Chelsea : de la victoire à la chute vertigineuse
Chelsea avait quitté Villa Park avec le sentiment d’avoir enfin trouvé sa voie. Un 4-1 spectaculaire sur la pelouse d’Aston Villa, un rival direct pour le top 5, et l’impression très nette que la qualification pour la prochaine Champions League leur tendait les bras. Puis, en l’espace de trois semaines, tout s’est effondré.
D’une démonstration à une dégringolade
Le déplacement à Wrexham, en cinquième tour de FA Cup, aurait dû être une formalité. Face à un club de Championship, l’équipe de Liam Rosenior a pourtant eu besoin de la prolongation, d’un carton rouge adverse et d’un certain soulagement pour s’en sortir 4-2. Un avertissement. Il n’a pas été entendu.
Quelques jours plus tard, Chelsea signe 70 minutes de très haut niveau face au champion d’Europe Paris Saint-Germain en huitième de finale aller de Champions League. Puis s’écroule. Un naufrage défensif, un 5-2 concédé dans les dernières minutes, et une double confrontation quasiment pliée dès le premier acte.
Le malaise s’installe. À Stamford Bridge, Newcastle vient s’imposer 1-0 dans un match où l’on retiendra moins le contenu que la mise en scène ridicule d’avant-coup d’envoi : un groupe penché sur le ballon au centre du terrain, censé, selon Rosenior, « respecter le ballon ». L’explication ne convainc personne et illustre surtout une équipe qui cherche des symboles faute de trouver des certitudes.
La fin de mois vire au cauchemar : un nouveau 3-0 encaissé face au PSG au retour, puis un autre 3-0 à Everton pour la première visite au Hill Dickinson Stadium. Deux gifles consécutives, un vestiaire sonné, et un club presque sauvé de lui-même par la trêve internationale, seule barrière entre cette spirale et un crash encore plus profond.
Enzo Fernandez, parole libre et signaux d’alarme
Pendant que le club tente de panser ses plaies, la trêve offre une autre source d’inquiétude : les déclarations d’Enzo Fernandez avec l’Argentine. Le vice-capitaine ne se contente pas d’un discours lisse.
Interrogé sur le limogeage d’Enzo Maresca le 1er janvier, il ne cache ni sa surprise ni son désaccord : il dit ne pas comprendre la décision, rappelle l’« identité claire » donnée par l’Italien, l’ordre, les repères à l’entraînement comme en match, et souligne combien ce départ, en plein milieu de saison, a « tout coupé court ». Un joueur de ce statut qui parle ainsi d’un ancien entraîneur, ce n’est pas anodin.
Puis vient le sujet le plus sensible : son avenir. À la question de savoir s’il se voit rester à long terme à Chelsea, il répond qu’il ne sait pas, qu’il reste huit matches et la FA Cup, puis le Mondial, et « on verra ». Plus tard, interrogé sur une future destination possible, il avoue vouloir vivre en Espagne, et plus précisément à Madrid, ville qui lui rappelle Buenos Aires. Il précise qu’il se débrouille en anglais, mais qu’il serait plus à l’aise en espagnol. Le message est clair, même sans prononcer le nom du Real.
Le contrat d’Enzo Fernandez court pourtant jusqu’en 2032. Sur le papier, Chelsea détient toutes les cartes. Mais quand un leader technique et symbolique laisse publiquement entrouverte la porte d’un départ, l’onde de choc dépasse largement le simple mercato.
Cucurella, autre voix discordante
Enzo Fernandez n’est pas isolé. Marc Cucurella, l’un des joueurs les plus expérimentés du vestiaire, s’est lui aussi exprimé sans filtre. Sur Maresca d’abord, dont il regrette le départ. Il insiste sur la stabilité construite en 18 mois, le temps nécessaire pour assimiler les principes, cette impression de « jouer par cœur » dans les derniers mois avec lui, même en changeant de système.
Il va plus loin : selon lui, la décision de se séparer de Maresca a eu un « gros impact » sur le groupe. Il affirme qu’à titre personnel, il n’aurait pas fait ce choix, et pointe directement l’instabilité créée par la succession d’un intérimaire, Calum McFarlane, puis d’un nouveau coach avec des idées différentes et aucun temps pour les mettre en place. Il cite l’exemple d’Arsenal et de Mikel Arteta, restés ensemble presque sept ans malgré un palmarès limité, pour illustrer l’importance de la continuité.
