrait bien être un point de départ plutôt qu’un chant du cygne.

Mbokazi – Okon, une charnière pour une décennie

S’il y a un secteur où l’Afrique du Sud peut dormir tranquille, c’est bien en défense centrale.

Au Qatar, la paire Mbokazi – Okon a pris le Mondial à bras-le-corps. Titulaires, solides, constants, ils ont fait plus que tenir le choc : Mbokazi s’est imposé comme l’un des meilleurs défenseurs centraux du tournoi, dans le registre des joueurs qui ne font pas de bruit mais éteignent tout.

Qu’Hugo Broos reste ou parte, le sélectionneur suivant sait déjà qu’il aura là un socle. Et derrière, la file d’attente est déjà formée : Olwethu Makhanya, Khulumani Ndamane, Tylon Smith, Malibongwe Khoza, Aden McCarthy… Une génération entière frappe à la porte, prête à remplacer ponctuellement ou durablement l’un des deux titulaires si besoin.

Pour une sélection longtemps en quête de stabilité derrière, c’est un luxe rare : la charnière centrale n’est plus une question. C’est une certitude.

Mofokeng, l’atout qui peut tout changer d’ici 2030

Relebohile Mofokeng a vécu un Mondial paradoxal. Le public le réclamait, le sélectionneur, lui, l’a utilisé avec parcimonie. Beaucoup de supporters n’ont pas compris cette retenue.

Mais Mofokeng n’a que 21 ans. Et lorsqu’il a enfin eu sa chance, notamment lors de la victoire 1-0 contre la Corée du Sud, il a rappelé pourquoi une partie du pays voit en lui un futur leader offensif. Son match a montré un joueur capable de dialoguer avec les meilleurs, de tenir le rythme, de créer des différences dans les petits espaces.

Si sa progression suit la trajectoire annoncée, le Bafana qui dirigera la sélection en 2030 disposera d’un joueur mûr, aguerri, capable de faire basculer un match sur un éclair.

Un transfert annoncé vers le Royale Union Saint-Gilloise, en Belgique, pourrait servir de tremplin. Un championnat exigeant, une exposition européenne, un environnement qui pousse à l’exigence quotidienne. Pour Mofokeng, c’est la rampe de lancement idéale. Pour l’Afrique du Sud, c’est peut-être la naissance d’un futur visage de la sélection.

Williams, Mokoena et les autres prouvent que la PSL peut produire des joueurs mondiaux

Ce Mondial n’a pas seulement mis en lumière des talents. Il a aussi envoyé un message clair sur la Premier Soccer League sud-africaine.

Teboho Mokoena (Mamelodi Sundowns) a tenu le milieu avec autorité. Thalente Mbatha (Orlando Pirates) a apporté volume et personnalité. Sur les côtés, Khuliso Mudau et Aubrey Modiba, tous deux des Sundowns, ont multiplié les courses, les duels gagnés, les interventions décisives.

Et derrière eux, un capitaine : Ronwen Williams. Gardien et patron. À plusieurs reprises, il a maintenu les Bafana en vie, rappelant au monde qu’on peut atteindre une notoriété internationale sans jamais quitter son championnat domestique, de SuperSport United à Mamelodi Sundowns.

Le message est limpide : partir à l’étranger peut aider, mais ce n’est pas une obligation pour exister au haut niveau. La PSL, malgré ses limites, produit des joueurs capables de rivaliser sur la plus grande scène. Pour les jeunes Sud-Africains, c’est une validation. Pour les dirigeants, une responsabilité : protéger, structurer, élever encore ce championnat.

Maseko, du doute à la délivrance d’un pays

Thapelo Maseko incarne à lui seul une autre histoire de ce Mondial. Une histoire de chute, de doute, puis de renaissance.

À 20 ans, il marque son premier but avec les Bafana lors de la CAN 2023, disputée début 2024. Hugo Broos l’apprécie, le public aussi. On pense alors assister à l’éclosion linéaire d’un jeune talent.

La réalité le rattrape. Son transfert de SuperSport United à Mamelodi Sundowns tourne au casse-tête. Avec Miguel Cardoso arrivé sur le banc en décembre 2024, Maseko disparaît peu à peu des plans. Relégué en réserve, il glisse dans l’ombre. En août 2025, il confie sur les réseaux sociaux avoir perdu l’amour du football.

Cinq mois plus tard, en janvier 2026, il est prêté à AEL Limassol, à Chypre. Un pari, presque un exil. Là-bas, il retrouve du temps de jeu, des sensations, le plaisir simple de jouer. En mars, il revient en sélection. Et en juin, il inscrit l’un des buts les plus importants de l’histoire du football sud-africain : celui qui offre la victoire contre la Corée du Sud et qualifie, pour la première fois, les Bafana pour les phases à élimination directe d’une Coupe du monde.

Son but n’a pas seulement libéré un vestiaire. Il a redonné au pays une histoire dans laquelle se reconnaître : celle d’un joueur qui tombe, doute, mais se relève et finit par offrir un moment d’éternité.

Le Mondial, bouée de sauvetage pour une SAFA au bord du gouffre

En coulisses, la Fédération sud-africaine (SAFA) arrivait au Mondial en situation précaire. Retards de paiement après le CHAN, dépenses supérieures aux revenus, comptes fragilisés : la maison tenait, mais sur des fondations fissurées.

La Coupe du monde a changé l’équation. La simple participation à la phase de groupes garantissait au moins 9 millions de dollars de primes, hors indemnités de préparation. La qualification pour les huitièmes a ajouté 2 millions supplémentaires. Total : 11 millions de dollars. Un bol d’air.

Ce n’est pas une gomme magique qui efface les erreurs passées, mais c’est un coussin de sécurité. Les chances de décrocher de nouveaux sponsors augmentent nettement après un tel parcours. Les Bafana ont offert bien plus qu’un frisson sportif : ils ont rendu la fédération plus présentable, plus crédible, plus vendable.

À présent, la vraie question se pose : que va faire la SAFA de cette respiration financière ? Rester en mode survie, colmater les brèches, ou enfin planifier, structurer, investir dans la formation, les infrastructures, les staffs, pour aligner le futur sur le potentiel que ce Mondial a révélé ?

L’Afrique du Sud quitte la Coupe du monde avec des regrets, oui. Mais elle repart avec une défense déjà prête pour le prochain cycle, un Mofokeng à polir, un Maseko ressuscité, une génération locale qui prouve que le pays peut produire des joueurs de niveau mondial, et une fédération qui n’a plus l’excuse de la pénurie.

La page 2026 est tournée. Reste à savoir si 2030 sera un chapitre isolé… ou le début de la plus belle ère du football sud-africain.

L'impact du Mondial sur l'Afrique du Sud