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Dillian Whyte et Johnny Fisher : un affrontement explosif en vue

Dillian Whyte n’a jamais vendu du rêve. Il vend de la douleur, des risques pris à crédit sur son propre corps. Et l’histoire de son dernier combat contre Moses Itauma en dit plus sur lui que n’importe quel palmarès.

Quelques semaines avant de monter sur le ring en Arabie saoudite, l’ancien double champion intérimaire WBC se fracture le pied à l’entraînement. La description qu’il en fait glace le sang.

« C’était comme si quelqu’un avait lâché un haltère sur mon pied », raconte-t-il. Une course, un mauvais appui, une séance de sparring face à des gabarits lourds et mobiles, un pas de travers. Et l’os qui cède net.

Il sait immédiatement que c’est grave. Mais il continue. Camp d’entraînement « décent », sensations correctes pendant la fight week, conviction intime qu’il va battre Moses Itauma. Whyte a déjà combattu avec un épaule en lambeaux contre Anthony Joshua. Il a déjà serré les dents sur d’autres blessures que la plupart des boxeurs auraient utilisées comme excuses. Cette fois encore, il pense pouvoir forcer le destin.

Le pied casse… dans le vestiaire

Le drame se joue loin des caméras, dans le calme tendu du vestiaire, quelques heures avant le combat. Whyte s’échauffe, saute un peu à la corde… et le pied lâche une deuxième fois.

« J’ai recommencé à le fracturer complètement », souffle-t-il. Le médecin présent l’examine, lui conseille de ne pas boxer. Whyte refuse net. Il n’a pas traversé la planète pour renoncer à la dernière minute.

Il monte donc sur le ring avec le pied lourdement strappé, en essayant de dissimuler l’étendue des dégâts. Impossible. Moses Itauma le repère vite. Whyte ne peut pas se déplacer, ne peut pas se sortir des trajectoires. Itauma enchaîne les coups, l’arbitre arrête le combat dès le premier round. Déroute éclair.

Whyte, lui, se tait. Pas de prétexte, pas de plainte publique. Il laisse le jeune Itauma savourer son succès.

« Je ne voulais pas enlever du mérite à sa victoire. Il a fait le boulot. Je me suis fait toucher, il a gagné le combat », admet-il aujourd’hui. Il voit pourtant la réaction d’une partie du public, prompt à l’enterrer après ce revers express. « Les gens se sont emballés parce que j’ai été battu en un round par Moses. Je ne pense pas qu’ils tireraient les mêmes conclusions s’ils connaissaient tous les faits. »

Le poids lourd de Brixton encaisse aussi les commentaires sur une retraite supposée. Et répond à sa manière, en rappelant le contexte d’une génération entière.

« Les gens ont la mémoire courte. Ils disent : “Prends ta retraite pour ci, pour ça.” Ils ne réalisent pas qu’on fait partie d’une génération rare de poids lourds britanniques spectaculaires, et qu’on arrive au bout. J’aime la boxe et je combattrai n’importe qui. Soyez reconnaissants d’avoir des gars comme moi, parce que quand on sera partis, il y aura une longue période de disette chez les lourds. »

Johnny Fisher dans le viseur

La suite, justement, pourrait passer par un choc très britannique. Johnny Fisher, nouvelle coqueluche populaire, a réclamé Whyte à haute voix la semaine dernière, expliquant qu’il y avait « une bonne chance » que le combat se fasse bientôt.

Whyte n’a pas laissé traîner. Il accepte verbalement le défi et se pointe au bord du ring, au Copper Box Arena, pour observer Fisher décrocher une victoire aux points (décision majoritaire) contre Michael Pirotton.

Son verdict tombe, tranchant : respect pour l’homme, aucune concession pour le boxeur.

« Crédit à Johnny Fisher, c’est un gros morceau. Il n’a pas eu le temps d’apprendre beaucoup, mais il a du courage, du cœur, il frappe fort et il est brave », détaille Whyte. « Il est un peu frénétique, mais très courageux, un grand gabarit qui cogne. Quand le combat devient dur, il continue d’essayer, il revient. On ne peut jamais sous-estimer ça. Mais soyons honnêtes : je vais mettre Johnny Fisher KO. Simple. »

La promesse est claire. Sans détour, sans condition.

Accord de principe et bras de fer annoncé

À ses côtés, son manager Michael Ofo confirme que les choses ne se jouent plus seulement dans les médias. Les camps se sont déjà serré la main.

« Le combat a été convenu en principe après la victoire de Fisher samedi soir, avec une poignée de main entre moi et son manager Adam Morallee », explique Ofo. Il avoue avoir douté que Fisher et son entourage aillent vraiment au bout de leur appel public. La réponse d’Adam Morallee a été immédiate : « Absolument. On le fait ensuite. »

Whyte vise une date en novembre ou décembre. Un calendrier réaliste, une affiche explosive : un choc 100 % britannique, Londres en toile de fond, un vétéran qui refuse de lâcher sa place face à un puncheur en pleine ascension.

« Ce serait un énorme affrontement britannique et un grand événement pour Londres. Arrêtons de parler et faisons-le », lâche Ofo.

Whyte, lui, a déjà choisi son angle. Il ne demande ni indulgence ni compassion pour son pied fracturé. Il demande une chose : un ring, un adversaire, et l’occasion de rappeler pourquoi il s’est imposé, pendant des années, comme l’un des poids lourds les plus dangereux de sa génération.

Reste une question, brutale comme un crochet du gauche : ce combat contre Johnny Fisher sera-t-il la relance d’un vieux guerrier… ou la passation de pouvoir qu’il refuse encore d’imaginer ?