Sur son propre avenir, le latéral gauche, sous contrat jusqu’en 2028 après une revalorisation salariale, tempère davantage qu’Enzo. Oui, un retour au Barça serait « difficile à refuser », reconnaît-il, mais il rappelle aussi qu’il est heureux en Angleterre, tout comme sa famille, et repousse cette éventualité à « quelques années ». Une nuance qui contraste avec le flou entretenu par Fernandez, mais qui n’efface pas le fond de son discours.
Car Cucurella s’attaque aussi à la stratégie du club. Il comprend la volonté de recruter jeune, de penser à long terme, mais confesse que des moments comme la lourde élimination 8-2 sur l’ensemble des deux matches face au PSG découragent ceux qui veulent gagner tout de suite. Selon lui, Chelsea dispose d’un bon noyau, mais manque de joueurs capables d’affronter ce type de rendez-vous, de profils aguerris pour viser Premier League et Champions League. Tout miser sur la jeunesse complique ces ambitions. Il appelle à un équilibre entre les générations, entre promesses et certitudes.
Cole Palmer, usé avant l’heure
Au milieu de ce brouhaha, un autre dossier cristallise les interrogations : Cole Palmer. Le meneur de jeu, révélation de la saison passée, affiche seulement quatre buts dans le jeu et une passe décisive en Premier League. Des chiffres faméliques pour un joueur censé porter l’attaque.
Le contexte l’excuse en partie. Palmer enchaîne les pépins physiques, n’a pas eu de véritable coupure estivale depuis 2022 et a déjà disputé 97 matches sur ses deux premières saisons à Chelsea. Le corps tire la sonnette d’alarme.
Sur le terrain, il peine à trouver ses repères dans le système changeant de Rosenior. Les défenses adverses ont aussi ajusté leur plan : prises à deux, voire à trois, densité autour de lui, peu d’espace pour se retourner. Sans grande accélération pour faire la différence, Palmer doit s’en remettre à la vitesse d’exécution collective. Or cette équipe manque justement de synchronisation.
La sélection anglaise aurait pu relancer sa dynamique, lui offrir un second souffle et l’inscrire dans les plans de Thomas Tuchel pour la Coupe du monde. Au lieu de cela, ses performances internationales ont plutôt semblé le sortir de la course. Il risque désormais de connaître, paradoxalement, un été de repos forcé. Bon pour sa santé à long terme, inquiétant pour son statut immédiat.
En toile de fond, des rumeurs persistantes l’envoient à Manchester United. Sportivement, les Red Devils n’ont pas un besoin urgent d’un profil comme le sien, sauf départ majeur, et Palmer est lié à Chelsea jusqu’en 2033. Tout indique un dossier compliqué, presque théorique. Mais le simple fait que son nom circule dans ce contexte renforce l’impression d’un projet instable.
Trois matches, une saison en jeu
La trêve terminée, Chelsea retrouve la compétition avec une séquence à Stamford Bridge qui peut redessiner sa saison. D’abord Port Vale, mal classé en League One, en quart de finale de FA Cup. Sur le papier, l’affiche idéale pour se remettre la tête à l’endroit, décrocher un billet pour Wembley et mettre fin à huit années de disette dans la compétition. Dans la réalité, un piège absolu pour une équipe en plein doute.
Viennent ensuite deux chocs de Premier League à domicile : Manchester City, candidat au titre, puis Manchester United une semaine plus tard. Ce dernier rendez-vous s’annonce électrique, avec une manifestation conjointe prévue entre les supporters de Chelsea et ceux de Strasbourg, autre club contrôlé par BlueCo. L’ambiance promet d’être lourde, le jugement sans concession.
Perdre ces deux rencontres pourrait faire basculer les Londoniens hors des places européennes, voire hors de la première moitié de tableau, selon les autres résultats. Une perspective inimaginable quelques semaines après le récital de Villa Park, mais désormais bien réelle.
Les dirigeants affichent leur soutien à Rosenior. Ce soutien sera bientôt mis à l’épreuve. Si cette mauvaise passe se transforme en crise durable, il sera difficile d’ignorer la responsabilité des directeurs sportifs, ceux qui ont choisi de rompre une saison « dans la norme » pour tout reconstruire en plein vol.
Reste une question, brutale mais inévitable : cet entraîneur encore vert et ce groupe talentueux mais indiscipliné ont-ils vraiment les épaules pour empêcher Chelsea de s’enfoncer davantage ? Pour l’instant, rien sur le terrain ne permet de l’affirmer.




