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La folle soirée de Potter et de la Suède

L’oreille en sang, le tableau d’affichage en feu : la soirée folle de Potter et de la Suède

À Monterrey, la fête suédoise avait déjà quelque chose d’irréel. Un 5-1 en ouverture de Coupe du monde, une attaque déchaînée, un public conquis. Puis Graham Potter est apparu en zone mixte, sourire aux lèvres… et sang à l’oreille droite.

Scène étrange. Le sélectionneur, recruté pour relancer une équipe qui avait trébuché tout au long des qualifications, ne savait même pas comment il s’était ouvert. Dans la confusion du bord de touche, un contact, un geste perdu, un coup de griffes ou de dents. Lui-même restait dans le flou et renvoyait à la vidéo pour comprendre. L’image, pourtant, collait parfaitement à l’instant : une équipe transformée, un coach au milieu du chaos, marqué physiquement par la bataille, mais porté par la performance.

Sur le terrain

La métamorphose suédoise avait surtout un visage. Deux, en réalité : Alexander Isak et Viktor Gyökeres.

Isak, en maestro

Le joueur de Liverpool a mené la danse. D’abord avec un but solo de grande classe, où il a éliminé, fixé, frappé avec une assurance glaciale. Puis avec ce petit geste qui change tout : une remise subtile, une caresse du ballon pour lancer Mattias Svanberg vers le quatrième but, validé après intervention de la VAR.

Isak n’a pas seulement marqué. Il a harcelé. Son pressing constant a fini par provoquer l’erreur fatale de la défense tunisienne, offrant sur un plateau l’occasion à Gyökeres.

Gyökeres, renard et bourreau

L’attaquant d’Arsenal n’a pas laissé passer le cadeau. Une perte de balle provoquée par la rage d’Isak, un ballon qui traîne, et Gyökeres qui surgit. Finition sèche, clinique. La Suède venait de briser définitivement la résistance africaine.

Potter, lui, ne s’y est pas trompé. Il a mis en avant ses deux avant-centres, leur influence, leur capacité à dicter le ton de ce premier match du groupe F. Pour lui, cette soirée avait tout d’un lancement idéal : une équipe solide derrière, des milieux buteurs, des changements efficaces, et surtout des leaders offensifs au sommet.

Ayari, la touche de feu venue du milieu

La renaissance suédoise ne se résume pourtant pas à son duo d’attaque. Au cœur du jeu, Yasin Ayari a allumé deux fusées. Le milieu de Brighton, d’origine tunisienne, a signé un doublé spectaculaire, symbole de cette équipe qui a retrouvé une précision chirurgicale dans les zones décisives.

Il y a quelques mois, cette même sélection flirtait avec l’élimination. Dernière de son groupe de qualification, derrière la Suisse, le Kosovo et la Slovénie, la Suède avait dû passer par les barrages de la Nations League pour arracher son billet. Elle se présentait au tournoi comme une invitée repêchée, pas comme une menace.

À Monterrey, ce statut a volé en éclats.

Une claque encaissée, mais une équipe mûre

Tout n’a pas été parfait. Potter l’a rappelé : le but concédé l’a contrarié. Une absence de concentration, une brèche ouverte, et Omar Rekik qui en profite pour sauver l’honneur tunisien. Un rappel brutal que cette Suède nouvelle version reste en apprentissage, surtout dans un contexte où elle manque encore de vécu en Coupe du monde.

Mais la réaction a impressionné. Pas de panique, pas de recul. En seconde période, les Suédois ont géré, contrôlé, étouffé. Une maturité qui tranche avec l’équipe hésitante des qualifications.

Le décor du groupe F bascule

Pendant que la Suède déroulait, les poids lourds du groupe se neutralisaient. Les Pays-Bas et le Japon se sont quittés sur un 2-2 qui change la donne. Au coup de sifflet final à Monterrey, la Suède se retrouvait seule en tête, avec une différence de buts qui pèse lourd dès le premier soir.

Les chiffres racontent une chose. Le terrain en raconte une autre : sous Potter, cette sélection a trouvé ce qui lui manquait, cette pointe de tranchant qui transforme une équipe correcte en véritable danger.

Pas de triomphalisme pour autant. Le sélectionneur a calmé les débats, refusant de s’enflammer malgré la démonstration. Pour lui, le bruit extérieur, les prédictions, les pronostics appartiennent aux autres. Son discours reste le même : se concentrer sur la performance, sur le contenu, sur le collectif.

Car le vrai test arrive déjà.

Un sommet contre les Oranje

Prochaine étape : les Pays-Bas, annoncés parmi les favoris de la compétition. Un rendez-vous qui dira jusqu’où cette Suède peut réellement aller. Le 5-1 contre la Tunisie a posé un décor, installé une dynamique, imposé des noms. Mais c’est face aux Oranje que l’on saura si cette équipe a simplement réussi une grande soirée… ou si elle est en train de s’installer durablement dans le paysage de ce Mondial.

Potter le sait. Ses joueurs aussi. Ils ont gagné le droit d’aborder ce choc en position de force, en leaders du groupe, avec la conviction nouvelle qu’ils peuvent faire mal à n’importe qui.

L’oreille de leur entraîneur porte encore la trace du combat. Reste à voir jusqu’où cette équipe, elle, est prête à saigner pour rester à ce niveau.