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Devdutt Padikkal : Un 199 qui change le match à Lincoln

Dans le vent glacial de Lincoln, lundi, un seul homme a changé le visage du match : Devdutt Padikkal. Une manche monumentale, stoppée à une marche de l’histoire. 199 points, et une colère froide en quittant le terrain.

Un 199 qui retourne le match

Reparti au matin avec 56 points invaincus, Padikkal n’a jamais vraiment levé le pied. Il a imposé son tempo, 199 points en 248 balles, un taux de frappe supérieur à 80, 24 limites, trois sixes, et surtout une emprise totale sur une attaque néo-zélandaise qui avait dominé les deux premiers jours.

India A, humiliée pour 113 points lors du premier innings, puis dépassée par les 317 des locaux, avait besoin d’un miracle. Elle a trouvé bien plus qu’un sursaut : une démonstration. Balles frappées sur la montée, drives tranchants dans les couvertures, autorité sur les rapides malgré les rafales. Padikkal a joué comme si la situation de match ne le concernait pas.

Puis est venu ce moment, dix minutes avant le thé. Zak Gibson déboule, balle côté jambe, Padikkal laisse filer ou croit l’avoir évitée. L’arbitre, lui, entend un bruit, lève le doigt. Pris à 199. La réaction est immédiate : regard noir, gestes explicites pour montrer qu’il y avait, selon lui, « des kilomètres » entre sa batte et la balle. Discussion tendue, puis il finit par s’en aller, à une unité d’un double siècle qui aurait marqué ce tour pour longtemps.

Frustration immense. Impact colossal malgré tout.

Sudharsan, puis Rathod : les relais parfaits

Ce basculement n’est pas né d’un seul homme. Sai Sudharsan a d’abord joué le parfait lieutenant. Lui qui avait manqué un siècle d’un rien lors du premier match de la tournée a encore vu la barre des 100 se dérober. Cette fois, c’est Kristian Clarke qui l’a renvoyé au pavillon dans le 62e over. Mais entre-temps, les deux gauchers avaient déjà empilé 215 points ensemble, faisant passer India A d’une survie précaire à une position de force.

La pression ne s’est pas arrêtée là. Yash Rathod a pris le relais sans transition. Encore un gaucher, encore un partenaire inspiré. 142 points ajoutés en 142 balles avec Padikkal. Un rythme sec, presque insolent, qui a propulsé l’avance de l’Inde A au-delà des 150 points. Chaque partenariat a enfoncé un peu plus New Zealand A, chaque limite a effacé le cauchemar du premier innings.

Et dire que, la veille, les choses avaient si mal commencé.

Les deux ouvreurs, KL Rahul et Yashasvi Jaiswal, avaient disparu dans les cinq premiers overs du deuxième innings. Jaiswal surpris par un bouncer, Rahul malheureux au possible, renvoyé pour avoir heurté ses propres stumps en tentant de jouer une balle qui roulait doucement vers eux. India A tanguait déjà. Padikkal, lui, venait à peine d’entrer.

Le match a basculé à partir de là.

La confirmation d’un homme en feu en rouge

Cette explosion à Lincoln n’est pas un éclair isolé dans le ciel. Devdutt Padikkal empile les runs en cricket longue durée depuis plusieurs mois. Son retour dans le groupe India lors de la série de Test contre le Sri Lanka avait déjà donné le ton : solidité, patience, maîtrise du spin. Il n’était même pas censé être au centre du projet initial, mais la blessure de Sudharsan en août lui a ouvert une porte. Il l’a défoncée.

Après avoir prouvé sa valeur face aux spinners sur des surfaces plus lentes, il montre désormais qu’il peut transposer ce niveau sur des conditions favorables aux rapides, loin de chez lui, dans un vent coupant, avec une équipe dos au mur. C’est ce genre de manche qui change le regard des sélectionneurs. Et parfois une carrière.

Il n’a pas eu son double siècle. Il a eu mieux : un match retourné, une série marquée de son empreinte, et une question simple laissée à l’Inde du Test cricket.

Combien de temps encore avant qu’il ne fasse ça, cette fois, sous le maillot de l’équipe première ?