Griezmann quitte l'Atlético en légende
Antoine Griezmann avait déjà offert la victoire à l’Atlético de Madrid. Il lui restait à offrir les mots. Après le succès 1-0 contre Girona, le Français a pris le micro au centre du Metropolitano, face à un public qui n’avait pas bougé de son siège. Une ovation pour le meilleur buteur de l’histoire du club. Une confession publique pour l’homme qui tenait à réparer définitivement la fracture de 2019.
Il n’a pas tourné autour du sujet. Son transfert à Barcelone pour 120 millions d’euros, il l’a remis au cœur de la soirée.
« Merci d’être restés. C’est incroyable », a-t-il lancé d’abord, avant d’entrer dans le dur. Il a présenté, une nouvelle fois, ses excuses pour ce départ vers le Camp Nou, sept ans plus tôt. « Je sais que beaucoup d’entre vous l’ont déjà fait, et que certains non, mais je m’excuse encore. Je ne réalisais pas à quel point j’étais aimé ici. J’étais très jeune, j’ai fait une erreur. Je suis revenu à la raison, et on a tout fait pour revivre de belles choses ici. »
Le stade a répondu par des applaudissements qui ressemblaient davantage à un pardon définitif qu’à un simple hommage. La boucle était presque bouclée.
L’amour plutôt que les trophées
Griezmann part avec une armoire déjà bien remplie : une Europa League avec l’Atlético, une Coupe du monde avec la France. Il lui manquera toujours une Liga et une Ligue des champions sous le maillot rojiblanco. Le débat reviendra longtemps, comme un refrain : un joueur de ce calibre pouvait-il quitter l’Espagne sans ces deux titres avec l’Atleti ?
Lui a tranché, sans hésitation. Pour lui, l’histoire dépasse les lignes d’un palmarès.
« Je n’ai pas réussi à ramener une Liga ni une Ligue des champions, mais cet amour vaut plus », a-t-il affirmé, lors de son ultime prise de parole devant le stade. « Je le porterai avec moi pour le reste de ma vie. »
Ces mots ont résonné dans une enceinte qui l’a vu empiler les passes décisives – cent au total – et les buts jusqu’à devenir le joueur le plus prolifique de l’histoire du club. Les chiffres racontent une carrière immense. L’émotion, elle, racontait une réconciliation gagnée mètre par mètre, année après année.
Le lien indestructible avec Simeone
Sur le bord du terrain, Diego Simeone n’a pas caché son admiration. L’entraîneur argentin, qui l’a façonné au plus haut niveau, l’a décrit comme « probablement le meilleur joueur que nous ayons eu ici ». Une phrase lourde de sens dans un club qui a vu passer des géants.
Griezmann n’a pas laissé ce compliment sans réponse. Il a rendu hommage à celui qui a orienté sa trajectoire.
« Grâce à toi, il y a autant d’excitation dans ce stade », lui a-t-il lancé. « Grâce à toi, je suis devenu champion du monde et je me suis senti comme le meilleur joueur du monde. Je te dois tellement, et ça a été un honneur de me battre pour toi. »
Entre les deux hommes, la relation a parfois été secouée par les rumeurs, les départs, les retours. Mais sur cette pelouse, ce soir-là, il ne restait que la reconnaissance mutuelle. Un entraîneur qui a bâti une équipe à son image. Un attaquant qui a épousé ce football jusqu’à devenir l’emblème de l’ère Simeone.
Une 500e apparition comme un épilogue
Cette cérémonie n’arrivait pas au hasard. Elle tombait le soir de la 500e apparition de Griezmann sous le maillot de l’Atlético. Un chiffre colossal, conclu par une action qui résume tout : une passe décisive pour Ademola Lookman, buteur décisif contre Girona.
Pas besoin de but pour signer la scène. Une ouverture, un geste juste, une influence discrète mais totale sur le match. Comme souvent. De ses débuts de frêle ailier à la Real Sociedad à ce statut de figure centrale du Metropolitano, Griezmann a traversé les années en se réinventant sans perdre son flair ni son sens du collectif.
Il laisse derrière lui 212 buts, 100 passes décisives et un héritage qui dépasse les colonnes de statistiques. Il laisse surtout une relation réparée avec un public qui l’avait sifflé, parfois rejeté, avant de le hisser à nouveau au rang d’idole.
Dernier arrêt en Liga, puis cap sur Orlando
Son histoire avec l’Atlético n’est pas tout à fait terminée. Sauf surprise, il jouera encore une fois en Liga, sur la pelouse de Villarreal, pour ce qui devrait être son ultime match domestique avec les Colchoneros.
Ensuite, cap sur les États-Unis. Griezmann a déjà donné son accord pour rejoindre Orlando City, libre, et découvrir la MLS. Un nouveau chapitre, un autre continent, une autre vie de footballeur.
Il part de Madrid sans Liga ni Ligue des champions, mais avec quelque chose que l’on ne soulève pas sur un podium : la certitude d’avoir quitté le Metropolitano en légende, acclamé par un peuple qu’il a d’abord déçu, puis reconquis. Et au fond, pour Antoine Griezmann, c’est peut-être le plus grand trophée de sa carrière espagnole.




