Harwood-Bellis et Southampton : rêve de FA Cup et montée
Southampton arrive à Wembley avec une double obsession en tête : bousculer Manchester City et continuer à tracer sa route vers la Premier League. Entre les deux, un fil rouge : Taylor Harwood-Bellis, défenseur en pleine ascension, ancien de l’académie de City… et futur gendre de Roy Keane.
L’histoire est belle, presque trop. Keane, capitaine emblématique de Manchester United, habitué à l’ancienne version de Wembley et aux rendez-vous pour les titres, va suivre avec attention ce qui se passe dans le nord de Londres. Pas seulement parce que City est sur la pelouse. Mais parce que le numéro de Southampton qui va tenter de contenir Erling Haaland partage désormais sa vie avec sa fille, Leah.
Keane dans l’ombre, Harwood-Bellis en première ligne
Pour les supporters des Saints, prêts à déferler vers Wembley – certains à bord du “Midnite Express”, mis en place avec le partenaire officiel du club pour la tenue d’entraînement – tout soutien est bon à prendre face à un candidat au titre en Premier League. Et quand ce soutien s’appelle Roy Keane, le symbole prend du poids.
Shane Long, ancien attaquant de Southampton et ex-international irlandais, connaît bien le personnage. Il résume, sans détour, ce que peut représenter Keane pour Harwood-Bellis. « C’était tellement naturel pour Roy, la façon dont il jouait au football. Je me souviens de lui avec l’Irlande, il nous montrait comment passer le ballon et ne comprenait pas qu’on ne puisse pas faire ce qu’il faisait. » Long ne s’emballe pas, mais il sait une chose : « Il sera honnête avec lui, ça c’est sûr, et lui dira les choses telles qu’elles sont. »
Harwood-Bellis, lui, n’a rien eu de donné. Formé à City, longtemps considéré comme un espoir, il a dû partir en prêt à Burnley pour vraiment se montrer, avant de rejoindre Southampton. Long insiste sur ce chemin sinueux : « Il a vraiment dû aller au bout de lui-même pour montrer ce qu’il sait faire. Il a eu son but avec l’Angleterre et l’avenir semble prometteur pour lui. »
D’un titre européen U21 à Wembley
Le défenseur central a empilé les étapes. Champion d’Europe U21 avec l’Angleterre en 2023, brassard au bras à plusieurs reprises avec les Young Lions. Puis ce but lors de sa première sélection avec les A contre l’Irlande, en novembre 2024, sous le regard… de Roy Keane, alors consultant. Le destin s’amuse parfois.
À 24 ans, produit pur jus de l’académie de City, Harwood-Bellis commence déjà à être regardé comme un capitaine potentiel à Southampton. Il a déjà porté le brassard sur certains matches. Long a sondé des anciens coéquipiers du défenseur : « C’est un personnage pétillant. Il met de la vie dans le vestiaire. Il est bon dans le groupe. Mais le jour du match, il se met en mode compétition. Il est complètement concentré. »
Face à lui, il y a pour l’instant un capitaine en place : Jack Stephens. Long le connaît bien aussi : « Jack est capitaine du club, j’ai joué avec lui, il a le même genre de mentalité. Je suis sûr qu’il prend Harwood-Bellis sous son aile et lui montre le chemin. » Mais la suite se dessine déjà : « On voit bien qu’il y a un cap au-dessus pour lui. Jack ne sera pas là pour toujours. Ça ressemble au prochain pas logique pour Harwood-Bellis. Mais il a le temps. »
Haaland en face, un “no-lose game” pour Southampton
Avant de penser au brassard, il y a un mur à ériger. Et ce mur, il devra se dresser devant ses anciens employeurs. Harwood-Bellis connaît la maison City, mais cette fois il sera chargé de bloquer la route à Haaland et à une équipe qui, quand elle tourne à plein régime, écrase presque tout.
Comment perturber ce City-là ? Long sourit presque à la question : « C’est la question à un million de dollars. » Il voit toutefois un angle psychologique : « Il n’y a pas vraiment de pression sur les joueurs de Southampton, tout le monde s’attend un peu à les voir perdre. C’est une situation où tu n’as rien à perdre : tu vas là-bas, tu donnes tout. »
Le problème, c’est la forme du champion en titre. « C’est une équipe en pleine confiance. Et cette confiance, ça compte énormément dans ces matches-là. Southampton a l’habitude de contrôler le ballon, mais contre Man City, ce n’est pas si simple. Ça va être très, très compliqué. »
Pourtant, les Saints n’arrivent pas à Wembley les mains vides. Ils ont déjà fait tomber Arsenal en quarts de finale, avec un but décisif de Shea Charles dans le temps fort. Arsenal aussi visait le sommet de la Premier League. La preuve qu’ils savent frapper plus haut qu’eux. « Ils ont signé de gros résultats pour arriver là. Ils ont battu Arsenal, qui était aussi en tête du championnat, donc ils peuvent le faire. C’est une question de croyance, de sortir et de tout laisser sur le terrain », insiste Long.
Entre FA Cup et montée : le cœur des Saints balance
Wembley ce week-end. Peut-être encore Wembley dans quelques semaines. La perspective est folle : une finale de FA Cup et, dans la foulée, une finale de play-offs de Championship pour remonter en Premier League. Deux portes vers la gloire, deux efforts colossaux.
Long ne cache pas que la montée reste l’objectif numéro un du club. Mais il sait aussi ce que représente la FA Cup à Southampton : « Oui, la priorité, c’est la promotion. Mais si tu demandes aux supporters, je suis sûr qu’ils ont adoré la Championship cette saison et la FA Cup, c’est énorme. La dernière fois qu’ils l’ont gagnée, c’était en 1976. On en parle encore aujourd’hui. »
Une éventuelle finale contre Leeds, que Long voit bien sortir de l’autre demi-finale, aurait un parfum très particulier. Une opportunité en or de ramener un trophée qui manque au club depuis près d’un demi-siècle. « Jouer en Premier League, c’est brillant, mais avoir cette Coupe, ces souvenirs, cette journée avec tes enfants, ta famille… Je suis sûr que beaucoup de fans de Southampton mettraient peut-être ça tout en haut. »
Entre les rêves de Wembley, les ambitions de montée et le regard perçant de Roy Keane posé sur lui, Taylor Harwood-Bellis se retrouve au cœur de tout. À lui, désormais, de montrer qu’il n’est plus seulement le produit de City ou le futur gendre d’une légende, mais le pilier d’un club décidé à reprendre sa place parmi les grands.




